Depuis le 11-03-2005 :
20086 visiteurs
Depuis le début du mois :
338 visiteurs
Billets :
8 billets
<< After the Tsunami | Apres le tsunami | EDF et son barrage au Laos >>
Il y a 3 mois déjà, je me décidais à partir pour le sud de la Thaïlande. Je n'avais pas la télévision et ne savais pas trop ce qui se passait là-bas. Ce sont les descriptions de mes collègues qui revenaient du sud qui m'ont encouragés á partir. Les possibilités du moment : aider les pêcheurs á évaluer les dégâts matériels, soutenir les familles dans les hôpitaux, s'occuper des enfants qui n'ont plus classe, reconstruire des maisons, etc. J'ai choisi peut être le plus facile ou le plus dur, a vous de juger : s'occuper des morts. Plus de deux semaines après le tsunami, la plupart des corps avaient été ramassés sur la plage. Les équipes de volontaires ne s'occupaient plus que de la classification, le stockage et l'identification des corps. Les conditions étaient dures : une chaleur monstrueuse, une odeur difficile et des tensions immenses entre les soldats, la police, les équipes thaïes, les docteurs étrangers et les familles. Le 11 janvier, j'ai quitté Bangkok pour Takua Pa une ville très touchée par le tsunami, a une centaine de kilometre de Phuket. J'ai travaillé pendant plus d'une semaine dans le temple de Yan Yao où plus de 2500 corps étaient stockés.
1. L'arrivée dans le temple de Yan Yao
Mon Journal (un peu réarrangé)
Le 12 janvier 2005 : Il n'est pas encore 5 heures du matin lorsque le bus me dépose á Takua Pa. Le temple est à une centaine de mètres de la gare routière. Sans carte ni boussole, l'odeur pestilentielle me mène droit au but.
Devant le temple, des chaises et des tentes alignées font face à une route silencieuse. Un panneau d'affichage est recouvert de feuille A4 où des noms et des visages de disparus forment un sinistre patchwork. De l'autre coté de la route, ce sont les photos des corps qui ont été retrouvés, les visages noirs et décomposés ; les yeux pochés et les lèvres formant des cercles immenses, comme certains personages de manga.
La porte du temple est grande ouverte et personne n'est là pour la garder, enfin si, mais il dort a poing fermé derrière une pile de chaises. Á l'intérieur les néons dévoilent un décor de tentes, de bus, de bouteilles vides et d'indications en tous genre. Seules quelques ombres commencent à s'agiter, ce sont les quelques volontaires matinaux.
2. Premiers travaux
Des le premier jour je m'étais lié d'amitié avec l'équipe chargée de l'identification des corps par les photos. C'est-à-dire que mon premier matin dans le temple, je l'ai passé à regarder des photos de corps décomposés en se demandant : est-ce un homme, une femme, un enfant, un asiatique ou un Farang ? Oui, c'est comme ça que l'on classait les corps. Ils étaient tous rangés dans un petit dossier, puis classer par catégorie quand les détails sur les photos le permettaient.
Le 12 janvier en début d'après-midi, la réception a demandé des volontaires « pour porter les corps » (« we need volunteers to carry the bodies »). J'ai hésité pendant quelques minutes avant de me rendre dans la zone interdite. Quelques tentes ou plusieurs personnes faisaient la queue. Tenue correcte exigée : Bottes noires, une combinaison en plastique, deux couches de gants et deux masques préalablement garnie de baume du tigre pour éviter de s'évanouir pendant le travail. Quelques volontaires inscrivaient au marqueur leur nom et faisaient un petit drapeau thaï ou un dessin. Malgré la tragédie, le camp et leurs volontaires avaient plutôt l'air de sortir de M.A.S.H. que de X-Files. Les filles souriaient, les soldats se mettaient de grosses claques dans le dos pendant que les docteurs hollandais faisaient des blagues sur leurs voisins flamands.
Sous un arbre, docteurs et assistants tournaient autour des corps fraîchement déballés de leur sac plastique, pour prendre des échantillons ADN et des photos de la dentition (un autre moyen efficace d'identifier un corps). Un peu plus loin, des soldats faisaient un mur avec de la glace sèche (dry ice) qui en fondant ne laisse pas de liquide. Un camion se gara devant eux, d'autres soldats arrivèrent et le travail commença. Il fallait simplement descendre des corps et les aligner à même le sol. 1 personne suffisait pour le corps d'un enfant, 2 pour un corps léger, 3 à 5 pour un lourd. Les corps étaient imbibés d'eau ce qui explique leur poids. Je me souviens par la suite m'être quasiment effondré sous un corps avec deux autres volontaires, il a fallu 6 autres personnes pour soulever le sac et le poser sur la table du dentiste...
