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Moi

Rien à dire sur moi. Beaucoup à dire sur Lui.

Beaucoup disent Le connaître. Depp l'Acteur. Pour certaines, juste la tête d'ange qui fait la une des magazines pour groupies hurlantes.

Moi je vous présente l'Acteur, le Réalisteur, le Scénariste, le Peintre, le Musicien... l'Homme transformé, passionnant, talentueux, l'Homme Caméléon. Pas la star, non, l'Artiste, sachez faire la différence...

juste une petite règle, une seule, à respecter svp : PAS DE LANGAGE SMS ! Merci

dark_leia

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Publié par dark_leia à 22:59:24 dans Deppendante Zone | Commentaires (0) |

DEPP ATTITUDE LES DIX COMMANDEMENTS | 04 juin 2005

DEPP ATTITUDE LES DIX COMMANDEMENTS

Pour se la jouer Johnny (note de dark_leia : l'"ancien" Johnny !).

  1. Boire un soda dégueu et sucré, mais top tendance Viper Room. Le ginger ale est assez proche de notre Canada Dry local. Ça ressemble à de l'alcool, ça à la couleur de l'alcool, mais ce n'est pas bon. À trouver chez Marks & Spencer. Et de la vodka. Pure. Uniquement de la Zubrowska.
  2. Fumer des Marlboro fortes. Beaucoup trop. Avant d'allumer sa clope, ne pas oublier de tapoter le bout environ trente fois sur quelque chose de dur.
  3. Manger gras une fois par mois, s'offrir un pur dîner Kentucky: poulet rôti avec grosses pommes de terre sautées bien grasses, nachos et fromage fondu, travers de porc et tarte aux myrtilles avec crème fouettée. Le tout au Chili's, 5, rue de Washington, Paris 8e.
  4. Éviter de se laver les cheveux plus d'une fois par mois. Courts: les porter en goupillon, uniquement coiffés par les doigts. Longs: à porter en pagaille, éventuellement retenus façon serre-tête par des Ray Ban, modèle chromé.
  5. Se ronger les ongles jusqu'au sang.
  6. Se faire tatouer partout: des sigles, des prénoms, des petits rectangles noirs... Chez Bruno, 6, rue Germain-Pilon, Paris 186. Tel.: 014264 35 59, de 200 a 10 000 F.
  7. Se faire détatouer après rupture. Compter environ 1 500 F dans les cliniques spécialisées.
  8. Acheter tous ses animaux empaillés et spécimens d'insectes morts exclusivement chez Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris 7e . (note de dark_leia : qelle horreur !!!)
  9. Look général. Jeans qui ont l'air d'avoir 100 ans, liquettes informes, vestes en cuir rapé, grosses bagues en argent... Le tout au marché Malik, Puces de Saint-Ouen.
  10. Être insomniaque. Passer des nuits entières à lire Kerouac, Kafka, Salinger et Bukowski. Et ne pas dormir.
  11. bis. Une fois par an, mettre sa chambre à sac: découper ses rideaux, scier ses meubles, fracasser ses objets sur les murs... et ranger ensuite. Une variante moins définitive consiste à donner un coup de pied dans son mur tous les soirs vers deux heures du mat.

Publié par dark_leia à 15:43:09 dans Deppendante Zone | Commentaires (0) |

Studio - 2000 | 04 juin 2005

( image = Autoportrait par Johnny Depp himself ! )

Le meilleur article que j'ai pu lire su J.D. =

Johnny Depp par Johnny Depp

L'Eurostar prend sa pleine vitesse au fur et à mesure qu'il quitte la banlieue de Londres. On est le 7 janvier, il est 9 heures du matin. Un soleil pâle et rasant traverse le wagon de première classe désert dans lequel nous sommes installés. Seule l'hôtesse passe et repasse, jetant avec insistance des regards furtifs à ce garçon aux cheveux longs qui est assis en face de moi et dont le visage lui dit visiblement quelque chose. Portant un bonnet noir et une chemise blanche, Johnny Depp s'exprime d'une voix douce et grave. Malgré la fatigue, le manque de sommeil (la veille au soir, après deux jours de rencontres intensives avec les journalistes européens, il y a eu la première londonienne de Sleepy Hollow) et le planning chargé qui l'attend dès son arrivée à Paris (à nouveau conférence de presse et série d'interviews), l'acteur se livre avec cette chaleur et ce naturel qui ont marqué nos diverses rencontres, coups de fil, échanges de fax et d'e-mails au cours de ces dernières semaines. À nouveau, il évoque toutes ces figures qui nous ont accompagnés ces derniers jours - Antonin Artaud, Iggy Pop, Buster Keaton, Serge Gainsbourg... Il raconte sa première rencontre avec Marlon Brando et Emir Kusturica, confie cet amour nouveau qui le submerge et qui ne soupçonnait pas avoir en lui pour sa fille de 8 mois, Lily-Rose, insiste sur les impossibles délices de cette langue française qu'il s'est juré d'apprendre et dont il aime répéter ses deux expressions favorites: "à dada prout prout cadet" et "de guingois". "Trois heures de train, on sera au calme et on aurale temps", avait-il prévenu. Il avait raison. C'est donc à 200 à l'heure (littéralement), que l'on termine (ou presque) avec lui l'élaboration de ce numéro spécial qu'on voulait lui consacrer depuis longtemps et pour lequel la sortie française de Sleepy Hollow, sa troisième et magnifique collaboration avec Tim Burton, constituait l'occasion rêvée.

