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Moi

Rien à dire sur moi. Beaucoup à dire sur Lui.

Beaucoup disent Le connaître. Depp l'Acteur. Pour certaines, juste la tête d'ange qui fait la une des magazines pour groupies hurlantes.

Moi je vous présente l'Acteur, le Réalisteur, le Scénariste, le Peintre, le Musicien... l'Homme transformé, passionnant, talentueux, l'Homme Caméléon. Pas la star, non, l'Artiste, sachez faire la différence...

juste une petite règle, une seule, à respecter svp : PAS DE LANGAGE SMS ! Merci

dark_leia

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Le Figaro Etudiant - janvier 2002 | 04 juin 2005

Qu'est-ce qui vous a convaincu de faire ce film ?

Un, travailler avec les frères Hugues ; deux, ma fascination pour le mystère de Jack l'éventreur : depuis tout petit, j'ai toujours été passionné par cette histoire ; trois, faire le voyage dans une autre époque, enquêter sur cette période où la vie était tellement différente afin d'essayer de comprendre les gens.

 

Lorsque vous préparez un rôle, avez-vous aussi l'impression d'enquêter ?

Oui, j'adore ça. Surtout en l'espèce car je suis un dingue d'Histoire. Toujours cette idée de voyage dans le temps, en lisant des livres d'histoire, des biographies. Je mène peut-être même finalement plus d'investigations dans ma vie que dans mon travail !

 

Avez-vous lu la BD-roman dont est tiré le film ?

Oui, c'est très impressionnant. Il y a aussi tout un travail qui est moins apparent, notamment les recherches qui ont été faites. Ils ont assemblé tous ces éléments d'une grande noirceur comme une sorte de puzzle, mathématique. J'ai été soufflé.

 

Cela change-t-il quelque chose d'interpréter un personnage réel ?

La difficulté, lorsque l'on joue quelqu'un qui a existé il y a plus d'un siècle, c'est que l'on possède assez peu d'informations. J'ai lu un article, dans un magazine, sur un officier de police contemporain qui admettait utiliser des drogues, de l'alcool alors qu'il menait l'enquête, en raison de la pression liée au travail. J'ai combiné cette histoire avec celle de l'inspecteur Abberline qui, en 1888, fumait de l'opium, buvait de l'absinthe. Le hasch, à cette époque, était même vendu en pharmacie, sous forme de bonbon ! Interpréter un personnage réel amène des responsabilités, particulièrement lorsqu'il est encore en vie. Ne serait-ce que parce que le cinéma reste, notamment dans la mémoire du public. (...)

 

Se laisser aller, dans ce type de rôle, n'est-il pas dangereux ?

Ce qu'il y a de bien, dans le métier d'acteur, c'est que l'on peut penser exactement à ce que l'on veut du moment que cela nous mène où l'on souhaite aller. Ce peut être un chien ou une peinture ! L'essentiel, quand il s'agit d'un rôle difficile, est d'en sortir très vite. Autrefois, j'étais trop dans le film. Pour Gilbert Grape, je suis resté dans cet espace cérébral pendant six mois. C'était horrible. Je ne sais toujours pas si je me suis mis dans cet état inconsciemment – parce que le rôle le nécessitait – ou si cela a coïncidé avec la manière dont je me sentais à cette époque. On voit la pression, la gravité qui pèse sur le personnage. Je me suis sorti de cette période avec Ed Wood. Ca repart dans un sens différent, un peu comme une fusée. C'est l'autre face de l'univers. Mais il y a clairement un peu de moi dans chacun des personnages que j'interprète.

 

Quelle est la part de vous dans Abberline ?

Il a un besoin profond – c'est presque une obsession – de justice, de trouver la vérité quelle qu'elle soit. J'ai la même obsession, la même envie d'aller au cœur des choses. J'ai passé des années à essayer d'éviter une certaine réalité, je fuyais la douleur. J'essayais de m'auto médicamenter pour ne rien sentir, arriver à un point où l'on peut « faire avec ». Abberline fonctionne de cette façon.

 

Était-il possible de sentir, dès le tournage, le style coup de poing des frères Hugues ?

