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Le Subversif

Les joies et colères de la vie de libraire

Oktobre, le joyeux libraire

Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,



j'ai voulu créer une page pour me défouler, écrire ce qu'il se passe ici bas, dans le monde merveilleux des éternels étudiants endettés, avec un boulot peu rénuméré malgré les aptitudes et les diplômes acquis. Les amoureux de la lecture, plus particulièrement les maniaques de livres dont on ne parle pas beaucoup s'y retrouveront. Comme j'aime aussi les cultures métal et punk, c'est certain que je vais écrire quelques lignes là-dessus. 




Et puis moi... je suis désormais un ex-libraire, viré pour avoir exprimé son opinion sur son employeur, Renaud-Bray, malgré mes neuf ans d'ancienneté. Je suis dans la trentaine, ma formation est en histoire et en science politique. Pas d'enfant, pas riche, pas d'auto, pas de REER, pas de télé câblée, pas de colocataire et pas d'animaux. Mais beaucoup de livres et de disques.




J'espère que ce site va vous plaire. Bonne lecture!

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"L'illusion tranquille", ou comment perdre bêtement huit dollars et un dimanche après-midi | 15 janvier 2007

Une autre journée à oublier.

 

J'ai encore fait un abus d'alcool, au party de fête chez Pat. Résultat : j'ai passé la journée avec une anxiété insupportable, située dans la gorge et un mal de bloc. Ça me vaut la réflexion suivante (et Arthur va être d'accord) : pause santé, je me tiens loin de l'alcool pour les prochaines semaines. Je vais réfléchir sérieusement à cette attitude un peu nulle de devoir se rendre systématiquement à l'ivresse à chaque fois que je suis à une fête. J'ai resté sobre pendant deux ans, je m'en suis mieux porté, mon portefeuille aussi. Voilà pour la résolution.

 

Et puis, c'est fou ce qu'on peut faire lorsqu'on a trop bu. Au moins, j'ai fait un heureux et j'ai passé pour un modèle de tolérance. À bien y penser, on a été plusieurs à faire de même. Enfin.

 

Et ce film... « L'illusion tranquille ». Huit dollars de perdu, une heure et quart de nausée, entouré de twits. Heureusement, je ne suis pas allé seul, j'étais accompagné de quelques autres de mes semblables. Ça ne m'a pas de me faire engueuler par ma voisine, exaspérée de mes (rien qu'un peu) bruyantes réflexions. Il faut comprendre, j'ai trouvé le film réellement insupportable pour plusieurs raisons, et pas seulement idéologiques.

 

Premièrement, le Québec décrit par l'auteur, Joanne Marcotte, une adéquiste autrefois apolitique, est un Québec rempli d'imbéciles qui n'ont rien vu de ce déclin, trop aveuglés par la puissante machine de désinformation du Parti québécois, des groupes sociaux, de la gauche et surtout des syndicats. Si les groupes décriés a le quart de la puissance que Marcotte et compagnie leur attribuent, je ne suis pas certain que ce film aurait pu avoir vu le jour, c'est certain que nous vivons dans une dictature sociale-démocrate. Plus paternaliste que ça, tu meurs. À entendre l'auteure et les intervenants, les gens ne connaissent rien et se font avoir par ces groupes, décrit comme une masse déshumanisée de parasites. À aucun endroit on a fait mention qu'ils sont constitués de gens ayant pris leurs intérêts en main et les défendent de façon tout à fait reconnue. Le travail de la dame Marcotte, c'est de nier la légitimité de ses cibles, surtout les syndicats. Évidemment, pour une heure et quart de sophismes et de grossièreté, il ne faut pas trop en demander, le film doit convaincre, alors pour la réflexion, on repassera. Je ne sais pas pourquoi cette semaine, les animateurs et journalistes se réjouissaient de la « réflexion » apportée par ce film, je n'y ai vu qu'un tableau grossier d'une situation imaginaire, avec une solution que l'on n'explique même pas mais qu'on devine amplement.

 

Le propos a un sous-entendu très grave, on a l'impression de voir chez ces néo-libéraux,  y compris Alain Dubuc, un désir de court-circuiter le processus démocratique. La « réforme », le « changement », la « modernisation » est un passage obligé, quitte à l'imposer de force. Dubuc a parlé d'une autre révolution, sans mentionner comment ça doit se passer. Non seulement les autres intervenants souhaite que leur idée s'impose, mais l'emmerdement majeure, c'est le caractère politique du changement. Fondamentalement, un néo-libéral ne croit pas aux principes du politique. Comme il n'arrive pas à convaincre de la validité de sa vision du monde, le faible pourcentage de voix de l'ADQ dans les sondages le démontre, il développe un argument d'autorité, basé sur l'économie, en présentant un chaos à venir. Devinez comment Margaret Thatcher a réussi à s'imposer aux Anglais... Mais aujourd'hui, les gens plus renseignés que peuvent le prétendre ces hurluberlus savent de quoi il est question avec la « modernisation ». On se souviendra de l'Argentine, l'élève-modèle du FMI, sombrer dans la faillite, de la façon la plus catastrophique. Les économistes n'ont jamais vu venir la crise, ces grands scientifiques, toujours pleins de leurs certitudes.