Plus qu'un simple interprète, il montre la voie
Johnny Depp est sans conteste l'un des acteurs les plus intrigants de ces dix dernières années. Il y a cette présence physique, bien sûr, ce charme délicat et cette élégance qui émanent de lui à tout instant, à l'écran comme dans la vie. Il y a cette richesse intérieure aussi que l'on devine à travers son regard et ses silences si expressifs. Il y a enfin ce mélange d'audace, d'exigence et de discernement qui lui permet de revendiquer aujourd'hui l'une des filmographies les plus enthousiasmantes de sa génération.

Star assurément, mais loin d'adopter pour autant les canons hollywoodiens, Johnny Depp semble cristalliser sur lui l'inspiration des cinéastes les plus créatifs. Aussi à l'aise dans le drame que dans la fantaisie, il est capable d'incarner les rêves les plus fous, toujours avec la même innocence évidente. Sans lui, qui aurait osé un jour faire le lien entre John Waters, Tim Burton, Emir Kusturica, Jim Jarmusch et Terry Gilliam? Car Johnny Depp est bien plus qu'un simple interprète. Il montre la voie. Il semble sans cesse indiquer un chemin nouveau, dont lui seul sait reconnaître le tracé. À la fois romantique et rebelle, idéaliste et pragmatique, mais aussi irrespectueux, voire franchement loufoque. Guidé tout autant par une curiosité insatiable que par une peur chronique de se laisser enfermer. "Se répéter, dit-il, c'est la pire chose qui puisse arriver."

Mai 1991, dans un coin perdu de l'Arizona. Première rencontre. Première image: Johnny Depp est assis sur un vieux vélo sur lequel ont été fixées deux ailes immenses. Tentative d'envol en direct devant la caméra d'Emir Kusturica, qui l'a choisi être le héros de Arizona Dream. À l'évidence complices, le cinéaste et son interprète, avant même la première prise, rient comme des enfants rien qu'en imaginant comment va se terminer la scène.

Inconnu en France, il était déjà très célèbre aux USA
Johnny Depp a toujours eu l'air plus jeune que son âge. À l'époque d'Arizona Dream, il avait 28 ans et en paraissait 18. Un gamin. En France, personne ne connaissait vraiment son nom, encore moins son visage. (Cry Baby n'avait pas vraiment marché et il était méconnaissable dans Edward aux mains d'argent.) Aux États-Unis, en revanche, Johnny Depp était déjà célèbre, très célèbre. Et plus que ça encore : une véritable idole pour des millions d'adolescents qui l'avaient suivi chaque semaine de 1987 à 1990, dans la série télé 21 Jump Street. Son succès était tel qu'il recevait jusqu'à 10 000 lettres d'admirateurs par mois! Des débuts de rêve? Au contraire, un véritable cauchemar : Depp détestait son personnage de la série (un jeune flic qui enquête dans les lycées), auquel il s'était retrouvé lié malgré lui par un contrat de longue durée. "J'avais le sentiment horrible d'être au coeur d'un gigantesque supercherie", dit-il aujourd'hui.

En tournant avec Kusturica, il découvre la liberté
D'autres, à sa place, auraient sans doute essayé de redresser la barre en douceur. Lui avait préféré en finir au plus vite et avait confié à John Waters, surnommé alors "le pape du mauvais goût", le soin de dynamiser son image dans "Cry Baby" avant de rencontrer un certain Tim Burton pour tourner avec lui un conte merveilleux où il s'était enfin senti parfaitement à sa place : Edward aux mains d'argent.

Johnny Depp en était là de sa carrière quand, dans ce coin perdu de l'Arizona, un cinéaste yougoslave et gitan, particulièrement inspiré, lui demandait de d'envoler sur son vélo. Comme attendu, le vélo n'échappa pas aux lois de la pesanteur. Mais le cycliste, en revanche, eut bel et bien le sentiment de planer. "Avec Kusturica, j'ai découvert la liberté" déclare aujourd'hui Johnny Depp. Une liberté dont il va dès lors profiter avec la frénésie d'un type en cavale qui a su échapper à un destin en trompe-l'oeil. Pendant plus de cinq ans, jusqu'au milieu des années 90, Johnny Depp va habiter à l'hôtel, partageant son temps entre New York, Los Angeles et Paris où il séjourne régulièrement, libre comme l'air, accumulant les rencontres avec et les films (What's eating Gilbert Grape, Ed Wood, Dead Man...), s'affichant fièrement avec ses fiancées à son bras (Winona Ryder, Kate Moss), provoquant l'affolement des paparazzi et journaux à scandale, narguant sans ménagement les institutions hollywoodiennes qui ne comprenaient décidément pas comment il avait pu si facilement céder à Tom Cruise la place de chouchou des studios et du box-office. Mais de toute manière, que pouvaient-elles comprendre à un acteur comme lui, qui déclarait sans rire, qu'"un succès commercial lui faisait beaucoup plus peur qu'un échec commercial"?