Avant même le tournage ! Ils sont venus me voir chez moi avec d'énormes livres rassemblant des photos, qui n'avaient pas forcément de rapport avec Jack l'éventreur mais qui les inspiraient et qu'ils utilisaient comme référence. Ils étaient incroyablement préparés. Il y avait de belles images mais qui donnaient parfois envie de tourner la page : un globe oculaire, une main dans le noir... On sentait qu'ils allaient faire quelque chose de différent. Les scènes de rêve liées aux effets de la drogue sont frappantes.

 

Quel est votre film de serial killer préféré ?

Badlands (de Terrence Malick, 1973) est le premier qui me vient à l'esprit. Il est assez pesant.

 

De qui avez-vous le plus appris dans votre travail ?

J'ai beaucoup appris de tellement de gens... Marlon Brando a été un grand professeur dans beaucoup de domaines. Pour lui, je ressemblais à Hamlet. Il me disait : « Échappe-toi du cinéma, étudie Shakespeare, joue Hamlet avant d'être trop vieux... » Et je ne l'ai jamais fait ! Pourtant, je suis toujours étonné de voir que personne n'ait jamais abordé la dimension comique de la pièce. Les gens se focalisent sur son côté sombre mais elle est pleine d'humour.

 

N'avez-vous jamais regretté de ne pas être une rock star ?

Mon Dieu, non ! C'était certainement mon rêve lorsque j'étais enfant puis adolescent. Mais, d'une certaine façon, je suis content de ne pas avoir eu un énorme succès avec ma musique. C'était mon premier amour et, quand cela devient votre véritable métier, cela peut parfois devenir ennuyeux, et même générer des rapports de haine.

Publié par dark_leia à 14:48:40 dans Presse | Commentaires (0) |

Le Matin - août 2003 | 04 juin 2005

 

Vous n'êtes d'habitude pas très client des gros films hollywoodiens. Pourquoi celui-ci?
Quand on m'a suggéré ce projet, il n'y avait rien. Pas de scénario. Juste l'idée du film. Puis le producteur Jerry Bruckheimer est arrivé. Ted Elliott et Terry Rossio, auteurs de «Shrek», que j'adore, ont écrit le scénario. Et Gore Verbinski, réalisateur de la «Souris» et du «Cercle» s'est mis sur le projet. Là, je me suis dit que c'était parfait. J'avais un bon feeling à propos de tout ça.

C'était comme un rêve d'enfance?
De jouer un pirate? C'est sûr. Je me souviens que, quand Lee Marvin a incarné une vieille épave alcoolique dans «Cat Ballou» (western de 1965, réd.), on lui a demandé comment il s'était préparé pour le rôle et il a répondu que cela faisait quarante ans qu'il s'y préparait! Je ressens la même chose pour «Pirates des Caraïbes».

Comment Hollywood vous considère-t-il en tant qu'acteur?
En fait, je crois que Hollywood m'ignore. J'imagine qu'ils doivent être aussi surpris que moi de savoir que je suis toujours dans le métier et que je peux encore obtenir des rôles. Ils doivent me prendre pour une erreur bizarre qui s'est glissée hors du système et a survécu miraculeusement.

C'est pour cette raison que vous êtes tellement attiré par les rôles de marginaux?
Non. J'ai eu suffisamment de chance pour jouer des personnages que je trouve intéressants et auxquels je peux m'identifier ou du moins leur apporter quelque chose. Mais de là à dire que ce sont des marginaux... Quand on y pense, les gens qui sont considérés comme normaux sont bien souvent, selon moi, complètement tarés.

Arrivez-vous à équilibrer votre vie professionnelle et votre vie familiale?
Oui. Même si, sur «Pirates des Caraïbes», dont le tournage a duré six mois, ça a été plutôt dur. Mais le côté positif, c'est que Vanessa (Paradis) et mes enfants étaient avec moi durant cette période. Sauf quand nous tournions aux Caraïbes. Ils se sont rendus à Los Angeles et étaient avec moi du matin au soir. Et puis je sais que la chose la plus importante dans la vie, c'est la famille.

