Il y a des choses comme ça, qui vous tombent dessus d'un coup. T'as l'impression de t'y être préparé et puis finalement non. Pendant presque deux mois je me suis imaginée être avec elle, je m'imaginais lui donnant la main dans la rue, lui souriant avant de fermer les yeux pour partir vers d'autres rêveries nocturnes, lui parlant pendant mon ptit déj, l'embrassant à la sortie de la douche et puis d'un seul coup, tout ça c'est arrivé. En vrai. Des jours à s'imaginer et au bout du compte finir par croire que tout resterait dans ma tête. Pourtant je devrais avoir l'habitude de tout ça...prendre la main, embrasser, dormir à deux, etc... je connais par coeur...douche avec Stéphanie, faire l'amour avec Jade, embrasser Caro...tous ces prénoms qui sonnent encore plus fades qu'à l'époque où je "sortais" avec ces demoiselles...tous ces gestes que j'ai répété sans cesse sans y être, mettre de la tendresse par habitude tue la tendresse...trop sensible, moi, et pourtant insensible face à celles qui disaient m'aimer. Combien de fois ai-je dit "ça ne va plus je préfère qu'on s'arrête là...". Je ne sais plus. Ce n'est pas par prétention ni pour étaler mes conquêtes que je m'exprime ainsi, juste un constat de ce que j'étais avant. Avant elle. Je me considère et me considérais comme une pute. Elles m'appelaient et je venais. Flashback : Téléphone, je me réveille, il est 17h de l'après-midi, je transpire, il fait trop chaud j'ai dormi habillé, j'ai les yeux flous. C'est E. "Viens". Et me voilà sous une lumière qui claque et qui blesse, métro, je suis ballottée de wagon en wagon et ma casquette ne suffit pas pour cacher mon amertume à la foule indifférente. J'ai mon soutif noir en dentelles, le sexy que T. m'a offert il y a un mois. Je n'ai envie de rien si ce n'est de continuer à dormir. Rue *** , interphone, ça sent la peinture et le vieux bois. Elle m'a entendu dans l'escalier, la porte est ouverte. Je n'ai qu'à rentrer, fermer derrière moi et je sais qu'elle est là, allongée sur le sofa, à moitié nue, à tirer sur son joint. Je sais mais maintenant je préfère ne plus y faire attention, qu'il y a un rail de coke sur la table basse. Elle me regarde et ris. J'ai encore droit à toutes ces flatteries, et elle vient et elle me désape, avec son espèce de sourire qu'elle essaie de vouloir charmeur...soutif baggy, je la repousse, elle me dégoûte...Elle s'agite un peu trop, me demande si je l'aime...je reste pensive...elle ne veut pas savoir, elle fait semblant de pleurer et comme toujours je viens la prendre par les épaules en la massant doucement, mais au fond je me fous de tout ce qui peut contribuer à son bien -être, je me fous de cette fille, comme de tout le reste...je ne fais que m'occuper et profiter du fait que je plais à des femmes qui plaisent dans les vitrines. Elle est belle oui E. Brune aux yeux bleus, poitrine comme il faut, les fesses bien faites et tout ce qui va avec. Elle est belle. Mais absente de mon coeur. Je me demande si le terme "faire l'amour" convient avec ce genre de personne et dans ce genre de situations. Bien que je haïsse ce mot, on pourrait dire baiser, oui baiser pour baiser. Et me voici à la fenêtre à fumer, les yeux clos et j'écoute la rue. Elle, je me fous de savoir ce qu'elle peut bien faire en ce moment même. Et là voilà derrière moi à rire et à glousser, à dire "c'était bien" avec ce sourire stupide, et pourtant quand elle m'oblige à tourner la tête pour la regarder je ne peux m'empêcher d'être surpris une fois de plus par la beauté de ses yeux. Et je tire une taffe de plus en toussotant, et tout change, le nocif roulé fait son effet, je me détends et elle le sent. Après je ne sais plus très bien ce qui se passe...quelques heures après je suis de nouveau dans le métro, avec ce goût dégueulasse du joint qu'on a tiré jusqu'à la dernier latte sur les lèvre, l'odeur forte d'E qui me colle à la peau et dont j'aimerais me débarrasser au plus vite. Douche, je me lave et me lave encore, je veux que ça parte. Je me sens mal, tout est trouble, je veux dormir. Je vais me coucher. Je dors. Oublier.
Maintenant tout ça n'est que passé. J'aime. J'aime. Qu'elle plaise ou non je m'en fous, qu'elle ait les mensurations parfaites je ne m'en soucie pas. Je l'aime.
Je l'aime.
C'est la tendresse qui était restée enfermée en moi depuis cet "accident" qui me restera à jamais, qui demande à s'échapper. Une fois que cela s'envole de mon être, je ne peux plus la contenir. J'ai envie de l'aimer, de la rendre heureuse, de la prendre dans mes bras, de la regarder dormir, de la rendre heureuse encore, de la faire rire, de l'embrasser, de lui caresser le visage pour qu'elle s'endorme, la rassurer, la consoler, l'emmener loin, juste être tendre, l'écouter parler, regarder la nuit avec elle, la manger, passer ma vie avec elle. Son absence représente ma non-vie. Elle n'est pas là, je suis discrète avec l'extérieure. Je ne parle pas énormément, je suis calme, j'écoute ce qu'on me raconte mais n'y fais pas trop attention, je ne pars plus dans des délires puérils comme avant, et lorsque je ne parle pas et que mes yeux sont faces au vide, c'est que je pense à elle, un peu plus que d'ordinaire. Elle est omniprésente dans mon esprit. Ce matin j'ai souri en nous imaginant enlacées sur mon lit des heures, sans rien dire si ce n'est un je t'aime de temps en temps...J'attends le vendredi et j'essaie de contenir mon impatience pour éviter de déprimer. J'essaie de rester dans état d'esprit calme et posée. J'essaie de ne pas trop penser et je m'occupe. Je l'attends, j'attends mon éveil, avec elle. C'est avec elle que je vis. Et plus rien n'a d'importance à part elle.