Le succès, il l'a connu jusqu'à friser l'overdose.
Son ambition est ailleurs : être fidèle à lui-même.

Johnny Depp n'a jamais cherché à faire carrière - en tout cas, pas au sens où on l'entend habituellement - ni à occuper un quelconque pouvoir. Jamais il n'a fait partie des acteurs les mieux payés d'Hollywood et il a toujours fui les films de pur divertissement. Jamais non plus il n'a cherché à séduire à outrance ni exploiter son image romantique de séducteur. "Après l'expérience de 21 Jump Street, je me suis juré de ne plus jamais me compromettre dans un projet que je ne sentirais pas pleinement" dit-il. Le succès, il l'a connu jusqu'à friser l'overdose, et il sait mieux que tou autre le leurre qu'il représente. Son ambition est ailleurs. Être fidèle à lui-même, tout simplement. Ce qui explique sans doute qu'il échappe aujourd'hui à toutes les étiquettes. De Dead Man" à Ed Wood, de Gilbert Grape à Donnie Brasco, de Don Juan DeMarco à La neuvième porte, ses personnages sont souvent losers, lunaires, courageux, toujours droits et allant jusqu'au bout de leur destinée.

Ce qui l'attire à Hollywood, ce sont ses pionniers
Mais Johnny Depp est trop sensible aux mythes et aux légendes pour ne pas avoir été séduit par Hollywood. Ce n'est pas le strass ni le glamour qui l'ont attiré dans cette ville, mais au contraire ces personnages de l'ombre, hors la loi, marginaux, pionniers en tous genres qui s'y sont brûlé les ailes et sans lesquels le mythe serait purement factice. Car Hollywood, c'est bien connu, a besoin de dévorer les meilleurs de ses enfants. Amour et haine, attirance et répulsion. Malgré l'esprit de liberté qui l'habite et cette façon qu'il a de naviguer à vue, au gré de ses désirs et des curiosités, Depp finit, sinon par trouver sa place à Hollywood, du moins par se la construire. En 1993, il acquiert dans Sunset Strip, ce quartier qui est le rendez-vous des bikers, poètes, rockers et autres marginaux, une boîte mythique, "The Central " qui a appartenu un temps à Lucky Luciano dans les années 30 et qui a vu se produire dans ses murs Charlie Parker, John Coltran, Jim Morison et les Doors, et qu'il rebaptise The Viper Room. Deux ans plus tard, il achète, toujours dans Sunset Strip, un étonnant manoir à l'ancienne qui a appartenu à Bela Lugosi, célèbre Dracula et ami d'Ed Wood. Il tisse enfin et surtout des liens avec quelques figures légendaires qui, chacune à sa manière, ont bousculé les limites dans leur domaine : Timothy Leary, le chantre du LSD ; Allen Ginsberg, le poète culte de la Beat Generation ; Hunter S. Thompson, romancier déjanté,adepte du journalisme le plus subjectif qui soit ; Iggy Pop, Bob Dylan, Robert Mitchum, Vincent Price, Martin Landau, etc.

Depp a des modèles et se débrouille toujours pour les rencontrer. Et si ce n'est eux, ce sont les lieux qu'ils ont traversés. (Il est allé visiter à Los Angeles la maison du célèbre magicien Houdini, et a dormi à Paris dans la chambre où est mort Oscar Wilde.) De la même manière, il collectionne peintures, dessins, livres, objets anciens qui, chacun, ont une histoire singulière. Depp accumule les signes, les marques et les empreintes, multiplie les rencontres, se nourrit de ceux qu'il admire pour avancer. Comme des fantômes qu'il laisse l'habiter. Cela pourrait être un poids; cela semble au contraire lui donner une force indestructible. Mais cette chance-là, il la provoque.

Il ne doit ainsi qu'à lui-même sa rencontre avec Marlon Brando. C'est lui en effet qui a incité les producteurs de Don Juan DeMarco à lui demander de jouer l'étranger psychanalyste du film. Brando a-t-il accepté de sortir de sa semi-retraite précisément parce que Johnny Depp en était l'instigateur? On dit que les plus grands savent toujours reconnaître l'un des leurs. Toujours est-il que Marlon Brando, l'un des plus géniaux insoumis qu'ait connus Hollywood, s'est pris d'une amitié fertile pour Johnny Depp, qui parle de lui comme de son "ange gardien". Ainsi, lorsque Depp passe derrière la caméra, pour The Brave, Brando, tout naturellement, lui propose-t-il de jouer dans le film avant même qu'il ne lui demande !