Vous avez réalisé un film il y a quelques années, «The Brave». Allez-vous continuer sur cette voie?
Peut-être. Tant que je ne suis pas obligé de jouer dedans. Ce que j'ai dû faire pour «The Brave» afin d'avoir les financements nécessaires.

Avez-vous été blessé par la mauvaise réception de ce film?
Non. En fait, j'ai été fasciné, car j'ai subi des attaques personnelles. Comme si on me reprochait d'avoir un message, un cerveau et d'essayer de faire quelque chose de différent au lieu de me contenter d'être un simple divertisseur. Le principal, c'est que j'ai fait le film que je voulais faire.

Selon vous, qui sont les pirates des Temps modernes?
Keith Richards (guitariste des Rolling Stones). Sans doute le plus grand pirate de tous les temps. Shane McGowan (chanteur des Pogues). Et quelques autres qui ne voudraient sans doute pas que je dise leur nom en public.

Publié par dark_leia à 14:41:36 dans Presse | Commentaires (0) |

Canal star - janvier 2002 | 04 juin 2005

 

S'il joue encore un inspecteur sombre et dépressif dans From Hell, le Johnny Depp de tous les jours n'a rien de glauque. Au contraire, c'est un papa comblé, qui n'arrêterait jamais de parler de sa petite Lily Rose...

Malgré son penchant pour les bons vins et sa consommation exagerée de cigarettes, Johnny Depp ne paraît pas ses 38 ans. Et même à l'approche de la quarantaine, il continue d'affoler toutes les midinettes de la planète. Et pourtant, même s'il n'est pas marié, le beau Johnny n'est plus un coeur à prendre, et depuis longtemps. Notre Vanessa Paradis nationale est en effet l'heureuse élue, et ce, depuis trois ans. A ce bonheur conjugal, s'est ajouté une petite Lily Rose. Serait-ce la paternité qui rend Johnny Depp encore plus séduisant aux yeux de la gent féminine ? Il le prouve encore une fois dans son dernier film, From Hell, où il interprète l'inspecteur opiomane Fred Abberline, à la poursuite de Jack l'éventreur. Entre deux meurtres bien sanguinolents, il séduit la jolie Heather Graham, ajoutant une autre conquête à la longue liste de ses ravissantes partenaires féminines. Mais sa partenaire préférée dans la vie, c'est bien sa petite Lily Rose, dont il nous parle longuement, entre deux considérations sur Jack l'éventreur, l'absinthe et la France...

 

 

Il semble que vous ayez toujours été fasciné par la personnalité de Jack l'Eventreur. Qui y a-t-il de si fascinant chez lui et en quoi est-il différent des autres « serial killers » ?

 

Tout simplement parce qu'il était le premier meurtrier de ce genre, très méthodique. Et aussi le premier à susciter autant l'attention des médias, en Angleterre et dans le monde entier. A l'époque, Jack L'éventreur a provoqué la naissance de nombreux tabloïds qui l'ont élevé au rang de célébrité ! Et depuis lors, les médias n'ont cessé d'être fascinés par les meurtriers. Et puis l'histoire de l'éventreur est si horrible, et il y a tant de théories à son sujet. Ça rend l'affaire encore plus intéressante...

 

Est-ce que la théorie élaborée dans le film correspond à votre propre explication de l'histoire ?

Le fait que tous ces meurtres aient servi à couvrir un membre de la famille royale ? Oui, je pense que c'est une bonne explication, très probable. Mais il y en a beaucoup d'autres, notamment une que j'aime beaucoup, tiré d'un livre de Stewart Evans, The Lodger. Selon lui, Jack l'éventreur aurait été un médecin américain, complètement dingue, vivant à Londres à l'époque. Poursuivi par Scotland Yard, il n'a jamais été arrêté. Et les meurtres ont continué, mais aux Etats-Unis, cette fois-ci. Théorie assez forte, là encore.

 

Comment êtes-vous arrivé sur le projet ? Vous avez contacté les frères Hughes ?

