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En lisant Trois chevaux , je me disais qu'in fine, il n'y a pas besoin de grande raison pour aimer... Si mon italien me demandait pourquoi je l'aime, je serais sans doute bien en peine de lui donner une réponse. Mais je peux être obsédée toute la journée par la simple pensée de m'allonger contre sa peau tiède, de poser ma tête sur son épaule, et de m'endormir dans son odeur... Et finalement, comme raison, ça me suffit.
Publié par eclatdusoleil à 02:49:56 dans Humeurs | Commentaires (1) | Permaliens

Ce post, ancien lui aussi, pourrait constituer une suite à "l'homme parfait"...
En lisant La petite robe de Paul ,
je m'interroge une fois de plus son mon propre deuil de la maternité.
Consciente que c'est forcément important pour une femme, je n'ai jamais
pu me résoudre à croire que c'était réellement déterminant pour moi :
il m'a toujours semblé que c'était une confirmation du destin, et comme
une sorte de dédouanement, alors que j'ai toujours plus ou moins pensé
que je n'étais pas faite pour avoir des enfants, et que j'aurais eu
bien du mal à leur trouver une place dans ma vie.
La découverte
définitive de mon infertilité a cependant déclenché dans le même
mouvement, mon divorce d'avec l'homme qui avait traversé l'épreuve avec
moi. A l'époque, j'ai surtout invoqué le fait que je ne voyais plus de
chemin commun avec cet homme si nous ne pouvions pas avoir d'enfant,
étayé par le fait que nos corps ne s'accordaient pas, nous empêchant de
cimenter vraiment une union qui vue de l'extérieur, et sur le plan de
la vie domestique, semblait très harmonieuse. Je suis donc partie, pour
essayer de trouver enfin ma moitié d'orange, et pour laisser à cet
homme encore jeune une chance de faire des enfants avec une autre.
Au
fil des années qui passent, je m'aperçois qu'il n'a pas saisi cette
possibilité, ce qui régulièrement relance ma culpabilité...
Aujourd'hui,
je m'interroge sur un autre aspect de la question. Quitter cet homme,
c'était aussi une manière de nier ce deuil, de tenter un nouveau départ
sans avoir besoin d'assumer, non l'impossibilité de faire des enfants,
qui bien évidemment demeure et que j'ai toujours annoncée très tôt à
mes compagnons potentiels, mais le souvenir du parcours, psychologique
et médical, de nos deux tentatives de FIV. Je voulais fuir les murs
d'une maison que pourtant j'aimais, la seule que j'aie vraiment décorée
à mon goût, parce que ses murs étaient aussi imprégnés de ces heures
douloureuse, et de mes trahisons... Je voulais fuir sans doute aussi le
parcours, que je pressentais cahotique, de mon mari quant à la
paternité. Je ne me sentais pas capable d'assumer encore un éventuel
parcours d'adoption, et j'étais totalement opposée à l'idée du don
d'ovule qu'il avait évoquée. J'avais peur d'être enfermée à tout jamais
dans cet unique état de fait : je ne pouvais pas avoir d'enfant et mon
mari en voulait. De ce point de vue, je crois que j'ai eu raison de
partir, car il aurait été difficile en effet de faire avec lui ce
parcours imposé, pour lequel chacun de nous avait un chemin et un tempo
différent.
Partir, c'était ouvrir la possibilité de rebondir
plus vite. En revanche, c'était aussi, d'une manière ou d'une autre,
imposer ce parcours de deuil à un autre homme, et par la même le
refaire moi-même, encore et encore. En effet, chaque fois que
j'annoncerais mon infertilité, l'homme en face de moi serait contraint
de s'interroger sur son désir de paternité, et d'en faire son deuil
pour pouvoir vivre avec moi. Je me suis sentie parfois comme un tyran,
imposant à mon compagnon du moment de me préférer à toute perspective
de construction d'une famille ordinaire, à toute perspective de
reproduction...
Aujourd'hui, ce que je me demande, c'est s'il
est possible de clôturer enfin ce deuil et de remettre ma souffrance
entre les mains de quelqu'un qui ne l'a pas vécue avec moi, à qui cette
histoire est tout à fait étrangère... Mon compagnon actuel ne voulait
pas particulèrement d'enfant, et d'ailleurs la question se tasse
d'elle-même avec les années qui passent... Je me souviens de lui avoir
fait part, dans les toutes premières heures de notre rencontre, de mon
désarroi de l'époque, toujours relié à la même question fondamentale :
une sorte de sentiment d'inutilité sur cette planète, auquel bien sûr
mon infertilité n'est pas étrangère. Je lui sus gré je m'en souviens de
m'avoir trouvée passionnante pour moi-même, et de m'avoir dit que je ne
pouvais pas penser que je n'avais plus aucune perspective, sociale ou
amoureuse. C'est sans doute cela qui a ancré cet homme dans ma pensée
et dans mon coeur, tant et si bien que j'ai engagé une relation à
laquelle pourtant je ne donnais pas grand avenir : nous étions si
différents, et notre rencontre si improbable... J'ai cru que tout
volerait en éclat lorsqu'il s'est montré jaloux. Et nous avons eu
parfois de sonores disputes. Je n'ai pas eu le courage de le congédier
vraiment, je n'avais pas le temps, prise par mes envahissantes
responsabilités professionnelles, de réfléchir au bien fondé de la
rupture et à ses conséquences, et j'ai laissé filer le temps. Une
attitude nouvelle et étonnante de ma part, moi qui suis d'habitude si
volontaire. Les épreuves que je traverse actuellement semblent me
donner raison. Il sait se montrer patient, même quand j'ai trop de
travail et que je n'arrive pas à m'en sortir, même quand je dois
m'absenter plusieurs jours par semaine, même quand le tournant hormonal
change mes humeurs et les formes de mon corps, scellant définitivement
ma condition de femme... Il sait aussi se montrer discret, je me
demande parfois si ce n'est pas trop et si ce n'est pas dangereux...
Mais il me laisse ces moments de solitude dont j'ai toujours eu besoin
pour faire le point avec moi-même, lire des livres qui me font pleurer
et réfléchir... Il reste à trouver le bon équilibre, pour retrouver de
temps à autres ces moments intenses de conversation que nous avons eus
au début. Car après les premiers élans amoureux, où le mystère de
l'autre constitue un ingrédient essentiel, il est nécessaire
d'approfondir sa connaissance mutuelle, et de pouvoir fonder sa
confiance dans l'acceptation consciente et mutuelle des failles de
l'autre, de ses souffrances passées, de ses limites. Dans sa capacité à
endosser une partie des deuils qu'il a du faire, ou qu'il porte encore
dans un recoin caché de son âme. Et je vois bien pour ce qui me
concerne que les démons ne sont pas tout à fait morts...
Publié par eclatdusoleil à 02:27:00 dans Humeurs | Commentaires (0) | Permaliens
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