Au coeur de The Brave: une interrogation romantique
Septembre 1996, tournage de The Brave dans la banlieue de Los Angeles. L'histoire d'un jeune père qui vit dans un bidonville et qui, pour sauver sa famille de la misère, accepte d'être le héros d'un "snuff movie", ces films clandestins particulièrement horribles où les meurtres ne sont pas simulés. Ce film, qu'on lui a d'abord proposé de jouer, mais qu'il a tenu aussi à mettre en scène, Johnny Depp se l'est rapidement approprié. Sûrement parce qu'il y trouve ses racines (il est lui aussi d'origine indienne, par son grand-père maternel), et son combat pour les "oubliés". Mais surtout il évoque l'une de ces questions essentielles, fondamentales, qui le hantent : jusqu'où est-on prêt à aller par amour? Et par voie de conséquence : que valent une chose, un sentiment, une passion, une conviction, un être, si l'on n'est pas prêt à se sacrifier pour eux?

Cette question, tous les "modèles" de Depp se la sont posée et ont cherché à y répondre, certains jusqu'à y brûler leur vie et leur art. L'interrogation est romantique. Sa réponse est un peu naïve mais totalement sincère : "The Brave" se fait ramasser à Cannes (et ne sortira jamais aux États-Unis, pas plus qu'Arizona Dream d'ailleurs, sorti là-bas directement en vidéo). L'échec aurait pu le rendre frileux. Le faire douter. Pas le moins du monde. Il poursuit son chemin et tourne coup sur coup Donnie Brasco, Las Vegas Parano et La neuvième porte. Comme toujours, des aventures individuelles singulières où le héros va jusqu'au bout, quitte à y trouver le diable ! Comme toujours, il ne se soucie ni du succès ni de l'échec, ni même de son statut. Si bien que lorsque Scott Rudin, le producteur de "Sleepy Hollow", lui fait lire le scénario, il se dit que la Paramount n'acceptera jamais de lui confier le rôle, tant sa cote est basse. Mais c'est compter sans la détermination de Tim Burton, qui sait trop ce que Depp apporte à son univers... Ces retrouvailles vaudront d'ailleurs à Depp le plus gros succès de sa carrière aux Etats-Unis. Comme si, à l'image de ce jeune enquêteur un peu naïf mais déterminé qui finit par élucider le mystère de la forêt hantée de Sleepy Hollow, Johnny Depp, aux côtés de son complice Tim Burton, avait fini lui aussi par triompher de ce maléfice autrement plus redoutable qu'est Hollywood. À sa manière, sans se forcer. Et ce n'est évidemment pas un hasard si c'est au moment de la sortie de Sleepy Hollow que Johnny Depp a inauguré sur Hollywood Boulevard l'étoile gravée à son nom.

Parmi les premiers noms cités: Jacques Dutronc
Octobre 1999, studios d'Epinay. Il a le teint mat, une balafre sur la joue et deux dents en or. Transformé en Gitan, Johnny Depp termine le tournage de " The Man Who Cried", un film d'époque qui traverse le siècle, réalisé par Sally Potter et qui sortira au printemps. Johnny Depp semble heureux dans ce studio qu'il connaît bien, puisqu'il y a déjà tourné un an plus tôt "La neuvième porte" avec Polanski. C'est dans sa caravane, garée sur le parking du studio, qui lui sert de loge et qui est entièrement tapissée de tentures aux couleurs chaudes, que j'évoque pour la première fois notre désir de faire ce numéro spécial avec lui. Un numéro où non seulement il parlerait de ses films et de son travail, mais aussi de son univers et de ses sources d'inspiration, qu'elles soient ou non liées directement au cinéma. Il saisit vite et donne son accord sur le principe, tout en précisant qu'il faut lui laisser le temps d'y réfléchir. Ce qui ne l'empêche pas de citer spontanément les noms de Gainsbourg, Dutronc, Artaud, qui devront forcément figurer dans cette sorte de musée imaginaire. Des français... Depp a toujours eu des rapports particuliers avec la France. Elle représente pour lui une sorte d'Eldorado. Il l'aime depuis toujours, il y vient régulièrement. C'est un pays qu'il connaît bien. Mieux encore, aujourd'hui, cela fait presque deux ans qu'il y vit. Depuis qu'il a rencontré Vanessa Paradis. Et qu'il y a une partie de lui-même : leur fille, Lily-Rose, dont il a accroché le portrait sur le mur de la caravane. Il part pour tourner une scène et revient pour me parler de Taraf De Haïdoucks, le groupe de musiciens rom qu'il a rencontré sur le film et avec qui il s'yest lié d'amitié ; de l'absinthe, cet alcool aujourd'hui interdit en France et qui a tant fasciné les poètes ; de Chuck E. Weiss, l'un de ses amis musiciens, dont il écoute l'album inlassablement en ce moment. Il me montre aussile tableau qu'il a peint de sa botte... C'est clair, notre idée fait son chemin sans sa tête en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