Bizarrement, je les connais depuis quelques années, je savais qu'ils préparaient From Hell, mais nous n'en avions jamais discuté ensemble. Deux ans après notre première rencontre, il n'y a pas si longtemps, ils m'ont contacté pour le rôle de Fred Aberline, l'enquêteur. J'ai bien sûr sauté sur l'occasion, non seulement pour l'histoire, mais surtout, parce que j'avais envie de travailler avec les frères Hughes depuis longtemps. J'ai beaucoup d'admiration pour eux, et elle n'a fait que s'accroître pendant le tournage.

 

De quelle manière approchez-vous vos rôles, avez-vous un plan de carrière ?

Pas vraiment, ma carrière n'est pas quelque chose que je modèle, comme une sculpture. Elle est assez hétéroclite, sans but particulier. Je choisis juste les choses que j'aime, les réalisateurs que j'admire et avec qui j'ai envie de travailler. Mais c'est vrai que mes derniers rôles étaient tous plutôt sombres, de Las Vegas parano à Sleepy Hollow, en passant par La neuvième porte. Et maintenant, From Hell. Je ne sais pas, c'est ma période glauque !

 

Vous travaillez sans arrêt...

Effectivement, pendant cinq ans, j'ai enchaîné film sur film. Mais rien n'était prévu, c'est arrivé comme ça. Mais le rythme s'est ralenti depuis l'arrêt du projet Don Quichotte. A part quelques semaines de tournages sur le dernier film de Robert Rodriguez, Once upon a time in Mexico, je suis au chômage depuis un moment, en fait. Don Quichotte a été un énorme désastre. Nous avons joué de malchance, d'abord avec Jean Rochefort qui tombe malade, ensuite avec la compagnie d'assurance qui ne voulait pas nous rembourser. Mais j'espère que nous pourrons recommencer bientôt. Je sais que Terry Gilliam essaye de faire redémarrer le projet par tous les moyens. J'ai confiance en lui, il est si brillant.

 

Que faites-vous quand vous voulez vous évader ?

Et bien, je passe du temps avec ma femme, Vanessa (Paradis : NDLR), ma fille, je lis, je fais de la musique, je peins. Ma fille commence à dessiner et c'est génial de voir un si petit être mettre de la peinture sur une toile et mélanger les couleurs. Elle est géniale...  Je voudrais qu'elle devienne une grande artiste-peintre et non pas une actrice. Et si elle veut quand même se tourner vers la comédie ou bien vers la chanson, je l'emmènerai chez un psy ! Je rigole, bien sûr, mais j'espère sincèrement qu'elle ne sera pas actrice. Quand vous connaissez le monde du cinéma, son racket, ses règles impitoyables, vous n'avez vraiment pas envie que vos enfants suivent vos traces. D'ailleurs, je pense qu'elle est trop intelligente pour travailler dans l'industrie du divertissement. Je la verrai bien écrivain, ou même chef d'état. Oui, voilà, elle sera présidente de la république...

 

Qu'est-ce que vous a apporté la paternité ?

Le jour où ma fille est née, elle m'a redonné la vie. Comme si le brouillard s'était enfin éclipsé pour laisser place à la lumière. C'est un moment très intense quand vous découvrez enfin pourquoi vous vivez. C'est incroyable ce que ma fille m'a fait. Si vous la voyiez, elle n'a que trois ans, et c'est déjà une petite femme, elle met vingt minutes pour choisir une robe, et quand elle en a choisi une, elle change encore d'avis. Et elle peut recommencer comme ça six ou sept fois. C'est vraiment une petite fille étonnante...

 

Vous vivez maintenant en France. Comment vous-y sentez-vous ?

Vivre en France me permet vraiment de mener une vie normale. Quand je suis chez moi, avec mes deux petites femmes et mes amis, non seulement, nous ne parlons jamais de cinéma, mais nous n'y pensons même pas. Nous nous demandons si les olives et le raisin seront bons l'année prochaine, nous jouons à la pétanque. Puis nous buvons un pastis à cinq heures et demi, et le soleil se couche...

 

Vous parlez bien français maintenant...

