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Le Subversif

Les joies et colères de la vie de libraire

Oktobre, le joyeux libraire

Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,



j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus. 




Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.




J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!

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Sauvons le Spectrum! | 13 janvier 2007

Journée ordinaire. J'ai encore trop bu hier soir, je suis revenu aux petites heures, fatigué et un peu découragé. Pourtant la soirée a été très bonne, on était presque la majorité des employés chez une d'entre nous. Environs une vingtaine de personnes, dans un petit quatre et demi. Beaucoup d'ambiance, de l'alcool à profusion, mais un moment donné, j'avais trop bu et je me suis affalé. Il m'a fallu convaincre les autres que je devais partir, même si ça devait me prendre plus d'une heure pour rejoindre mon logis. Je n'aime plus tellement coucher sur les divans des autres, surtout s'ils ont reçu de la bière dessus.

 

Aujourd'hui, j'ai un mal de bloc, j'ai trop bu de café, ce qui m'amène à avoir une poussée d'anxiété. Je dois aller à une autre soirée, c'est le trentième anniversaire de Dom, un des libraires à la succursale de Parc, je ne suis pas trop remis d'hier et je me connais, je vais remettre ça. Bah! J'en ai vu d'autres.

 
Deux autres choses me dérangent particulièrement aujourd'hui. La première, c'est la fermeture prochaine et la disparition d'une grande salle de spectacle de Montréal, le Spectrum. Je ne compte plus les soirées passées dans ses murs, les groupes que j'ai vu, ni les moments forts. Rien que cet automne, au show de Mastodon par exemple, la perfection mélodique se mariant avec la brutalité m'a laissé définitivement KO. Je pense aussi au retour de Skinny Puppy il y a deux ans, la découverte de Dyonisos cet été, et tant d'autres. Je laisse ici le lien pour signer la pétition, déjà on se mobilise pour essayer de sauver l'endroit des projets navrants des promoteurs immobiliers. Ça va être beau à cet endroit, une autre maudite tour laide en béton, remplie de gens se ressemblant tous, en tailleur et en complet-veston-cravate, faire de l'administration et des affaires. Comme s'il n'avait pas déjà plein de locaux libres à cet usage. Toujours le maudit prestige d'être au centre-ville, quitte à tuer une ambiance unique en son genre. Pas un seul de ces promoteurs n'a songé un seul instant à ce que signifie la disparition du Spectrum pour nous tous, amateurs des Festivals de Jazz et des Francopholies, tous les autres shows mythiques pour d'autres. Selon ce que le propriétaire du coin et ses associés ont prévu, on devra désormais s'extasier à la présence d'un Best Buy, comme si c'est nécessaire, un commerce de meubles cheaps à deux pas de la Place des Arts. Enfin, je vous laisse le lien de la pétition.
 
http://www.petitiononline.com:80/abc456g8/petition.html
 

L'autre mauvais trip, c'est l'accueil que l'on fait à un documentaire qui ne mériterait rien de plus qu'une tomate lancée sur l'écran (de préférence, une tomate pourrie). « L'illusion tranquille », le documentaire de deux militants libertariens, a été fait pour essayer de convaincre les gens qu'une société où la liberté d'entreprise est au-dessus de tout permettrait de renverser une « tendance lourde » du déclin au Québec. Je ne l'ai pas vu encore, mais je connais déjà tout le contenu : la pensée néo-libérale est au centre de ma maîtrise. Le discours du grand retour en arrière, où une société dominée par un autre clergé, celui des affairistes et des économistes, permettrait enfin au créateurs de richesse à se gaver davantage, permettant à nous, pauvres travailleurs ingrats, d'obtenir des miettes tombant de leurs tables. Parlez-en aux Chiliens, sous Pinochet, ce qu'ils en ont pensé de la privatisation tout azimut et des dégâts sociaux irréparables après tant d'années. Parlez-en aux Argentins, ceux qui vivaient sous l'État modèle du FMI, quand ils ont vécu la grande crise de 2003, lorsque leur modèle de société privatisée et déréglementée a fait faillite, laissant à la grande majorité de la population aucun filet de secours. Parlez-en aux Anglais, qui quittent le Royaume-Uni pour aller vivre dans le pire pays de la réglementation, car la France, bien imparfaite, a au moins le mérite de privilégier les gens plutôt que le marché libre.  J'écrirais davantage lorsque je me ferai un plaisir d'aller le film au Beaubien. Le discours des participants m'est tellement prévisible, je me demande pourquoi je doit me force à y aller... bon, c'est pour mes études.

