
Ami(e)s, Famille adoree, chere minorite ethnique francaise
Un an,que j'ai pose mes valises a Chengdu...
Je repensais recemment avec nostalgie a Cergy, aux sandwichs grecs, aux 3 Fontaines, aux sceances de cine, aux potes... et puis ca m'a manque un peu.
Au final, j'ai sacrifie mon budget nourriture de la semaine, investit dans une poele, du beurre, de la confiture et de la farine, et je me suis fait des crepes aux sucres, ce qui a rendu ma journee fantastique.
Je dois dire que mes vacances ont ete surtout du genre "velo, boulot, dodo" avec la tonne d'heures qu'on m'a file a l'Alliance.. Je dois encore preparer mes cours enormement de temps avant, histoire de maitriser ma grammaire comme un vrais prof de chez l'Education Francaise. Entre ca ou etre bon en maths, j'aurais jamais cru devoir me plonger dans un truc aussi desesperant...
Heureusement les etudiants sont cools, et la plupart des cours sont meme franchement marrants.
A Chengdu plus qu'a Shanghai ou Beijing (ville peuplee d'occidentaux), l'Alliance Francaise semble etre pour pas mal d'etudiants l'occasion de se frotter a un autre culture, le nombre d'etranger etant pour le moment encore limite. En l'occurence, c'est avec nous, les profs Frenchy que la plupart vont dans un bar pour la premiere fois... Tres peu de filles fument ici pour le moment, mais par mimetisme, beaucoup d'etudiantes se mettent a fumer clope sur clope, comme la directrice des cours, avec les memes pauses et memes gestuelles.
Meme Simon, mon pote de "la ville sans nom" n'est plus le meme depuis un an. Bravant l'interdiction des universites de loger en dehors du campus et celle des parents, il a loue un appart avec sa copine au mois de juillet; lui aussi s'est mis a fumer comme un vrai frimeur.
Autre constat un peu plus genant: apres un semestre environ a etudier le francais, les etudiants se mettent a faire comme les profs et arrivent en retard en cours. Ce qui leurs permet de raconter tout un tas d'excuses bidons en francais (enseignees en exclusivite dans ma classe)
Bref, on forme aussi des futur rebels ici...
Le mois prochain, Fest'Noz a l'Alliance avec les etudiants. Je me suis propose pour la faire de la musique et des crepes.
J'ai eu une dizaine de jours de libre en aout tout de meme, pendant lesquel j'ai pu me ballader dans l'ouest du Sichuan avec Tanja, dans la partie Tibetaine. Voir les photos sous ce liens
http://fr.pg.photos.yahoo.com/ph/sebastien_debande/album?.dir=/6449&.src=ph&.tok=phAkClDBDEmlc8J4
La ville de Kangting commence a etre tres visite, pour le moment majoritairement par les etudiants ou expatries en Chine qui savent tous plus ou moins parler chinois et peuvent faire le trajet sans se perdre 400 bornes a cote de la plaque avec personne pour comprendre ou est le probleme. Neanmoins il est probable que le lieu devienne tres touristique sous peu, il suffit de regarder le photos pour comprendre pourquoi.. L'endroit est a 3700 metres d'altitude environ.. les sites aux alentours, comme le lac Muge (dire "Moukeu") ou je me ballade en short sur les photos, sont aux autours de 4000 metres. Les Tibetains (je devrais dire "les Chinois" mais c'est absurde) se revelent incroyablement sympas et genereux.
Les femmes et surtout les hommes ont pour la plupart une carrure massive et robuste, aupres de laquelle le chinois moyen et l'occidental de type "Seb" fait pale figure.
Les hommes ont tous l'air super viril, et les femmes ont aussi l'air d'avoir de quoi leur en faire baver, notamment au niveau du caractere (ce qu'elles semblent partager avec les Slovenes). Comme dirait l'autre, on se sentirait presque, a leur cote, un drapeau blanc mendiant une treve aupres d'une forteresse.
Lors du tour du lac Muge, nous avons eu la chance, avec un escaladeur Neerlandais rencontre a Kangting, de nous faire inviter par des cavaliers a prendre le the sous la tente.
Difficile de respirer sous une tente enfumee par un feu de bois; difficile aussi de partager leur repas constitue de farine noire crue melangee avec du beurre, neanmoins il etait impossible de se sentir plus a l'aise qu'en leur compagnie.
Au debut, j'hesitais a sortir l'appareil photo, mais quand ils l'ont apercu , ils ont tout de suite voulu etre pris et faire la pause. (voir lien album photo). Le plus age des cavaliers a lui meme tenu a se faire prendre en photo avec la liasse de billets qui lui brulais les doigts. Il nous a fait compter sa fortune, l'equivalent de 25 euros, comme pour dire "vous voyez, ici aussi on est plein aux as !"