Je suis encore trop timide pour parler mais je peux parfaitement suivre une conversation entière. Si vraiment il le faut, j'arrive à me débrouiller. C'est ma fille qui m'apprend le plus de choses. J'étais sûr qu'elle commencerait à parler vers l'âge de deux ans, et qu'à ce moment-là, je maîtriserai suffisamment la langue, mais en fait, elle parle déjà mieux que moi. Elle m'apprend un nouveau mot chaque jour. Je suis toujours entrain de m'extasier : « Qu'est ce qu'elle vient de dire ? »

 

Revenons à From Hell. Vous apparaissez dans une scène, en train de boire de l'absinthe...

C'est une expérience intéressante de boire de l'absinthe, même si c'est très dangereux. Évidemment, il y a plusieurs recettes, notamment de très vieilles recettes qui peuvent vraiment vous endommager le cerveau. Cela vous fait comprendre pourquoi Verlaine a tiré sur Rimbaud, ou comment Van Gogh en est arrivé à se couper l'oreille. L'absinthe est à boire avec la plus grande précaution. Dans le film, ce qui est drôle, c'est qu'on me voit préparer avec soin le breuvage, le porter lentement à ma bouche, mais on ne me voit pas le boire. Tout simplement parce que pour les besoins de la scène, nous avons rajouté de l'essence pour que le liquide brûle plus facilement. Et je n'arrêtai pas de me dire, en portant le verre à mes lèvres : « Coupez, coupez ! »

 

Vous avez également un accent extraordinaire dans le film, les frères Hughes ont dit que vous vous étiez inspirés de la voix de Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones. Vous pouvez nous en parler ?

Oui, mon personnage, l'inspecteur Abberline me faisait penser à Keith Richards, ou aussi à Pete Townsend des Who. On ne peut pas faire plus complexe comme mec...

Publié par dark_leia à 14:35:46 dans Presse | Commentaires (0) |

Première - août 2003 | 04 juin 2005

comment avez-vous construit le personnage de Jack Sparrow?

J.D: En me posant des questions. Qu'est ce qui fait un pirate? Le meurtre, le vol, les piastres d'or? Ou la légende qui le précède? Il me semble que lorsqu'un navire touchait au port, la moitié du boulot était accomplie puisque les habitants crevaient de peur ou se pâmaient d'excitation. Cela m'a rappelé celle qui entoure aujourd'hui l'arrivée d'un groupe de rock'n'roll en ville. Les pirates étaient les rock stars du XVIII° siècle. Pour camper Jack Sparrow, j'ai donc tout naturellement songé à Keith Richards. A son élégance, sa sagesse, son détachement. A sa façon de se foutre de tout sans s'en foutre vraiment. Je me suis aussi inspiré de Shane MacGowan, des Pogues, ou de l'attitude de Muhammad Ali sur le ring. J'ai lu une encyclopédie de la piraterie. Et beaucoup rêvé sur l'horizon, cette ligne intangible que les pirates passaient leur existence à poursuivre en vain.

 

Ce Jack Sparrow n'est pas exactement le pirate type quand même...

Est-il dingue? Saoul? Stone? Gay? Selon moi, il est surtout A... Amoral. Asexué. Son image, le mythe qu'il trimballe, lui tient lieu d'appétit sexuel. Il en jouit intensément.

 

Pas mal de gens s'étonnent de vous voir tourner pour Disney.

[Il se tord de rire] Pourtant, je suis très doux comme garçon...

 

Mais vous ne ressemblez pas exactement à un acteur de blockbuster...

Qui vous dit que ce film connaîtra le destin d'un blockbuster? Si c'en est un, Disney gagnera des millions de dollars. Moi pas. Dans le cas contraire, ce sera un naufrage absolu. Quand les pontes de Disney sont venus me trouver avec l'idée de tourner un film de pirates, mon instinct m'a dicté d'accepter. Je savais pourtant que nous nous empoignerions à propos du personnage. Je me doutais qu'ils me mettraient des bâtons dans les roues. Mais je me répétais: "Essayons". Une partie de moi pensait même "Voyons jusqu'où on peut aller. Allons-y, infiltrons les lignes ennemies".

