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Le Subversif

Les joies et colères de la vie de libraire

Oktobre, le joyeux libraire

Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,



j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus. 




Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.




J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!

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Une différence notable. | 16 avril 2007

J'ai eu droit à une soirée vidéos l'autre soir, chez mon collègue Jean-François. Nous étions moins d'une dizaine, en majorité des collègues de la librairie, pour voir quelques films du répertoire particulier de notre hôte. Jean-François a une superbe collection de films d'horreur et surtout ceux dits de « série B ». Des grands classiques, dont les cinéastes Quentin Tarantino et Robert Rodriguez ont fait hommage, dans leur récent programme double « Grindhouse ». On a eu droit un peu sur le tard de la soirée (pour ne pas dire la nuit) à une parodie de film de zombies, réalisé quelque part en Amérique du sud. Du grand cinéma, pour ceux dont l'absence de goût est un critère absolu! J'admet mon plaisir coupable, c'est ce type de films que j'aime bien, parmi les divers types de films d'horreur. L'un d'eux m'a tellement plu que j'ai acheté une copie en DVD lorsqu'il a été disponible dans ce format. « Dawn of the Dead », sorti en 2004, m'avait fait réagir très fortement au cinéma, lorsque je suis allé le voir dans une salle de Lévis. J'ai rarement agrippé mon fauteuil comme cette fois-là... J'avais été le voir dans le but de me changer les idées, j'ai été servi plus que j'en ai demandé.

 

Je laisse ici un extrait du début du film... accrochez-vous bien, si vous n'êtes pas habitués avec le genre :

http://www.youtube.com/watch?v=ZyQK8RZOQbQ

Et surtout l'intro : http://www.youtube.com/watch?v=rBARCCWwkag

 

Nous n'avons pas commencé cette soirée avec des films. Notre hôte a chez lui une collection de vidéo-clips, surtout ceux des années 80, des débuts des grandes chaînes nord-américaine de diffusion de ces clips, MTV, MuchMusic et Musique Plus. On a été gâté, dans le genre. Imaginez tout ce que vous voulez, de la musique et de la mode de ces années là. Plusieurs artistes à leurs débuts, dont Madonna et son « Like a virgin », Eurythmics, Bryan Adams, ou d'autres dont on a perdu de vue depuis, comme A-ha ou Europe, ou encore d'autres dont on a vu ou on prévoit un retour, comme Samantha Fox, Hall and Oates ou Vanilla Ice, en tant que représentants du rétro des années 80. Le rétro des années 80...ça fait curieux d'écrire ça, de mon temps, c'étais les années 60...

 

J'avoue que ça m'a donné un petit coup de vieux. On a passé quelques heures à boire et à regarder ces clips, en commentant telle fringue laide ou telle coupe de cheveux passé date, comme celle de Vanilla Ice et son toupet ou encore celle qu'arborait Robert Palmer de son vivant, dans son clip « Addicted to Love ». Revoir des vidéos de Culture Club, quand on les a vu diffusés du temps de l'engouement planétaire pour Boy George et sa bande, ça donne un sentiment curieux. Du temps où ces artistes étaient au sommet de leur célébrité, vers 1984 ou 1985, j'étais déjà voué à la contre-culture et à dénigrer ce genre d'artiste formaté pour être populaire. Je venais de découvrir Metallica, Slayer, Venom, Exodus, Possessed, reléguant ainsi mes premiers albums d'AC/DC et de Kiss au fond de mes tiroirs, ils n'étaient plus aussi « heavy ». Le punk hardcore n'allait pas arranger les choses, à la fin de la décennie, pour arranger mon appréciation très mitigée de la musique commerciale. Le plus curieux, c'est que je devinais systématiquement les noms et les titres des chansons après quelques secondes. Même si je n'ai pas aimé aucun de ces trucs de « preppies », je n'ai pas eu le choix de savoir de quoi il était question, tant ils étaient archi-diffusés partout. Comme j'étais en pleine adolescence, même dans un bled appelé Saint-Pamphile, il aurait fallu que je vive séparément dans une secte pour ignorer cette culture. Mes collègues, pour certains, voyaient de ces clips pour la première fois de leur vie. C'est là que j'ai eu le coup de vieux : moi qui ai vu tout ce beau monde, souriant et compétitifs, à leurs premières diffusions sur MuchMusic (on avait le câble à Saint-Pamphile), mes collègues avaient... ben, à vrai dire, certain n'étaient pas nés, ou étaient en bas âge! Ça m'a fait bizarre...

 

C'est peut être une conséquence de mon travail. Je suis à l'emploi de Renaud-Bray depuis près de neuf ans, comme libraire. Comme c'est une entreprise où le taux de roulement du personnel est très élevé, des salaires trop bas ne permettant pas aux employés à temps plein de vivre facilement de leur seul salaire, une bonne partie des postes sont occupés par des étudiants, pour une durée rarement plus élevée que deux ans. D'où la présence de nombreux collègues au début de leur vingtaine parmi le personnel. Du haut de mes 36 ans et quelques, je commence à avoir un certain décalage, avec cette catégorie d'âge. Et je suis loin de m'en plaindre.

 

Et puis c'est quoi, être jeune? Quand j'apprend ce que sont devenus un tel ou d'autres types que j'ai fréquenté, notamment ceux de mes premiers groupes de musique il y a plus d'une quinzaine d'année de cela, je préfère ma vie à la leur. Je ne me vois pas dans le cliché de bungalowpolis, enfermé avec les gadgets (et les factures) de la confortable vie nord-américaine, désengagé, vivant l'individualisme à outrance de la vie de banlieue, avec des soucis aussi primordiaux que le gazon le plus vert du voisinage et la voiture de l'année obligatoire. Du conformisme abêtissant, merci bien! Je préfère encore la vie que je mène. Pauvre, mais avec une vie pas mal plus enrichissante, avec des gens dégagé de ces faux besoins. S'il y bien des trucs qui amènent le vieillissement prématuré des jeunes de ma génération, c'est bien le consumérisme à outrance.

 

Ça me rappelle le discours « Choose life », prononcé en arrière-plan par le personnage de Renton, dans le film « Trainspotting ». Renton justifiait son état d'héroïnomane. Si on enlève cette raison, son discours s'apprête bien à décrire ce que je ressent, devant cette obligation envers la vie de consommation qu'on semble nous imposer comme une norme de vie. On peut être en accord ou non avec ce discours, ou encore en partie. Je l'ai reproduit ici.

 

Choose Life. Choose a job. Choose a career. Choose a family. Choose a fucking big television, choose washing machines, cars, compact disc players and electrical tin openers. Choose good health, low cholesterol, and dental insurance. Choose fixed interest mortgage repayments. Choose a starter home. Choose your friends. Choose leisurewear and matching luggage. Choose a three-piece suite on hire purchase in a range of fucking fabrics. Choose DIY and wondering who the fuck you are on Sunday night. Choose sitting on that couch watching mind-numbing, spirit-crushing game shows, stuffing fucking junk food into your mouth. Choose rotting away at the end of it all, pissing your last in a miserable home, nothing more than an embarrassment to the selfish, fucked up brats you spawned to replace yourselves. Choose your future. Choose life... But why would I want to do a thing like that? I chose not to choose life. I chose somethin' else. And the reasons?  (...)

 

                              
 

Armez-vous de patience, demain, c'est le retour de l'hiver...

Publié par oktobre7 à 00:07:57 dans Le libraire inconnu | Commentaires (0) |