
La Route, encore, toujours aussi droite, comme pour nous rappeler que ce pays est immense et ses frontières infinies.
Mon regard tente désespérément de tout capter de ce paysage qui déroule ses reliefs et secrets indéchiffrables.
Elle s'est un peu assoupie, bercée par le ronronnement du moteur et la voix de Johnny Cash en sourdine qui essaie de me distiller la mélancolie de cette plaine sauvage.
Une enseigne se balançant au loin m'indique un lieu où se restaurer. A cet instant et malgré moi, me revient à l'esprit tous ces films où le héros s'arrête un moment dans ce genre d'endroit. Le même côté abandonné, désert et oublié. Mais il n'en est rien. Le sable dissimule ce qui est en fait une sympathique cafeteria, un snack de plus perdu le long de cette route interminable. Je me gare tranquillement en évitant de soulever la poussière, une façon inconsciente de respecter l'hôte de ces lieux, visiblement ce petit vieux à casquette typique d'équipe de Baseball que j'ai aperçu sur le perron de la boutique, se balançant au rythme de l'enseigne grinçante au dessus de lui sur son rocking-chair semblant daté de la guerre de sécession.
Elle se réveille tout juste pour observer ce spectacle digne d'une scène de "Duel" de Steven Spielberg, le film d'étudiant qui le rendit crédible aux yeux des producteurs. On se regarde, amusés par l'accumulation d'autant de clichés et en même temps séduits par cette atmosphère pleine d'authenticité.
Cet homme qui a apparemment la soixantaine bien frappée, nous regarde descendre de notre Pontiac sport de location, sans sourciller une seconde, figé dans une expression ni malveillante ni engageante non plus.
J'essaie un "Hi!" plein de gaité, qui la fait sourire. Elle connait mon manque d'assurance à user de cette langue que j'affectionne tant pourtant. L'homme me répond d'un "Hi, fellow!" ironique et qui me laisse découvrir son sourire à trois dents.
D'un bond alerte et inattendu, il s'approche de nous en indiquant dans le même temps l'entrée de sa boutique d'où sort une odeur délicieuse de café et de gauffres. nous nous exécutons volontiers.
Quel étonnement en pénétrant les lieux! Autant l'extèrieur paraissait désolé que l'intèrieur nous dévoile un décor clinquant, propre et arrangé avec un goût certain.
L'homme semble avoir deviné notre surprise et ne peut cacher un petit ricanement qui lui dessine une bouille comique. Dans un anglais approximatif, je lui fais part de mon ravissement pour la décoration. Il nous remercie et nous invite à nous asseoir sur des sièges en bois et cuir rutilants. Le menu est imprimé sur la table protégé par une plaque de verre, et doit exister depuis les années 60 sous cette forme, étant donné l'état jauni du papier et la police d'une autre époque. Je souris en pensant que cette technique de présentation bien pratique a dû attendre plus de trente ans pour faire des émules dans nos contrées.
Sur la carte vieillie, on peut lire toute sorte de noms de Burgers, du "Dakota Bacon" au "Tiffanie's giant", autant d'énigmes gustatives que de promesses alléchantes. La propreté des locaux nous met bien sûr en confiance.
Au bout de quelques minutes, notre choix est fait, et nous regardons tous les deux impatients vers ce qui ressemble aux cuisines et où le vieux homme a disparu il y a un quart d'heure maintenant. J'esquisse un "Hi, man!" sans réponse. Elle glousse en me voyant si peu sûr, je m'enhardis alors, et crie plus fort en me levant et en m'approchant du comptoir laqué du plus bel effet.
Toujours pas de réponse, ni aucun bruit ne provenant des cuisines. Je dis en riant: "il a dû aller faire la sieste et il nous a zappé!".
J'essaie encore, plus fort. La réponse est cette fois-ci rapide et surprenante. En y repensant , elle est même plutôt effrayante...
Publié par wolfy68 à 02:11:58 dans rêveries et road-trip | Commentaires (2) | Permaliens

Publié par wolfy68 à 02:06:56 dans rêveries et road-trip | Commentaires (1) | Permaliens

Publié par wolfy68 à 02:13:53 dans rêveries et road-trip | Commentaires (3) | Permaliens

Publié par wolfy68 à 11:08:47 dans rêveries et road-trip | Commentaires (3) | Permaliens
La plaine immense s'étend de chaque côté de la route sur laquelle je roule depuis des heures.
J'écoute le dernier album de Calexico « Garden Ruin » et c'est comme si tout était en harmonie, le paysage, la musique, le bitume sous les roues et mon esprit rêveur.
Au loin, je devine les mirages oscillant sous le soleil de plomb de l'Arizona.
Elle est là, à mes côtés, souriante, calme, sereine et, il me semble, heureuse. Elle contemple le désert qui défile devant ses beaux yeux bleus.
Dans quel motel allons-nous nous arrêter pour faire l'amour ?
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Publié par wolfy68 à 17:36:05 dans rêveries et road-trip | Commentaires (2) | Permaliens
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