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Le Subversif

Les joies et colères de la vie de libraire

Oktobre, le joyeux libraire

Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,



j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus. 




Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.




J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!

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Une réflexion contre la barbarie | 21 février 2007

Je suis toujours en train de lire la série "L'assassin royal" de Robin Hobb, j'avais écrit précédemment l'impression extraordinaire que j'en retire. L'excellence de l'écriture et de la description des personnages donne à cette série et à sa prolifique auteure une notoriété que j'estime aussi forte que Tolkien, rien de moins. Je suis déjà au sixième livre, "La Reine solitaire" et ce matin, en me rendant au travail en métro, l'extrait suivant m'a quelque peu ému...

C'est un dialogue entre le héros, FitzChevalerie, et son acolyte, le fou ou le prophète blanc:

"Tu as donc fait tout ce chemin pour éviter que les Six-Duchés ne tombent aux mains des Pirates rouges."

Il m'adressa un regard curieux, puis se mit à sourire de toutes ses dents d'un air stupéfait. "C'est l'idée que tu t'en fais? Que nous nous acharnons à simplement sauver les Six-Duchés?" J'acquiesçai et il secoua la tête. "Fitz, Fitz! Je suis ici pour sauver le monde. La prise des Six-Duchés par les Pirates rouges ne serait que la première pierre qui déclenche l'avalanche." Encore une fois, il inspira profondément. "Je sais que les massacres des Pirates rouges te semblent une catastrophe, mais les malheurs qu'ils infligent aux tiens ne sont pas davantage qu'un bouton sur les fesses du monde. Si ce n'étais que ça, si ce n'était qu'une bande de barbares qui s'emparent de la terre d'autrui, il ne s'agirait que de la mécanique ordinaire de l'existence. Non: ils constituent la première tache de poison qui se dissémine dans une rivière. Fitz, oserai-je te le révéler? Si nous échouons, la dissémination s'accélérera. La forgisation* est en train de devenir une coutume, que dis-je, un amusement pour les puissants. Regarde Royal et sa "justice du Roi": il a déjà succombé. Il fait plaisir à son corps à l'aide de drogues et s'insensibilise l'âme à coups de divertissements brutaux; oui, et il propage la maladie à ceux qui l'entourent et qui finissent par ne plus tirer de satisfaction que de compétitions où le sang coule, jusqu'au moment où les distractions n'offrent plus d'intérêt que si des existences sont en jeu. La vie elle-même est avilie; l'esclavage se répand car, s'il est acceptable de tuer un homme pour le plaisir, n'est-il pas plus judicieux de le monnayer?"

*Forgisation: (extrait de Histoire de la guerre des Pirates rouges, de GEAIREPU, dans le 12e tome de la série)

La « forgisation » constitue peut-être l'arme la plus efficace que les Outrîliens employèrent contre nous pendant la guerre des Pirates rouges. Si la technique nous en reste inconnue à ce jour, les effets n'en sont que trop familiers à beaucoup. Le terme qui la désigne vient du village de Forge, bourgade minière qui la première subit cet abominable fléau : des Pirates rouges attaquèrent de nuit et tuèrent ou prirent en otage la majorité de la population ; dans une demande de rançon qu'ils envoyèrent au château de Castelcerf, ils exigeaient de l'or sous peine de relâcher les prisonniers. Cette sommation n'avait aucun sens aux yeux du roi Subtil, alors souverain, et il refusa de payer. Alors, mettant leur menace à exécution, les pirates rendirent la liberté aux captifs apparemment indemnes et reprirent la mer le soir même.
Toutefois on s'aperçut bientôt que, par quelque magie mystérieuse, les villageois n'étaient plus eux-mêmes. Ils se rappelaient leur identité et la famille à laquelle ils appartenaient, mais ne semblaient plus y attacher d'importance ; ils avaient perdu tout sens moral, ne songeaient plus qu'à satisfaire leurs besoins immédiats et n'hésitaient pas à voler, tuer et violer pour y parvenir. Certains furent « capturés » par les leurs et l'on fit de vains efforts pour leur rendre leur ancienne personnalité ; aucun ne la recouvra jamais.
La tactique de la forgisation servit à de nombreuses reprises au cours de la guerre, avec pour résultat de laisser à demeure sur notre sol une armée hostile, constituée de nos proches, qui ne coûtait rien, ni émotionnellement ni financièrement, à Kebal Paincru et ses pirates. La tâche démoralisante et déshumanisante d'exécuter les forgisés revint à notre propre peuple, et cette blessure demeure vive aujourd'hui. La ville de Forge ne fut jamais rebâtie
.

La notion de "forgisation" m'avait inspiré ce que j'entend par une certaine forme de barbarie latente, l'atomisation complète des individus, tenu dans un égoïsme le plus radical. C'est ce que me fait craindre le néo-libéralisme, appliqué en tant qu'idéologie et poussé dans ses extrémités. De même, une pareille poussée de l'égoïsme fait tomber un à un les piliers de notre civilisation, devant les nouvelles menaces qui se dressent, notamment la poussée de l'extrémisme religieux et l'avidité sans limite des multinationales, devant lesquelles nous somme obligés de se soumettre, en tant que travailleurs et citoyens.

 

                                

Publié par oktobre7 à 03:45:32 dans Le libraire inconnu | Commentaires (1) |