Libération - 13 octobre 2004. Sortie de Basse Noramndie de Patricia et Simon Mazuy -Reggiani
"Le film est signé d'un couple, Patricia Mazuy et Simon Reggiani. On sait la première cinéaste, le second acteur et musicien. Le film est cosigné parce que le projet a été rêvé, écrit, vécu, ensemble et l'on sent devant Basse Normandie qu'une force irrésistible les a soudés l'un à l'autre et à leur film. On peut imaginer un partage qui a laissé Mazuy à la direction de la mise en scène et Reggiani aux manettes de l'histoire, de la matière. Il y a une force particulière des couples de cinéma et on trouve dans la manière des Mazuy/Reggiani quelque chose des Straub/Huillet, des Godard/Miéville : un même profil de machine de guerre, par exemple.
Trompe l'oeil. Est-ce du documentaire, de la fiction ? Le couple joue-t-il un rôle ou filme-t-il son existence. Il y aurait des tas de bla-bla stériles à produire sur ces questions, que la télé-réalité a démonétisés et auxquels Basse Normandie tourne résolument le dos : le trompe-l'oeil dont il développe le modèle ne se situe pas dans le champ de l'intime, authentique ou transposé, il agit sur le plan de la politique et sur celui de l'art.
Car tompe-l'oeil il y a, mais pour la seule cause du cinéma : Basse Normandie enregistre les préparatifs, en Normandie, d'un acteur pour un spectacle de théâtre équestre qu'il doit donner à l'occasion du Salon de l'agriculture à Paris. Est-ce que ça fait un film ? Oui, très largement, dans la mesure où cet acteur est aussi un magnifique personnage qui, lorsqu'il n'est pas en répétition, lutte pour défendre les conditions de son intégrité artistique. Les menaces sont nombreuses, des grands emmerdements institutionnels (l'élu local est dans la bagarre) aux petites mesquineries humaines (l'univers soupçonneux des haras, le négoce serré autour d'un pré que le paysan voisin ne veut pas céder) en passant par toutes les contrariétés que l'orgueil manifeste du jeune homme reçoit comme autant de poisons mortels. (...) "