La liste s'allonge : son univers se dessine peu à peu
Deux mois plus tard, un petit village de la Côte d'Azur. Après avoir passé six semaines aux États-Unis pour la sortie américaine de "Sleepy Hollow", Johnny Depp s'apprête à passer les fêtes en famille, dans le midi de la France. C'est dans la salle d'un piano-bar, qui donne sur le port et qu'il a spécialement réservé pour nous, qu'il a fixé en ce milieu d'après-midi notre premier rendez-vous de travail. Depuis notre dernière rencontre à Epinay, on s'est envoyé des fax pour essayer de constituer une première liste de ce qui va composer ce numéro spécial. Des noms reviennent : Dutronc, Gainsbourg et Artaud donc, mais aussi Brando, Buster Keaton, Lon Chaney, Iggy Pop. Sans oublier bien sûr les cinéastes avec qui il a travaillé, comme Burton, Jarmusch ou Kusturica. Peu à peu se dessine son univers. Je savais aussi qu'en plus d'être fin guitariste (à l'origine, il était même venu à Hollywood pour tenter sa chance comme musicien), il écrivait, dessinait, peignait. Je lui avais demandé d'apporter des éléments qu'on pourrait publier. Il n'avait jamais répondu franchement ni oui ni non.

Il arrive en s'excusant d'être en retard, explique qu'il a dû raccompagner un ami à l'aéroport de Nice et qu'en rentrant, il est passé par Cannes, qu'il n'avait jamais vu autrement que pendant le Festival... Il porte un blouson de cuir, un jean et toujours ses mêmes bottes noires, mais aussi un sac à dos noir bourré à craquer : un ordinateur, des carnets de dessin, photos, etc. Il pose tout ça sur la table, naturellement. En même temps, je sens comme une pudeur, comme une réserve à devoir se dévoiler.

Pierre angulaire de l'album : un texte de William Saroyan
La toute première chose qu'il me montre est un petit texte, sur une page qui a été arrachée d'un livre. Un texte d'une vingtaine de lignes auquel, dit-il, il tient par-dessus tout. Un texte de William Saroyan qu'il relit régulièrement, qui éclaire sa vie et qui constitue une clé essentielle à son approche des choses. La pierre angulaire de l'album. Il sort ensuite plusieurs petits cahiers à la couverture usée, sorte de journal intime sur lequel il griffonne régulièrement des notes et des croquis. Il m'en lit quelques passages, notamment un à mourir de rire où il raconte la première fois où il est venu dans ce bar, commandant un whisky en se forçant à prendre l'accent français : "Un gé et bé, s'il vous plaît", ce à quoi le patron du bar qui, faute de le reconnaître, avait en tout cas reconnu son accent, lui avait répondu aussi sec en anglais : "Ice?" Sur le même cahier, quelques pages plus loin, il me montre l'un de ses nombreux portraits de Serge Gainsbourg esquissés au crayon. D'une petite boîte noire, il sort quelques-uns des tableaux qu'il a peints sur grand format et qu'il a fait spécialement photographier pour nous. Ainsi cet étonnant autoportrait avec un seul oeil qu'il a réalisé pendant le tournage du film de Polanski, ou encore ce portrait d'Antonin Artaud en noir et sepia. Sur son Mac, il me lit encore un texte inédit de Jean-Michel Basquiat qu'il adore, qu'il a écrit récemment pour la préface d'un livre consacré au peintre américano-haïtien, et dont il me propose de publier un extrait.

Il a commandé une bouteille de Bordeaux. Le patron du bar (qui sait désormais qui il est) offre de la tapenade et un plateau d'oursins. Il faut voir l'air affolé de Depp devant les crustacés : "J'espère que tu aimes; moi je ne peux pas manger ça." On reprend la liste, on barre certains éléments, on en rajoute d'autres. Il se souvient d'un objet qu'il adore, une statue en bronze qui se trouve chez lui, à Los Angeles : "Je vais la faire photographier et te l'envoyer." Parle de Marilyn Manson, ce rocker provocateur, avec qui il trouve que les médias ont toujours été injustes. Évoque sa passion pour la musique et son désir d'enregistrer un nouvel album avec P (le nom de son groupe). Raconte le concert auquel il a participé avec Iggy Pop et Vanessa Paradis, la semaine dernière, et qui sera diffusé sur Canal+ le 5 février : "J'avais 40 de fièvre; je flottais littéralement."