 

Durant le film, tout ce que je pensais en les regardant pontifier, c'est « faites de la politique, calvaire, pis essayer de vous faire élire! ». Ça prend des poses d'autorité, ça fait le clown, ça se plaint de voir l'effondrement (en fait, on est déjà dedans, y'en a même un qui a dit qu'on va être le Terre-Neuve des cinquante prochaines années...) et que rien ne se fait pour l'éviter, qu'on fait dans l'immobilisme et voilà, pas un seul a parlé de s'impliquer activement à faire bouger les choses. C'est un paradoxe assez amusant, les néo-libéraux sont avant tout des individualistes militants. Le travail collectif, ils n'aiment pas trop, alors les partis politiques et la possibilité de faire des compromis, c'est impensable pour eux. Après ce film, je suis toujours convaincu du caractère anti-démocratique du néo-libéralisme. Longtemps, j'ai lu les délires de ces militants libertariens du Québécois libre (quebecoislibre.org), Martin Masse en particulier, un grand ami de Maxime Bernier, le ministre fédéral du commerce et de l'industrie. Masse déteste tant la politique qu'il est convaincu que seule l'économie libérée de toute entrave peut et doit mener la destinée des humains. Exit la politique. Masse déteste également la démocratie, et toute chose liée de près ou de loin à la politique. En parcourant le site du Québécois libre, vous allez en lire des belles, entre autres comment ils abhorrent l'écologisme. Ils nient d'ailleurs les changement climatiques, une invention des groupes environnementaux pour ramasser de l'argent « de nos taxes », en plus d'être coupables de promouvoir l'immobilisme...

 

Un autre élément que j'ai retenu du film, c'est l'identification systématique des syndicats et des groupes sociaux à un nouveau clergé de la Grande Noirceur sociale-démocrate. S'il y a bien une catégorie de gens qui se prennent pour des ayatollahs, c'est bien les économistes néo-libéraux. À aucun endroit du film, ces grands penseurs réfléchis (surtout Réjean Breton...) font quelques nuances, peut être pour réajuster le tir sur le syndicalisme mais surtout, ce sont des convaincus, des purs et durs. Leur religion, l'économisme néo-libérale, leur pensée magique, le marché libre et déréglementé et la privatisation des services sociaux, leur Dieu, la « mains invisible » du marché autorégulé. On a même eu droit à la formule « l'économie nous démontre que... ». Jamais ils ne s'embarrassent de nuance, c'est pour eux un signe de faiblesse plutôt qu'une poursuite d'une réflexion. Et chose frappante, rarement on a vu autant de raccourcis pour arriver à expliquer des problèmes actuels, précurseurs du grand déclin. Un petit cours d'histoire aurait été profitable pour plus d'un mais encore, n'oublions pas que les néo-libéraux vouent un réel mépris envers les recherches en sciences humaines, alors l'histoire... À ce sujet, les néo-libéraux considère que tout le travail d'historien est à refaire, car on aurait manipulé volontairement les recherches, par le biais de l'État, afin de maintenir l'importance de celui-ci, dans l'imaginaire humaine. J'ai en main une citation du livre « Demain le capitalisme » de Henri Lepage, où il nie absolument toutes les horreurs vécus par les travailleurs de l'époque de la révolution industrielle, une « image d'Épinal ». Pour lui, Zola n'était qu'un fumiste. C'est un peu court comme raisonnement, mais c'est toujours ainsi avec eux.

 

En bref, ce film n'est qu'un pamphlet de propagande, avec la marque très visible de l'ADQ et de l'Institut économique de Montréal. Il n'a rien de nouveau pour les débats, seulement la même bouillie que nous apportent les journalistes néo-libéraux à tous les jours, dans les journaux à grand tirage que sont les publications de Gesca (La Presse, le Soleil) ou de Quebecor (Journal de Montréal/Québec). Quand on gratte un peu le projet de la « modernisation » qu'ils nous promettent, ce n'est que la « barbarie »[1] thatchérienne ou reaganienne, sur laquelle nous avons beaucoup de documentation disponibles, de tous les horizons. Je conseille de garder votre fric pour un bon film pour vous détendre, comme « Babel » ou encore « Jean Philippe ».

 

Mercredi, je vais aller voir les Denis Drolet, Yéééé!

 







[1] L'expression provient d'Alain Dubuc, dans son dernier livre de merde.

Publié par oktobre7 à 04:55:41 dans Le subversif | Commentaires (2) |