Je vois encore l'échancrure ovale de ton pull rouge, allongée sur la peau fine de ton épaule. Souligné par le trait noir d'une bretelle, frêle passerelle de ton corps à ma cornée.
Il y a parfois comme ça dans l'infime, de l'infiniment.
Il y a aussi ton visage souriant, me souriant.
Publié par Phylmots à 09:44:08 dans Réservoir Blog | Commentaires (5) | Permaliens
J'espère encore voir les étoiles
J'espère encore croiser ses doigts
Quelques guitares chantent encore au loin
Petites veilleuses du monde
En enfer il fait si froid
Le temps colle à mes semelles
Le poison ronge ma cervelle
Je vomis des mots
Les maux digèrent ma vie
Sous les larmes monte l'amer
Plus de terre juste quelques îlots
Mon délire pour un sourire
Mon sourire pour rien
Publié par Phylmots à 12:14:12 dans Et puis... | Commentaires (4) | Permaliens
Décembre 1999, aucune explosions sur la lune pour la séparer de cette bonne vieille terre, et propulser les occupants de la base Alpha dans le cosmos. Partout on se prépare à fêter l'an 2000 comme l'avènement d'une nouvelle ère, et à empêcher le BUG, de destruction massive, de nous renvoyer à l'époque du boulier.
Moi je viens d'apprendre que ma grand mère a été hospitalisé, alors je passe prendre ma mère et nous nous rendons à l'hôpital. Une heure de route pour échanger quelques mots, pour penser au pire et au meilleur. Une heure pour oublier, l'année, le mois, et l'heure.
Nous arrivons dans la chambre, acceuilli par son beau visage souriant, heureux de nous embrasser, d'être ensemble. Elle va devoir subir une intervention chirurgical à cause d'une méchante occlusion intestinal. C'est pour après demain, on doit partir, mais on sera là, c'est promis.
Mon grand père est très inquiet, agité, j'aimerais pouvoir le rassurer, encore faudrait-il que j'en soit capable pour moi-même.
Retour à l'hopital, le jour dit, je ne me souviens de rien si ce n'est qu'avant qu'on l'emmène en salle elle nous a dit:
- Je suis bien contente que vous soyez là, parce que j'ai un peu peur.
On aurait dit une petite fille, ça m'a retourné le coeur.
L'intervention c'est bien passée mais le diagnostic catastrophique. Des années de prise de laxatifs avaient pratiquement fait disparaitre la paroi intestinale. Le chirurgien a fait de son mieux, en ne nous laissant toutefois pas beaucoup d'espoir.
J'ai regardé venir le 1er janvier seul, devant ma TV, groggy entre espoir illusoire et désespoir sourd. Sa santé déclinait dans une sorte de demi-sommeil baigné de morphine, clairsemé de touches de conscience. Je lui est rendu visite plusieurs fois, pour être avec elle le plus longtemps possible et pour éviter qu'elle se sente seule. Il n'y avait pas beaucoup de paroles possible alors je lui tenais la main et je caressais son bras et son visage. Ses traits étaient creusé, les derniers sillons d'une vie de femme de 89 ans. Elle avait extrêment soif et l'interdiction de boire, je n'étais autorisé à l'hydrater qu'avec de la gaze imbibée d'eau. Je ne trouve pas les mots pour décrire son visage quand elle pouvait boire ces quelques goûttes que je lui apportais, mais je vous garantie que ces moments d'une souffrance totale, tant pour elle que pour moi, sont à jamais gravé en moi. Je ne peux plus voir ou entendre parler de la soif sans ressentir une boule dans l'estomac.
Le 6 janvier je me suis rendu à son chevet pour la dernière fois. La vie était encore accroché malgré la souffrance. Il me semblait assister à un combat dont je ne pouvais être que le spectateur impuissant. Ce jour là, sur son visage et dans ces yeux il m'a semblé voir que ma grand mère prennait conscience de la mort, comme si d'un seul coup cela devenait terriblement réel, presque tangible. Pour moi c'était comme mourir, mais en pire. Derrière le regard du présent il y avait toutes ses belles expressions du passé, ces sourires plein les yeux, des flots d'images comme une sarrabande infernale qui me liquéfiait le coeur. Je me suis appuyé sur le lit et j'ai pleuré pour vivre. Ma mère de l'autre coté du lit me demandait de ne pas pleurer, à travers ses larmes, comme si sa faisait trop de souffrance d'un coup.
Elle est morte le lendemain, j'étais triste et soulagé. J'ai adoré cette femme toute ma vie, tellement que, étant enfant, je pensais ne pas survivre à ça disparition. Il m'a fallu 4 ans pour faire le deuil, 4 ans de refoulement pour enfin voir les choses en face et évacuer ma peine. Alors j'ai compris que l'on peut survivre à la mort.
Publié par Phylmots à 14:43:47 dans Réservoir Blog | Commentaires (8) | Permaliens
Publié par Phylmots à 15:52:11 dans Et puis... | Commentaires (5) | Permaliens
A 19 ans j'ai décidé de devenir gendarme, pas par vocation mais par facilité.