 

Vous les ont-ils mis, ces bâtons dans les roues?

Ils ont exigé certains compromis. Ils trouvaient que le khôl qui ourlait les yeux de Jack Sparrow faisait drag-queen. Ils détestaient sa barbe taillée en pointe. Ils avaient horreur de ses dents en or. Ils rejetaient ses perles rasta dans les cheveux. Bref, ils ont d'abord haï ma façon de voir. Je leur ai répondu: "Vous m'avez embauché pour faire un job, laissez moi le faire à mon idée, ou bien virez moi. Remplacez moi. Maintenant." Ils ont choisi de me laisser carte blanche.

 

Facilement?

Deux ou trois personnes - et non les moindres- me soutenaient à fond. De vrais gentlemen. Mais les plus jeunes des exécutifs les appelaient chaque jour: "Depp est en train de foutre le film en l'air"  Les gentlemen ne les écoutaient pas. Le problème, c'est qu'il y a trop de cuistots aux fourneaux. Et qu'ils ont tous leur opinion.

 

Le compromis, vous connaissez?

Pas vraiment. Les metteurs en scène avec lesquels j'ai travaillé (John Waters, Jim Jarmusch, Tim Burton, Emir Kusturica, Terry Gilliam) pas davantage. Et les personnages que j'ai interprétés non plus. Ce sont des électrons libres qui tracent leur chemin sans se soucier d'appartenir à quoi que ce soit.

 

Cela constitue-t-il une bonne définition de vous?

Et comment! Pendant des années, à Hollywood, on disait de moi: "Il ne joue que les outsiders." Mais j'ai toujours été un outsider. Même enfant. Les autres se passionnaient pour le sport, voulaient être délégués de classe ou devenir rois de leur promotion. Moi, l'asocial un peu bizarre, je ne voulais rien. Je jouais de la guitare. J'étais amoureux de cette fille aux cheveux longs adorée de tous qui en pinçait pour le champion de foot. On est sortis ensemble un petit bout de temps mais ça n'a pas du tout marché. Ca n'était pas mon truc d'être "Monsieur Populaire"

 

Le personnage de Jack Sparrow confirme votre potentiel comique révélé par Burton ("Ed Wood", "Sleepy Hollow") . Est ce un registre que vous revendiquez?

Un acteur doit se frotter à tout. A ses peurs. Au comique. Au ridicule. Vous avez déjà vu quelqu'un parler à un chien sur un écran? Il lui parle comme à un être humain. Moi, j'ai un chien depuis dix ans. Je le hausse jusqu'à mon visage et j'ânonne: "tipoupoutitipapa". Je bêtifie. Je deviens carrément crétin.

 

Vous avez le sens de l'humour?

Oui, j'en ai un, il est très enfantin. Comme celui de Marlon Brando. Mon prof, mon mentor, mon ami. Une figure paternelle. Il a fait "The Brave" pour moi. C'était une bénédiction. Oui, c'était vraiment "cadeau" (en français dans le texte)

 

Retournerez vous un film comme metteur en scène?

Sûrement. Mais sans jouer dedans. Etre acteur nécessite de perdre tout contrôle. Etre metteur en scène de le garder à tout prix.

 

Est-il vrai que, pour Pirates des Caraïbes, vous ayez été entraîné par le maître d'armes d'Errol Flynn?

[Il se lève et se met en garde] Merveilleux homme. 81 ans. Une allure folle. Mille fois plus gracieux que moi. Il connaît la saveur du vieil Hollywood. Il n'y a plus aujourd'hui d'Erol Flynn. C'est comme en France. Qui peut, à part Jamel Debbouze peut-être, se mesurer à De Funès que j'adore? De Funès incarne pour moi, le maître e l'instant. Il occupe chaque moment de manière absolument magnifique. Son charisme est total. La Soupe aux Choux, I love La Soupe aux Choux. Et Jean Gabin... Incomparable dans le drame, il se montre,  dans la comédie, fabuleux de timing. Dans La Traversée de Paris, Jean Gabin me file la chair de poule [Il hurle en français] "Eh bien, pour moi, Monsieur Jambier, ce sera 2000 francs". Quand Jean Gabin et De Funès sont ensembles à l'écran, comme dans Le Tatoué ou La Traversée, je ne sais plus où regarder. C'est trop. Trop.