3. Conflits
Deux jours après mon arrivée dans le temple, je revenais à mon tout premier job, l'identification des corps par les photos. Cette fois-ci je prenais le poste laisser vacant par une sympathique australienne : je devais me charger de recevoir les familles étrangères et leur montrer les photos sur l'ordinateur. Les tests ADN prenaient du temps, c'est pourquoi quelques de familles se rendaient directement sur le site pour tenter d'identifier leur proche par les photos. Cependant, a cause des erreurs d'identification et surtout a cause de quelques cas d'escroquerie pour toucher les assurances, les autorités n'étaient guère coopérantes. Ils misaient tout sur les tests ADN et les photos de dentitions. Ils avaient toléré l'identification par les photos juste pour désengorger le temple.
Comment ça marchait ? Simple, une famille se présentait au temple, rempli un formulaire avec nom de la victime et toutes ses caractéristiques physiques (couleurs de la peau, taille, poids, tatouages, piercings, bijoux, portable....)
Une autre équipe de volontaires faisait alors une recherche de toutes ses informations dans leur base de donnée. Ils me donnaient ensuite toute une liste de corps correspondant à la description. Les familles venaient ensuite regarder les photos et dire oui ou non.
Dans la plupart de cas les familles ne trouvaient pas le corps dans la liste, il fallait alors regarder tous les dossiers, en commençant par le dossier Farang Man ou Farang Woman. Quand les familles ne trouvaient rien, elle continuaient désespérément á regarder les 2500 dossiers... Hard
Quand finalement, certaines familles arrivaient à identifier un corps, les problèmes ne faisaient que commencer. La police et les médecins légistes étrangers (l'équipe DVI ou Disaster Victim Identification Team) avaient récupéré l'indentification des corps étrangers. Les corps avaient tous un numéro d'identification donné au début par les thaïs. Cependant l'équipe DVI avait jugé ce système d'identification non conventionnel et pas assez catégorique. En traduction, je me retrouvais après la recherche sur ordinateur avec un numéro thaï obsolète car les corps avaient un autre numéro DVI. Seul la police étrangère pouvaient me dire ou le corps se trouvaient. Par malchance je travaillais pour le centre d'identification thaï, ce qui ne me donnait aucun crédit (même quand la famille était à mes cotés). Plusieurs fois ils ne savaient même pas ou étaient le corps, et ne donnaient aucune explication... Seulement un bon conseil : attendre les tests ADN. Aujourd'hui encore certaines familles les attendent...
4. Le dernier jour
Lorsque je décidais de renter pour Bangkok, le camp se vidait de plus en plus de ses volontaires. La police Thai reprenait peut a peu le travail du docteur Pornthip, (une médecin légiste qui mériterait que je lui fasse un blogg) et remplaçait les soldats. Jugeant négativement le travail de ces derniers, ils fermaient le temple peu a peu aux volontaires non-professionnels.
J'admirais le travail de cette femme et de tous ces volontaires qui étaient les premiers sur le terrain avant que la police ne bouge un pouce. Malgré leur commentaire, le plus dur était fait et ce jour-là tous les corps avaient une place dans un container. Moi j'avais mon billet pour Bangkok.
Publié par langegabriel à 11:45:44 dans Tsunami | Commentaires (17) | Permaliens
04-04-2005 10:11
De createur Sujet:
Communaute
04-04-2005 09:57
De G Sujet:
Message au createur
04-04-2005 09:51
De createur Sujet:
Thailande Url: [Liens]
04-04-2005 09:45
De G Sujet:
Les tunes!
04-04-2005 09:30
De Micky Sujet:
désolé G
04-04-2005 09:12
De G Sujet:
Mick toujours
04-04-2005 09:10
De Mick the only one...ou presque Sujet:
pas moi en tout cas!
04-04-2005 09:08
De G Sujet:
Micks
04-04-2005 09:06
De Mick Sujet:
glop?
04-04-2005 09:05
De Micky Sujet:
mick
04-04-2005 09:01
De G Sujet:
Depuis 3 mois
04-04-2005 09:00
De Mick Sujet:
pas bon ça! Url: [Liens]
04-04-2005 08:58
De G Sujet:
Pas de blem!
04-04-2005 08:56
De G Sujet:
Le style
04-04-2005 08:33
De Micky Sujet:
gaby!
04-04-2005 08:30
De Micky Sujet:
3 mois ?
04-04-2005 08:07
De L'observatoir Sujet:
drole de style ! First Name/Prénom: Gabriel
Name/Nom: Camelin
Age: 21
Volunteer in Thailand since september 2004. Bachelor-graduated in Cinema in Paris 3-Sorbonne University.
Volontaire en Thailande depuis Septembre 2004.
Licence en cinéma de l'université de Paris 3-Sorbonne-Nouvelle.