
Photo : Hugo via Flickr
Souvent, on voudrait posséder ce qu'on trouve beau. En réalité, on voudrait surtout s'en garantir la jouissance, et l'on croit que la possession nous offre cette garantie. Ce faisant, on oublie que la propriété est aliénante... Ce qu'on possède, on doit le protéger, l'entretenir, le préserver, le stocker. Le stockage nous lie les pieds, nous ligote à nos possessions et limite notre liberté, en nous obligeant à demeurer sur le lieu de nos possessions, à nous charger de lourds bagages, ou encore à posséder des lieux de stockage adaptés, protégés. On oublie aussi que le temps lui ne se stocke pas, ne se possède pas, et qu'on n'aura pas forcément le temps de jouir de tout ce que l'on possède. Mais dans l'instant où l'on s'approprie un bien, on est tout au bonheur de songer qu'on pourra en jouir quand on veut, on n'imagine même pas qu'on n'aura pas forcément le temps d'en jouir. Ce n'est pas parce que j'ai des centaines de livres dans ma bibliothèque que j'ai le temps de les lire, de disques que j'ai le temps de les écouter, de DVD que j'ai le temps de les regarder, de vêtements que j'ai l'occasion de tous les porter... Et toutes ces possessions me font souvent perdre du temps, ne serait-ce que pour choisir celle dont je veux jouir aujourd'hui : par quel livre commencer ? Que porter aujourd'hui ? Quelle musique pour accompagner mon humeur du jour ? Quel film pour ma soirée ? Et la société de consommation, qui nous pousse à posséder toujours plus, nous aliène à la fois parce qu'il faut gagner toujours plus d'argent pour acquérir de nouvelles possessions, mais aussi passer du temps à les gérer. Pour retrouver sa liberté, il faudrait donc pouvoir se rendre aussi maître du temps, en disposer à son gré, l'arrêter, le rembobiner, le suspendre ou au contraire le faire courir plus vite... Mais personne ne peut posséder le temps. C'est lui qui nous possède, et c'est là notre seule égalité : le temps est le même pour tout le monde, à peu de choses près. La liberté, c'est de pouvoir l'utiliser à son gré. Et donc sans doute en nous libérant de la plupart de nos possessions matérielles...
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