 

Il faut que je me dépêche, je dois aller chercher du vin à la SAQ, ce grand monopole d'État qui nous permet d'avoir davantage de variété de vins, plutôt que l'habituel « liquor store » que nos amis néo-libéraux préféreraient voir à sa place...

Publié par oktobre7 à 22:02:29 dans Le subversif | Commentaires (0) |

Renaud-Bray coupe dans les services | 12 janvier 2007

Ça se confirme rapidement chez Renaud-Bray


Nous avons appris la décision du CA de Renaud-Bray, prise en novembre, de couper une partie des heures travaillées dans les succursales. Soucieuse de ménager son image en évitant la fermeture des succursales les plus déficitaires, l'administration a eu ordre de mettre en place un plan de réorganisation des employés en service dans les succursale. Ce plan a été calculé selon le barème du coût par pied carré, versus les ventes. C'est sur ce constat que le CA a décidé d'agir, plutôt de régler le déséquilibre des achats de produits, ceux-ci sont venus annuler tout profit, mais aussi ont contribué à aggraver le déficit de l'entreprise. Pourtant, ce sont les employés de la base qui écopent. Plusieurs employés à temps partiel qui vont perdre leur emploi, voire la plupart. De même, les employés régulier verront la charge de leur tâche augmenter, sans aucune compensation. Le service à la clientèle risque fort d'en souffrir. Pour ajouter à l'absurde de la situation, l'argent récupéré ne sera certainement pas suffisant à colmater les brèches, les personnes touchées sont en général au salaire à l'embauche ou au premier échelon. En retour, il sera intéressant de prévoir les pertes de ventes, suite à l'impossibilité d'assurer un service adéquat dans les succursales. Quiconque a visité un Renaud-Bray connaît la façon dont le service se doit d'être assuré, avec des surfaces de vente considérables.

Avec de pareilles décisions, je crains que nous allons vivre la même crise qu'à l'époque de la quasi-faillite des trois chaînes de librairies, devant l'obstination de dirigeants aussi bornés que sont Pierre Renaud et Jacques Floirat.

Un employé au service à la clientèle écoeuré, c'est quoi?

Je suis tombé sur MA séquence préférée des "Invincibles" de la première saison. C'est celle de Rémi qui se fait virer de sa job... très semblables à la mienne, une "hostie de job de poseux de collants". Les "Coups de coeur Renaud-Bray", vous connaissez? Des maudits collants laids, que l'ont doit poser sur des livres et des disques, pour faire croire que c'est des employés qui ont aimé le livre, alors que le processus est décidé par notre bon patron et son équipe de zouaves, pour des critères purement commerciaux.


http://www.youtube.com/watch?v=H0tBSj48Nqo 


Ce que vous entendez dans l'extrait, c'est "War Ensemble" de Slayer, sur "Season in the Abyss"


J'espère que la journée de demain va être moins déprimante, d'autant plus que j'ai un party d'employés après mon quart de travail. Ça va être dur d'éviter le sujet...

Publié par oktobre7 à 04:06:58 dans Le libraire inconnu | Commentaires (2) |

Un mercredi de janvier ordinaire | 11 janvier 2007

Le retour à la normale


Je suis revenu du premier cours dont je suis auxiliaire, ça été bref mais intense. Ça va faire plus de trois ans que je fait ce travail à temps partiel, à l'UQÀM. D'après la revue rapide de tous les étudiants en classe, la correction devrait être moins décourageante, plusieurs sont familiers avec le travail universitaire. La session dernière, où j'ai dû corriger les examens la semaine passée, j'ai eu la désagréable surprise de voir un nombre élevé d'échecs, comme si la majorité s'est fourvoyée dans son choix de carrière. Plusieurs se cherchent, il n'a pas en douter, mais au prix aussi élevé qu'une session au baccalauréat? Il faudra repenser à encadrer davantage les étudiants au collégial.

 

Nouvelle saison des Invincibles


Qui a écouté « Les Invincibles » lundi dernier? Je suis de ceux qui s'identifient aux personnages, les gars de la trentaine, ça me ressemble énormément. Le personnage auquel je m'identifie le plus? Rémi, sans aucun doute. La saison dernière, la réplique qu'il a fait à la dernière épisode m'a tellement frappé : « Hostie de job de poseux de collants »...Renaud-Bray, bien sûr! Aussi, il pratique avec un groupe, c'est aussi mon hobby, je vous en parlerais davantage plus tard. Lundi, son malaise en allant chercher Steve dans un sauna gay a donné le ton à la série, comme les nouveaux amis de P.A., un beau trio de mongols. Je pense passer mes lundis soirs dans la cuisine, la télé est mieux reçue sur le poste installé sur le frigidaire que mon autre télé dans le salon.