On se sent surtout loin de tout la-bas, et en ce qui me concerne je me sentais pret a rester la quelques mois supplementaires a l'aise, si ce n'est cette envie de crepe au sucre et de camembert qui me ronge, comme une bete en moi.
Le Tofu, ca peut aller, on s'y fait, mais c'est le coup de blues de septembre; tout les potes occidentaux sont repartis, laissant la place a tout ces nouveaux etrangers que je ne connais pas, ce qui est tres embarassant. Une 40taine de francais arrive fraichement de Montpellier, super sympas, mais je me demande pourquoi ils veulent me parler tout le temps..
J'ai vraiment du mal avec ce truc entre les etrangers, qui fait que tout le monde devient tres sociale, juste grace a ce riducule point commun que nous avons : ne pas etre chinois. Evidement ici, on a notre gueule de meteque qui signale tout de suite "Non-Chinois", alors il faut choisir sont camps semble t-il.
J'ai peut etre trop lu Moby Dick, mais a chaque fois, qu'un blanc bec vient me taper sur l'epaule pour me dire "On est copains, dis, pourquoi t'es ici toi ?? On va se faire une pizza ??!!", je me dis que c'est merveilleux a quel point les idiots sont familiers.
Ou alors je dois etre associale, ca doit etre ca aussi.
Quand je parle de ma gueule de meteque-blanc-bec, j'avoue que je m'en tire mieux que la moyenne.. Pas mal de chinois ici me prennent pour un Chinois du XinJiang, a l'ouest de la Chine, ou les Chinois ont ete metisse avec des turques. Les Chinois les appellent les "Ali-babas"
Depuis quelques temps, je dis que je viens du Xinjiang, aux Chinois un peu beaucoup curieux.. generalement ca passe: je me fais un peu devisager, mon accent de lascar Ali-baba-frenchy fait le reste. Je suis chinois comme toi mon pote ; minorite ethnique francaise !
J'ai demenage avec Tanja vers le mi juillet, dans un appart' genial, au 7eme etage sans ascenseur, ce qui a l'avantage, en plus du velo, de nous faire des mollets de superheros, surtout moi, qui realise toujours arrive en bas que j'ai oublie mon portefeuille.
Le quartier est en plein travaux de "modernisation", neanmoins Tanja et moi etions les premiers meteques occidentaux a s'aventurer par la.. ce qui est sympa au debut, car tout le monde est gentil, nous file a manger, et pose des questions.. Et puis le temps passe, et quand on marche dans la rue, toujours cet inevitavble "Lao Wai !" balance par les momes ou les gens sur le trottoir.
"Etranger", ca veut dire.
Rien a repondre a ca, evidement. La non plus j'ai plus trop envie d'etre sociale, meme si il n'y a jamais d'aggressivite la dedans. Il y a meme la plupart du temps un sens affectueux dans ce "Lao Wai", c'est meme quelquefois "Waiguo Pengyou" (Ami etranger) mais c'est juste usant a force.
Pendant les vacances neanmoins, un jeune habitant de Kangding m'a pris pour un japonais. Il n'avait pas du en voir des masses, ni meme d'occidentaux a vrais dire. Bref, il m'a dit un truc du genre "Salaud de Jap'", a mime un crachat sur mes godasses, et puis s'est barre. La prochaine fois, un truc comme ca, et c'est la guerre !
Pour un peu je me plaindrais, mais pas plus tard qu'hier, je me disais avec Tanja qu'etre etranger ici ca reste une situation enviable.
Ici je me suis plusieurs fois senti oblige de m'excuser pour la maniere dont les francais traitent les etrangers. Tout les africains que j'ai rencontre ici sont parfaitement au courant... la rumeur dit que les francais sont racistes, et qu'une nana voilee, meme une gamine, n'a pas sa place dans la societe. Evidement ca fout un froid notamment quand je sens que personne y croit et attend que je dise Meuhh nooon, que c'est des bobards.
Ici, si un prof refusait une fille en classe a cause de son foulard, il y aurait reglement de compte a la sortie avec tout les autres eleves, savoir ce qui cloche dans la tete de ce neuneu.
Reste qu'au final, je serai toujours un "Lao Wai" ici.
Neanmoins, le plus dur dans l'avenir sera a priori la preparation psychologique pour le retour dans la France de Sarkozi...
A lire les nouvelles, je sens deja que je m'y sentirais plus que jamais etranger.