La nuit tombe, cela fait bientôt deux heures qu'on discute. Il voudrait écrire des choses spécialement, et il tient à choisir chaque visuel. C'est sûr qu'on ne finira pas l'album aujourd'hui et qu'il faudra nous revoir. C'est là qu'il propose de faire Londres-Paris en Eurostar début janvier. La conversation dérive librement. Sur son ordinateur, il me montre une photo qu'un de ses amis lui a envoyée par e-mail et qui a été prise lors de son arrestation à Londres pendant le tournage de "Sleepy Hollow", à la suite d'une bagarre avec des paparazzi à sortie d'un restaurant : Depp, les bras menottés derrière le dos, tenu par deux policemen. Il exprime sur cette photo une rage intérieure d'une vraie violence. À cet instant, Depp a de toute évidence haï l'homme qui a pris la photo. Et pourtant, aujourd'hui, cette même photo le fait rire. "Je sais, cela peut paraître étrange, mais pour moi les meilleures photos sont celles des paparazzi. Elles capturent souvent beaucoup plus de vérité que ces photos apprêtées prises en studio." On pourrait voir dans cette déclaration une sorte de perversité teintée de schizophrénie. C'est tout le contraire. Depp attache à la vérité une importance essentielle, même si cette vérité-là ne l'arrange pas.

Sur son travail d'acteur, il ne revendique aucune méthode
Cette foi dans la vérité, cette recherche dans l'authenticité, elle est omniprésente chez lui. On la retrouve aussi bien dans les gens qu'il admire, dans le choix de ses films que dans ses qualités d'acteur. Car sur son travail d'acteur proprement dit, Depp ne revendique aucune méthode, aucune formule toute faite. Et d'ailleurs, ce n'est pas un hasard si son jeu ne ressemble à aucun autre. (Regardez-le bien dans Sleepy Hollow : une pure création.) "La seule chose à laquelle je crois, c'est à un engagement, à une conviction. L'idéal serait de pouvoir jouer la comédie comme on joue un solo de guitare : de la main gauche, les yeux fermés, et jamais de la même manière."

L'Eurostar est maintenant sous la Manche. Le bruit de train se fait plus fort; la lumière, électrique plus violente. Bizarre sentiment de ce moment comme entre parenthèses. Notre conversation suit d'étranges méandres. Je l'interroge sur ses nombreux tatouages. Il me raconte que, depuis l'adolescence, il s'inflige sur le bras de petites entailles à chaque fois qu'il a le sentiment que vivre un événement important dans sa vie, bon ou mauvais. De petites cicatrices en guise de mémoire vive. Depp entretient un rapport singulier avec son corps. Alors que beaucoup d'acteurs seraient tentés de le protéger, de le préserver, comme on prend soin d'un instrument, lui au contraire y fait des marques volontaires. Il parle même d' "automutilation", c'est le mot qu'il emploie. "Le corps, c'est comme un journal intime, dit-il. On doit pouvoir y lire ce qu'ila vécu." Depp, qui reconnaît de pas s'être ménagé dans la vie, avoue avoir pris des risques, avoir goûté à toutes les drogues. Il affirme aussi avoir frôlé la mort à plusieurs reprises et en avoir réchappé plusieurs fois comme par miracle. Sa bonne étoile? "Je ne connais rien à la culture New Age et tout ce genre de truc, mais j'ai toujours senti qu'une force venue de je ne sais où me guidait, aussi bien dans les bonnes que dans les mauvaises choses de la vie. Car je suis sûr que pour comprendre vraiment la vie, il faut tout avoir connu. Cette force-là, j'ai toujous pensé qu'elle venait de mon grand-père. Du moins, j'aime le penser. Il est mort quand j'avais 7 ans. On était très proches. Je l'adorais et je crois qu'il m'aimait vraiment."

Depp parle peu de lui-même, beaucoup des autres. C'est ce ce que révèle son album : sa curiosité, et cette recherche des aventuriers, des pionniers, des précurseurs. Il a dans son panthéon imaginaire comme une accumulation de destins tragiques, de figures qui se sont sacrifiées, sinon à leur art, du moins à leur conviction. Ce sont des artistes, des gens à l'influence immense, des personnalités uniques, extrèmes, qui ont voulu connaître le grand frisson, celui d'aller même parfois au-delà des limites. Des gens qui se sont brûlés. La mort n'est jamais très loin dans cet album. Mais il n'y a pas de fascination morbide de sa part. C'est plutôt, au contraire, un sentiment positif qui le pousse à mettre en lumière ces destinés singulières. Comme s'il s'agissait, pour lui, de faire une galerie de saints. Ils se sont consumés certes, mais ils se sont aussi transcendés. Ils ont porté jusqu'à l'incandescence leur passion. "À partir du moment où on s'engage, m'a-t-il dit entre Londres et Paris, c'est bien d'aller aussi loin qu'on peut. Ne pas se préserver et ne jamais regarder en arrière. Est-ce que je sais ce que je cherche? Non, pas du tout. Je cherche sûrement quelque chose, mais je ne sais pas ce que c'est. Et peut-être que je ne le saurai jamais. Peut-être que ma fille le comprendra quand elle aura 80 ans et que j'aurai disparu depuis longtemps." Ce que révèle en tout cas cet album, c'est son désir, son plaisir, de transmettre l'enseignement de ses "héros" . Ces modèles-là, Depp a envie de les partager , de les faire découvrir. Toujours ce même souci d'ouvrir la voie... Qui explique sans doute son implication dans ce numéro. Recevoir, donner et se donner.