 

(Deux téléviseurs? Hé bien...Non, je ne passe pas mon temps devant, à regarder les platitudes de la télé-réalité! Je le passe à joueur à « Medal of Honor» sur le Web!)


 


Refuser un abonnement


On m'a offert de m'abonner au Journal de Montréal, au téléphone, au moment où je retirais mes bottes suite à mon arrivé à mon logis. Dans une circonstance semblable, n'importe qui aurait dit "Ça m'intéresse pas" et raccroche. Quelle banalité! Il faut refuser l'abonnement avec plus d'aplomb. Dans mon cas, je suis resté d'une gentillesse exemplaire, le type à l'autre bout de la ligne fait un boulot pas tellement évident. Il m'a demandé pourquoi je ne souhaitait pas m'abonner pour aussi peu que deux piastres et quelques par semaine. Je lui ai répondu: "J'hais les textes de la chroniqueuses Nathalie Elgraby, c'est une néo-libérale tellement cinglée qu'elle a même souhaité voir disparaître le salaire minimum dans un de ses articles! Je n'ai pas envie de déjeuner en criss le matin!" Mon interlocuteur a insisté un peu, mais le message a passé, lrsqu'il a laissé tombé devant mon refus. Il a manqué un abonnement, parce que le patron du Journal a engagé une fanatique du marché comme chroniqueuse. En espérant que le message passe...


 


Nathalie Elgraby est une économiste de L'Institut économique de Montréal, un "Think tank" de la droite néo-libérale, la même engance qui fait le palmarès des écoles au Québec, pour inciter le parent moyen à se ruiner pour inscrire ses enfants dans le secteur privé. L'IEDM est à l'économie ce que le Parti communiste révolutionnaire maoïste est à la politique active, mais malgré son extrémisme et son insensibilité aux souffrances des victimes du capitalisme, l'Institut a toute l'attention de la part des médias. Quant à la Elgraby, elle soutenait dans un article récent que la hausse du salaire minimum allait créer davantage de chômage...


 


Au fil du temps sur le blog, je vous reviendrais sur cette idéologie qu'est le néo-libéralisme. Une bien belle saloperie.

Publié par oktobre7 à 03:54:03 dans Le subversif | Commentaires (1) |

Le retour vers l'abîme de Renaud-Bray | 10 janvier 2007


Une information primordiale a été confirmée aujourd'hui. Notre employeur, Renaud-Bray, s'en va vers un déficit record, des pertes nettes de plusieurs millions de dollars. Nous anticipons des coupures dans tout le réseau des librairies.

 

Renaud-Bray est la plus grande chaîne de librairies au Québec. Après avoir frôlé la faillite en 1996-97, elle a considérablement grossi, suite à la fusion avec les chaînes Champigny et Garneau en 1999. Cette fusion, avec l'apport important du Fonds de Solidarité de la FTQ, devait sauver les chaînes de leur éventuel achat par les entreprises nord-américaine, évitant ainsi le risque de vois la culture littéraire francophone être reléguée dans les arrières-boutiques. La fusion des chaînes Chapters, Indigo et Coles a été la suite logique au Canada anglais, dans la crainte de l'implantation des grandes compagnies américaines. Renaud-Bray a pris de l'expansion et a commencé à dégager un profit dès 2001, jusqu'en 2005. Fortes de 26 succursales, l'entreprise a pris une situation presque monopolistique, celle-ci est empêchée par la compétition menée par les magasins Archambault et les grandes surfaces, dans la vente des best-sellers.

 

Le problème est la gestion calamiteuse de cette entreprise. En dépit de son statut de grande entreprise, la gestion a été surtout une question familiale. Outre le président, Pierre Renaud, on retrouve plusieurs membres de sa famille au sein des instances de décision commerciales. D'autres proches sont également à des postes de décisions, sans pour autant avoir eu une formation adéquate ou, pire, une expérience de travail digne de ce nom. Malgré le chiffre d'affaire de plus de 120 millions de dollars, malgré les ventes de Noël, l'entreprise a accumulé un déficit tel, on ne pourrait même dire si elle va s'en sortir à nouveau. La quantité faramineuse de produits achetés pour le secteur cadeaux cette année, notamment par le fils  de Pierre Renaud, explique en partie ce déficit. Des achats si absurdes, avec des quantités difficilement retournables, sont responsables d'une part des problèmes financiers.