 

Quelles autres admirations nourrissez-vous?

J'éprouve de la tendresse pour Annie Girardot. Je l'ai rencontrée une fois. Je fumais une cigarette en attendant Vanessa. Elle remontait la rue avec deux copines. Je vois cette belle femme. Elle me dévisage. Et s'écrit: "I love you".

 

Que répondez vous?

[Il se marre] "I love you too". On a bavardé. Elle était adorable, très touchante. Ce qu'elle a avoué, un soir, aux césars ("Je ne sais pas si j'ai manqué au cinéma français, mais je sais que le cinéma français m'a manqué"), m'a ému par sa force et son honnêteté.

 

Qui encore?

Yvan Attal. Ma femme est une actrice me semble un film très courageux. C'est infiniment brave de choisir le genre de la comédie romantique. D'oser entrer dans cette arène si souvent foulée. De le faire avec cet humour là. Et  avec sa femme, cette beauté de Charlotte Gainsbourg. Ils forment un couple très impressionnant. Extrêmement glamour. Je comprends cette jalousie. Je suis bien placé pour la comprendre. Voir Vanessa tourner des scènes d'amour m'affecterait. Je n'ai pas d'inquiétude sur le fond [Il rit] . Mais je viens quand même du Kentucky. Nous sommes des primitifs, des troglodytes, des bouseux. Toujours prompts à  prendre des coups de sang.

 

Quelqu'un manque t-il à l'appel?

Tony Gatlif. Ses films me tuent [Il énumère]. Gadjo DIilo, Latchodrom, Swing, ... Les Gitans ont été méprisés pendant des siècles. Tony Gatlif parle pour eux. Et comme il parle plutôt bien... Mais aussi Alejandro Jodorowsky, qui vient de m'envoyer un script ("Tryptyque"). Il a un univers magique. C'est un subversif, un renégat. Scoresese. J'espère bien qu'il me filera du boulot un jour. Nous en avons discuté en tout cas. De Palma. Sinon, il y a la musique: celle des Roms, de Gainsbourg (sans égal), de Dutronc. Dutronc a, avec Jacques Lanzmann, inventé le punk rock. Fais pas ci, fais pas ça... l'Opportuniste... C'était quand? 1965?66? Un jour, j'ai filé à Iggy (Pop) un CD de Dutronc. Il m'a pris pour une buse: il le connaissait déjà.

 

Y a t il une figure politique pour laquelle vous ayez un tant soit peu de respect?

Lyndon Baines Johnson, qui fut président des Etats Unis entre Kennedy et Nixon. Mais pour une raison totalement déplorable. Lors d'une réunion avec des généraux, son staff lui pose une question dont il n'a pas la réponse. Il se fiche en rogne "Qu'est ce que vous en pensez M. le Président? -Ce que j'en pense?" Il se débraguette et sort son sexe [Johnny mime la scène]. Un sexe d'une taille très respectable, parait-il. "Et vous, qu'est ce que vous pensez de ça?"

 

Un geste punk...

Humain et drôle en tout cas.

 

Et plus sérieusement...

[Il réfléchit] La vache, je ne vois pas. George Bush, évidemment pas. Les soldats américains qui ont envahi l'Irak étaient des enfants. Et ces gosses irakiens? Dans cette histoire, il n'y a pas de victoire... Il ne peut pas y en avoir.

 

Certains acteurs américains - à l'image de Sean Penn qui s'est rendu à Bagdad- ont affronté le gouvernement au risque de se voir backlister...

Sean Penn n'a pas été antipatriote. Il s'est rendu en Irak pour évaluer la situation. A-t-il obtenu des réponses à ses questions? Je l'ignore. Ce que je sais, c'est que la seule idée d'une liste noire dans cette ville de Los Angeles rappelle des souvenirs néfastes.

 

Votez vous?