J'oublie tout, je suis unique dans l'instant.
Je t'aime comme je ne pourrais jamais aimer personne, je le sais, je le sens. Je t'aimerai jusqu'à ce que je disparaisse et même plus encore...
Publié par Mim à 23:17:20 dans Namour et confessions ^^ | Commentaires (1) | Permaliens
"Ce serait bien s'ils le retrouvaient, qu'au moins une fois, au moins une fois de temps en temps, dans ce monde archi maudit, quelqu'un qui cherche quelque chose ait la chance de le retrouver, comme ça, simplement, et dise je l'ai retrouvé, avec un tout petit sourire, je l'avais perdu et je l'ai retrouvé - ça n'est pas si compliqué, le bonheur à côté ça ne serait rien."
" Et pourtant,bien qu'indéniablement elle soit merveilleuse, la lumière du soir, il y a quelque chose qui réussit à être encore plus beau que la lumière du soir, et c'est précisément quand, par d'incompréhensibles jeux de courants, caprices des vents, bizarreries du ciel, impertinences réciproques de nuées non conformes et circonstances fortuites par dizaine, une vraie collection de hasards et d'absurdités - quand, dans cette lumière unique qu'est la lumière du soir, inopinément, il pleut. Il y a le soleil, le soleil du soir, et il pleut. Ca, c'est le summum. Et il n'existe aucun homme, fût-il rongé par la douleur ou a bout d'angoisse, qui, devant une absurdité de ce genre ne sente pas se retourner quelque part en lui une irrépressible envie de rire. Il ne rira peut-être pas, ou pas vraiment, mais si le monde était un zeste plus clément, il pourrait rire. Parce que c'est comme un gag colossal et universel, parfait et irrésistible. A ne pas y croire. Même l'eau, celle qui te tombe sur la tête, en minuscules gouttes prises de biais par le soleil bas sur l'horizon, ne ressemble pas à de la vraie eau. Ca ne serait pas étonnant si en la goûtant on s'apercevait qu'elle est sucrée. C'est dire. En tout cas, de l'eau pas réglementaire. Une générale et en même temps spectaculaire exception à la règle, un pied de nez magistral à toute logique. Une émotion. Au point que parmi toutes les choses qui finissent par donner une justification à l'habitude, sans cela ridicule, de vivre, figure certainement celle-ci, au-dessus même des plus limpides, des plus propres : être là, quand, dans cette lumière unique qu'est la lumière du soir, inopinément, il pleut. Au moins une fois, être là."
Publié par Mim à 21:57:55 dans Envolée verbale... | Commentaires (0) | Permaliens
"Je pense qu'en ce moment
personne peut-être ne pense à moi dans l'univers,
que moi seul je me pense,
et si maintenant je mourais,
personne, ni moi, ne me penserait.
Et ici commence l'abîme,
comme lorsque je m'endors.
Je suis mon propre soutien et me l'ôte.
Je contribue à tapisser d'abscence toutes choses.
C'est pour cela peut-être
que penser à un homme
revient à le sauver."
"Poésie verticale" n°4
Roberto Juarroz
Voilà en quoi tu me sauves mon amour...
Publié par Mim à 21:50:21 dans Envolée verbale... | Commentaires (0) | Permaliens
Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l'étoile qui passe
Le soleil merveilleux mûrissant dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier
Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleurs plus de vitesse à l'onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps éclaté
Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
- Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur -
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
Ô mon unique amour et ma grande folie...
Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou...
Et le sublime se crée...
~ ... plus de vitesse à l'onde ... ~
Publié par Mim à 21:46:04 dans Envolée verbale... | Commentaires (3) | Permaliens
Charles Juliet...
« Pourquoi ai-je un tel souci de l'autre ? Pourquoi ai-je cette crainte permanente d'être pour lui une cause de trouble, de le déranger si peu que ce soit dans ce qu'il est et ce qu'il pense ? Et pourquoi m'a-t-il fallu si souvent m'annihiler en sa présence ?"
"Ceux qui nous connaissent ignorent qui nous sommes. Le plus souvent, la connaissance de surface que nous avons des êtres nous empêche de les connaître en profondeur. Notre regard s'arrête aux apparences, n'a pas le désir de les traverser pour aller voir ce qu'elles recouvrent. C'est parce que je sais tout cela que je prête la plus grande attention aux êtres que je rencontre. Il suffit d'une oreille aimante. Et il te vient le courage d'aller en toi où jusqu'alors tu n'avais osé pénétrer."
"Besoin de se faire aimer. Et pour en être digne aussi bien que pour pouvoir aimer en retour, nécessité d'être beau à l'intérieur de soi, d'approcher une certaine perfection, d'atteindre à ce détachement et cette transparence faute desquels l'amour n'est qu'un mot."
Charles Juliet
Publié par Mim à 21:12:18 dans Les books qui font rêver... | Commentaires (3) | Permaliens
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