 

Ces achats sans contrôles n'ont pas pu être modérés ni amortis à la base. Renaud-Bray a adopté une gestion verticale, en mettant de l'avant une planification cherchant à uniformiser les succursales, malgré les différents secteurs où elles sont installées. Cette stratégie commerciale, privilégiant essentiellement l'offre plutôt que la demande, a amené un maintien des incompétences flagrantes, commises par des gens n'ayant aucune idée de ce qu'il se passe dans les succursales. Les vendeurs, malgré la présence de nombreuses personnes compétentes et d'expérience, sont mis à l'écart de toute décision. Pis encore, il s'est développé une culture du mépris envers les travailleurs des succursales, par les instances de décision commerciale. Le conflit de travail de l'an dernier n'est que la pointe de l'iceberg. Jamais l'entreprise a tenté de renouer avec ses employés des succursales en conflit l'an dernier, elle s'est contentée de faire comme si les négociations conclues avaient réglées tous les problèmes vécus par les employés. Ailleurs, les employés non-syndiqués subissent de plein fouet des politiques vexatoires, au point où le renouvellement des effectifs sont perpétuels dans les commerces.


 


On devrait en savoir plus long sur les coupures budgétaires dans les prochaines semaines. Pour conserver les apparences, il n'y aura aucune fermeture de succursale. Cependant, nous devons craindre des coupures de temps travaillé et/ou d'heures d'ouverture. La décision de ne permettre qu'une seule visite du camion des échanges inter-succursales, au lieu de deux, de même que les mises à pied à l'entrepôt principal nous font craindre le pire. Évidemment, ce n'est pas les responsables des incuries qui vont écoper...

Publié par oktobre7 à 05:20:25 dans Le libraire inconnu | Commentaires (0) |

Discharge et le D-Beat | 09 janvier 2007

J'ai passé ce petit lundi gris avec cette chanson de Discharge en tête, « Does this System work ». Pour entendre et voir le vidéo de cette chanson,  Voici le lien YouTube :


http://www.youtube.com/watch?v=sTdRf_UB5y4


Les paroles sont celles-ci :
Does This System Work

Men and women young and old
Out on the streets homeless

Does the system, does the system, does this system work

In plastic bags they carry their homes
Clothes in rags they walk the streets

Does the system, does the system, does this system work

Men and women young and old
Out on the streets homeless

Does the system, does the system, does this system work

In bins they search for the odd dog end
The odd dog end and food

Does the system, does the system, does this system work


Paroles brèves, répétée comme un slogan dans une manif rageuse, une façon de démontrer sa volonté de rester en vie. Je n'ai pas cherché à comprendre davantage pourquoi j'ai eu cet air en tête. J'avais apporté d'autres disques pour mon baladeur, comme du Cradle of Filth ou Nile, lesquels ne laissent pas leur place. J'adore Discharge, à la base de ce qu'on appelle le D-Beat. Pour moi, dans le punk, c'est ce que préfère. Le rythme est le même, un peu décalé avec le reste de la musique. L'imagerie qui accompagne souvent les groupes, notamment sur leurs pochettes d'albums, est consacré à la dénonciation du capitalisme et de la guerre.


Je sais que ça peut paraître inquiétant, cette atmosphère sombre et pessimiste, pourtant c'est une culture qui m'est très proche, moi qui est du genre à être d'un espoir inébranlable. Pas toujours envers le genre humain, mais quand même... 
 


Discharge est pour moi une valeur sûre. Quand je met un de leurs disques dans mon baladeur, pour aller travailler, je suis assuré d'être parfaitement réveillé au travail. Des titres de chansons comme "Hell on Earth", "Hear nothing, see nothing, say nothing", Protest and Survive", c'est ma trame sonore quotidienne. J'aime tellement le groupe que je m'affiche beaucoup avec leur logo, sur mes vêtements. La pochette au début du texte se retrouve reproduite en "backpatch", dans le dos d'une de mes vestes.  
 
Pour en savoir plus sur le genre, il existe un article en anglais sur Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/D-beat

Publié par oktobre7 à 05:21:10 dans Le subversif | Commentaires (0) |

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