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Le Subversif

Les joies et colères de la vie de libraire

Oktobre, le joyeux libraire

Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,



j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus. 




Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.




J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!

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Sur la pauvreté immédiate... | 27 février 2007

Je suis arrivé à cet extrait du roman « Samedi » de Ian McEwan, tout à l'heure dans l'autobus qui me ramenait chez moi. C'est ma lecture actuelle.

 

Il détourne le regard et ralenti avant de tourner dans l'impasse bordée d'anciennes écuries où se trouve le garage de sa voiture. Comme il devait être confortable, en d'autre temps, de jouir d'une situation prospère en croyant qu'une force surnaturelle omnisciente avait attribuée à chacun son statut dans l'existence. Sans savoir que cette croyance servait surtout à perpétuer la prospérité en question- une forme anosognosie, terme psychiatrique utile pour désigner la perception incorrecte de son état par le patient. Et maintenant que nous croyons avoir ouvert les yeux, où en sommes-nous? Après les expérimentations désastreuses du siècle défunt, après tant de comportements abjects et de cadavres, on considère avec un agnosticisme gêné les idéaux de justice et de redistribution des richesses. Plus de grandes idées. Le monde doit s'améliorer, s'il le peut, à tout petit pas. La plupart des gens adopte une vision pragmatique- l'obligation de balayer les rues pour gagner sa vie apparaît comme un simple manque de chance. Notre époque n'est pas visionnaire. Les rues doivent être propres. Que les moins chanceux retroussent leurs manches. (pages 102-103)

 

J'ai relu le passage deux fois, tant je ne pouvait être qu'interloqué. C'est justement ce que je trouve incompatible avec mes convictions. L'illustration de cette résignation érigée en dogme, devant laquelle nous devons nous plier. N'est-ce pas ce que nous raconte la Presse et, quand il ne nous rabat pas la tête avec la déchéance de Britney Spear, le Journal de Quebecor? Alain Dubuc ou Nathalie Elgraby. Mieux encore, adopter la vision du self-made man, le grand héros de l'Amérique d'avant le krash de 1929. Écraser les autres, ne pense qu'à toi-même. Comme l'écrivait Ayn Rand, la pseudo-philosophe des libertariens, le salut de l'humanité viendra lorsque chacun ne s'occupera que de soi même et prendra comme modèle son personnage John Galt, le grand riche et égoïste que tant d'Américains se sont inspirés... elle appelait ça l'objectivisme. Pour elle, l'altruisme était chez l'individu qui en faisait preuve un signe de sa dégénérescence...

 

Une demi-heure auparavant, je descendais les escaliers roulant de la station Sauvé, de la ligne orange. En bas m'attendais une petite fille, 7 ou 8 ans, avec un petit récipient carré. Sa mère était là, tout près, assise au sol, adossée contre le mur à ma gauche, un enfant plus jeune au bras. J'ai donné ce que j'ai pu en passant, je ne voulait pas m'attarder plus longtemps, j'ai dû hocher la tête, pour me maudire de ma lâcheté, de ne pas rester davantage, de ne pas chercher à aider, de mon incapacité à en faire plus pour mon prochain. Je me disais que dans le monde réel du modèle de société idéalisé par les Dubuc et Elgraby, il y aurait eu trois ou quatre petites filles en bas des escaliers de la station Sauvé, peut-être de plusieurs autres stations du métro, avec leurs mères et les plus petits autour d'eux.

 

                                       

 

Rien que pour être dans une ambiance propice, j'avais le dernier album de Napalm Death dans mon discman. Cette chanson jouait, un peu avant que je prenne le métro. En voici les paroles:

 

                                              

Persona non grata

Trodden down like shit underfoot
Be the downside to others upsides
Last one to the table - just starve

You'll get what you're given

This is set in stone from the ivory towers
Perception above all -
When you're face down in the dirt

Irreversibly persona non grata -
A figure off ill distinction
Persona non grata -
The place for blame diversion

No matter the plaudits I earn
The whoring and scoring for points
To strive to be superficial
I'll live by your status

This is knowing your place beneath the ivory towers
Not a going concern
But a lowly beast of burden
 
 
 

Un dur retour chez soi, en somme.

Publié par oktobre7 à 03:05:26 dans Le subversif | Commentaires (0) |

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