J'ai eu la chance d'être affecté à l'école de Berlin pour le stage préparatoire qui dure 6 mois. J'avais peu voyagé et j'avais encore du lait qui me sortait du nez quand on le pinçait. Alors vous parlez d'une aventure !
J'avais 2 objectifs, être suffisamment bien classé pour pouvoir choisir mon affectation, et sortir un maximum pour profiter de la richesse de Berlin, ville mythique s'il en est, en 1982.
J'ai rencontré quelques spécimens qui, je pense, ne manqueront pas tout au long de leur carrière d'entretenir l'image d'Epinal du gros tachon de pandore; mais aussi beaucoup de types très sympas et capables de dicernement.
Et puis il y avait Daniel, un gars du ch'nord de 6 ou 7 ans mon aîné. On est très vite devenu pôtes. J'ai appris à le connaître au gré de ses confidences et j'ai découvert un personnage avec plus de facettes qu'une boule de discothèque.
Je suis très ému en repensant à lui, la gorge serré, mais les mains libres.
C'était un homme qui aimait les hommes, la vie, un petit pétard de temps en temps et sortir des sentiers battus. Pas vraiment le profil que l'on imagine pour quelqu'un qui se destine à porter le képi ! Il m'a ouvert les idées sur bien des choses et je lui dois quelques sorties inoubliables.
Je ne connaissais rien de la drogue si ce n'est ce qu'en racconte les livres et les films. Lui avait réussie à se fournir en Marie Jeanne de tout premier choix. Je ne cessais de lui demander de m'en parler de me dire comment il la préparait, où il la consommait, comment il l'avait trouvé, ce qu'il rescentait etc, etc, tout ça dans la confiance la plus total.
Un jour il m'a proposé de tester, comme çà je serai fixé une bonne fois pour toute. J'étais pas très rassuré, en cas de découverte par l'encadrement c'était le renvoi immédiat et l'humiliation de rentrer à la maison avec la queue entre les jambes. D'un autre coté j'en avais très envie et je crois que j'étais aussi assez excité à l'idée de faire quelque chose de transgressif. Alors j'ai dis BANCO.
Il s'est occupé de tout et m'a donné rdv dans sa chambre, autour de minuit. C'était grisant de me relever sans réveiller mon voisin de chambré, de filer doux dans le couloir, qui me sembla interminable, jusqu'à m'introduire dans la chambre de Daniel pour enfin consommer notre "forfait". C'était une chambre de deux qu'il occupait seul, sa tombait bien j'allais pouvoir m'installer confortablement pour pouvoir profiter pleinement de mon dépucelage stupéfiant.
Nous avons fumée notre stick en nous disant que cette scène avait quelque chose de surréaliste puis on c'est allongé pour attendre les effets. Au bout d'un moment j'ai senti une sensation étrange puis je me suis mis à rire. Et je riais, et encore, et pas moyen de m'arrêter. C'était le rire sans le drôle, sans sujet mais pas sans bruit ! J'étais tout a fait conscient que je risquais d'attirer l'attention et par la même de nous faire entrer dans les faits divers de la caserne Napoléon, mais rien à faire j'avais plus le contrôle de la situation. Comme je ne semblais pas vouloir me calmer, Daniel s'inquiéta, et me demanda si ça allait. Je le rassurais et continuais à me bidonner pendant de très longues minutes.
Il devait être 3 ou 4h00 quand j'ai regagné mon lit au milieu de l'indifférence général. Je me suis senti très fort cette nuit là en entrant dans mes draps, je m'étais ris de l'autorité et je pouvais maintenant, moi aussi, témoigner de mon expérience.
OK, j'avais pas terassé de dragon mais il est bon d'être fier de soit de temps en temps. Je ne suis pas devenu addict à la fumette, mais ça ma permis de relativiser le discours catastrophistes de certains bien pensant qui on vite fait de tirer des généralités de cas particuliers.
A l'issue du stage j'ai obtenu mon affectation et j'ai quitté la gendarmerie au bout de trois ans. Quand à Daniel nous nous sommes séparé faché pour une connerie et il a fallu bien un an et demi pour que je reprenne contact par courrier pour renouer le lien. Après quoi nous nous sommes revue quelques fois puis plus, du fait de l'éloignement et de la négligence.
Il y a quelques années j'ai reçu un coup de fil d'un homme que je ne connaissais pas, qui c'est présenté comme son compagnon et qui m'a annoncé sa mort. Il a été très lapidaire, il souffrait de sa disparition et n'avait pas envie de parler.
Je savais que je plaisais à Daniel mais je n'avais pas compris qu'il m'aimait. C'est pas facile de saisir ça quand on n'est pas homo soi-même. Moi je l'aimais d'amitié et je pensais que le temps dur toujours. Aujourd'hui je sais qu'un jour on meure, que chaqu'un meure, alors il faut entretenir le feu qui nous réchauffe, il faut aimer jusqu'à plus soif et ne pas trop remettre au lendemain nos envies du jour.
Publié par Phylmots à 16:59:58 dans Réservoir Blog | Commentaires (6) | Permaliens


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