Je ne l'ai jamais fait de ma vie. Et la victoire de George Bush n'était pas faite pour lever les hypothèques. Je n'y crois pas. Je n'achète pas.

 

Pourquoi évoquez vous si souvent votre sang indien?

Ma famille a sans doute fait face à pas mal de violences perpétrées par le gouvernement d'il y a cent cinquante ans. J'en suis fier. Oui, je suis fier que, quelques uns se soient levés pour défendre ce en quoi ils croyaient.

 

Que pensez vous de votre carrière?

Après l'horreur qu'a représenté pour moi le feuilleton "21 Jump Street" (j'étais devenu tout de même une figurine républicaine, un pu produit marketing, l'équivalent d'un hamburger) j'ai avancé Cry Baby (John Waters) comme un premier pion sur l'échiquier. Edward aux mains d'argent (Tim Burton) a été mon second pion. Le scénario m'a fait pleurer: j'y reconnaissais mon malaise, mes angoisses d'adolescent. Ensuite est venu Arizona Dream, de Kusturica. Tout Hollywood s'est étonné: "Tu ne vas pas tourner ce film-là (un missile contre le rêve américain) avec ce mec là? T'as un grain ou quoi?" Puis Jim Jarmusch, qui est, pour moi, le symbole même de la perfection. Puis, le reste... Comment dire? Satisfait serait trop immodeste. Je ne suis pas mécontent.

 

Qu'a représenté pour vous Le Chocolat? (Lasse Hällstrom)? Une erreur de manoeuvre?

Je retrouvais Lasse. Je découvrais Juliette (Binoche), une sacrée bonne femme. Lily- Rose venait de naître. Je vivais. Ce sont des moments qui participent à la construction d'un acteur. Les mauvaises comme les bonnes expériences vous font diablement avancer.

 

La colère vous a t-elle abandonné?

Non, elle est toujours là. Comme un torrent tapi. Mais elle ne prend plus le contrôle sur moi aussi facilement qu'avant. Même si l'ignorance et le manque d'attention des autres me rendent toujours complètement dingue.

 

Pourquoi vous êtes vous automutilé jadis?

J'imaginais qu'il fallait inscrire dans ma peau les étapes de ma vie comme dans un journal intime. J'étais un peu idiot.

 

Quel est votre juron français préféré?

Chez nous, il y a Daniel. Daniel jardine et s'occupe de la maison. C'est le type le plus doux au monde. Un jour, il grimpe sur une chaise pour changer une ampoule. Il touche le fil et prend du jus. Il s'exclame "Enculé!", avec l'accent du sud. "Enculé" avec cet accent là reste pour moi inimitable. C'est masculin?

 

Définitivement

Je m'en doutais.

Publié par dark_leia à 14:25:20 dans Presse | Commentaires (0) |

Encore une adaptation ? | 04 juin 2005

Selon Variety, l'acteur un peu rebelle aurait montré un intérêt tout particulier pour le livre de Mahidi Obeidi et Kurt Pitzer (journaliste au magazine Poeple), THE BOMB IN MY GARDEN. Il pourrait en acquérir les droits avec Initial Entertainment Group pour adapter cette histoire vraie au cinéma. Mahdi Obeidi est un physicien nucléaire irakien, ancien responsable du programme d'enrichissement de l'uranium en Irak vivant aujourd'hui aux Etats-Unis, dans un endroit tenu secret. Deux mois après la fin des combats, il s'est souvenu qu'il avait enterré dans son jardin des pièces de centrifugeuses, et des documents sur le programme nucléaire irakien en 1991. Dans son livre, il décrit dans le détail la quête de Saddam Hussein pour obtenir la bombe atomique. Mais le projet aurait été abandonné et l'Irak ne possédait de ce programme d'équipement nucléaire « que ce que nous avions dans nos têtes et les documents enterrés dans mon jardin », écrit le scientifique dans le livre qui a plu à l'acteur américain. Dans l'atmosphère tendue que fait peser aux Etats-unis la guerre en Irak, le film pourrait faire l'effet d'une bombe...

Publié par dark_leia à 12:04:06 dans Presse | Commentaires (0) |

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