Le train roule maintenant en France. La lumière du jour est revenue. Pâle et froide. Une lumière d'hiver. Les mots se font plus rares, comme si l'esssentiel avait été dit. La fin du voyage est proche. Il prend le polaroïd sur la table qui nous sépare. Et dans un geste qui tient autant du jeu que de l'évidence, se prend en photo. Puis en souriant, redessine les traits de son visage sur les clichés. Johnny Depp par Johnny Depp aussurément.

 


L'inspiration
Les sources d'inspiration sont un peu comme des fantômes, peut-être même sont-elles parfois des fantômes. Ce sont des créatures irréelles, impossibles de dire avec précision d'où elles viennent, ni même pourquoi elles viennent.

Ces créatures délictueuses, qui travaillent à l'oeil, rélèvent leur curieuse tête de maintes façons, revêtent maintes formes. Bonne ou mauvaise, leur pesence est toujours la bienvenue.

Elles sont arrivées via le sommeil et ont imprégné mes rêves durant trop de nuits. Elles m'ont visité en musique, en images, et ont élu résidence en moi des jours, des mois, des années durant , d'aussi loin que je me souvienne, et même plus loin encore. Elles pénètrent votre âme, s'yemparent vicieusement de votre coeur, de votre esprit, et vous entraînent là où elles le souhaitent, aussi longtemps qu'elles vous veulent avec elles.

Les sources d'inspiration, c'est tout et rien à la fois.

La musique, comme source d'inspiration, est le meilleur véhicule pour tous ceux qui désirent entreprendre un voyage dans le passé, revoir des vies anciennes, d'anciensrepaires, amis, souvenirs - bons ou mauvais.

Comme le dit mon gourou préféré, Hunter S. Thompson : "Prenez un ticket et en route pour l'aventure."

Texte écrit spécialement par Johnny Depp pour ce numéro.

FILMO COMMENTEE

Cry Baby (1990)  de John Waters
« À la fin de mon contrat de trois ans pour la série télé 21 Jump Street, tous les scénarios que je recevais étaient fades et sans intérêt. Je me suis forcé à patienter, jusqu'au jour où John Waters m'a téléphoné. Il projetait de faire un film où l'on pourrait tourner en dérision l'image d'une idole des jeunes. Ce fut, pour moi, comme un cadeau tombé du ciel, l'occasion rêvée de détruire enfin la fausse image qui était la mienne et dont je me sentais totalemenrt prisonnier. Cry Baby fut une sorte de commencement. C'est à partir de ce film que je me suis juré de ne plus faire que ce que j'avais envie de faire. »

Edward aux mains d'argent (1990)  de Tim Burton
« C'est un personnage que j'ai compris profondément. Aujourd'hui encore, Edward me manque. Je me souviens de la dernière scéance de maquillage, j'avais vraiment le sentiment de quitter quelqu'un. Quelqu'un de très proche. »

Arizona Dream (1992)  d'Émir Kusturica
« À la fois un rêve et un apprentissage. Le sentiment de découvrir quelque chose d'inédit. Avec Kusturica, les possibilités son illimitées; on peut vraiment tout se permettre. On peut tout tenter, tout oser, sans aucune barrière. Avec lui, j'ai découvert la liberté. La liberté dans la manière de fabriquer un film. Une très très grande expérience. Bizarrement, la première fois qu'on s'est rencontrés, Émir et moi, on s'est détestés. Puis on s'est revus et, petit à petit, on s'est appréciés. Toujours est-il que pendant le tournage, on a été incroyablement proches. C'était comme si j'avais retrouvé un frère perdu. Depuis, on est toujours restés en contact. Ce matin encore, j'avais un message de lui sur mon répondeur. »

Gilbert Grape (1993)  de Lasse Hallström
« Sur Arizona Dream, j'étais sur un nuage, et ce sentiment de liberté et de légèreté ne m'a pas quitté quand j'ai tourné Benny and Joon juste après. En revanche, Gilbert Grape a été une expérience difficile. D'abord, je traversais une période très sombre dans ma vie personnelle; ensuite, le personnage était en un sens assez proche de ce que j'avais moi-même connu dans mon adolescence et c'était assez dur à vivre. C'est certainement un beau film, mais le souvenir que j'en ai n'est pas très heureux. Le sentiment de se débattre pour conserver coûte que coûte la tête hors de l'eau. »

Ed Wood (1994)  de Tim Burton
« Ed Wood est un personnage extraordinaire. Un boulet de canon, une force fulgurante venue des ténèbres et fonçant à toute vitesse vers la lumière au point de s'y brûler. J'ai adoré incarner ce type, qui voit tout le monde s'affoler autour de lui et qui n'a qu'une seule pensée : "J'en ai rien à foutre." Pour la sortie de Gilbert Grape, j'étais venu à Paris et je logeais au Ritz. Je me préparais en même temps pour Ed Wood et donc j'expérimentais ce que c'était de vivre et de dormir avec des sous-vêtements de femme : culotte, jupon, talons hauts. Un matin, je me réveille et j'appelle le room service pour qu'on m'apporte un café. Je raccroche et je me rendors à moitié. Cinq minutes plus tard, un serveur sonne à la porte. Je vais ouvrir et je vois le type devenir livide en me voyant : j'ai réalisé que j'étais torse nu, je portais un jupon en soie et des mules à talons hauts! Le type était très mal à l'aise, il a déposé le plateau et s'est enfui en essayant de faire comme s'il n'avait rien vu... »

Don Juan DeMarco (1995)  de Jeremy Leven
« Ma rencontre avec Brando. Un immense moment. Avoir l'opportunité de travailler avec lui, de le connaître, d'apprendre de lui... Une chance incroyable. Marlon Brando a été l'un des professeurs les plus importants de ma vie. Le film lui-même était aussi un projet intéressant. C'était l'occasion de jouer avec cette idée de sex-symbol, de "plus grand amant du monde", du fait que l'apparence n'est pas forcément la réalité, de la fantaisie, de la folie, de ce qui est normal et de ce qui ne l'est pas. Quelle est la juste définition de la normalité? »

Dead Man (1995)  de Jim Jarmusch
« Dead Man est une idée de Jim avait depuis longtemps, mais il ne l'avait jamais développée. Jim et moi, on était amis depuis trois ou quatre ans à cette époque, et un jour il me dit : "Pourquoi n'essayerait-on pas de faire ce truc ensemble?" J'ai dit : "Ok, je te suis." Donc, je me suis retrouvé impliqué avant même que le scénario soit écrit. Un scénario extraordinaire. Sur le tournage, c'était parfois un peu tendu. C'est bizarre de travailler ensemble quand on est les meilleurs amis du monde et que, d'un seul coup, l'autre commence à vous dire ce que vous avez à faire. J'avais parfois des réactions un peu fortes : "Hey mec, pour qui tu te prends à me parler comme ça?" Mais finalement, je crois que cette petite tension à nourri le film. »

Meurtre en suspens (1996)  de John Badham
« Je voulais travailler avec Christopher Walken. Il est fascinant. C'est quelqu'un qu'on peut observer pendant des heures sans jamais vraiment le comprendre. Walken est un mystère. J'ai adoré travailler avec lui, mais le mystère est resté entier. Je ne sais pas, d'ailleurs, si quelqu'un peut dire qui est vraiment Christopher Walken. »

The Brave (1996)  de Johnny Depp
« Oh, mon Dieu, ce film a bien failli me faire sombrer... C'est un projet dans lequel je me suis totalement impliqué, d'une manière très personnelle et même intime. C'était l'occasion pour moi de parler de choses qui me tenaient vraiment à coeur : cette condition déplorable dans laquelle vivent aujourd'hui les Américains d'origine indienne et, d'une manière générale, tous ceux qui ont la peau sombre : Noirs, Mexicains, Indiens... Je me sentais très concerné par tout ça et j'avais envie de l'exprimer à travers un film. Ce fut une expérience très riche et très éprouvante. On se réveille un jour, et on réalise qu'on a tout misé - vraiment tout - sur un projet et qu'il faut aller jusqu'au bout. J'ai essayé de faire quelque chose d'honnête, de ne suivre aucun modèle existant, de ne surtout pas chercher à en faire un divertissement. J'en ai pris plein la gueule, mais ça valait la peine. »

Donnie Brasco (1996)  de Mike Newell
« C'était génial de rencontrer Joe Pistone, l'agent du FBI que j'interprète dans le film. C'était incroyable de rencontrer ces flics et ces truands et de devenir leur ami. J'étais pote avec les "gentils" et avec les "méchants". Et honnêtement, je ne les ai pas trouvés si différents. Et puis, bien sûr, c'était fantastique de travailler avec Al Pacino. Je m'attendais à un type intense, très sérieux, très concentré. Je me suis rendu compte que, non seulement il est capable de se marrer et de faire le con, mais il est l'une des personnes les plus drôles que j'aie jamais rencontrées. Il est hilarant, hystériquement drôle. »

Las Vegas Parano (1998)  de Terry Gilliam
« Las Vegas Parano est un de mes livres préférés ; j'admire Hunter S. Thompson depuis des années. Pendant le tournage de Donnie Brasco, je reçois un coup de téléphone à 4 ou 5 heures du matin. C'était Hunter : "Ça te dirait de jouer mon personnage de Las Vegas Parano?" Je réponds: "J'adorerais ça!" Il me fait juste : "D'accord, d'accord", et il raccroche. Et je n'ai plus eu de nouvelles de lui pendant un an. Terry Gilliam, je le connaissais depuis les Monty Python. Je l'avais croisé à Cannes il y a quelques années et je m'étais dit que ce serait vraiment super de travailler avec lui. Ç'a été le cas. On s'est retrouvés exactement sur la même longueur d'onde. »

La neuvième porte (1999)  de Roman Polanski
« Polanski est l'auteur de quelques films qui touchent à la perfection. Chinatown, il n'y a rien changer, pas une seule image. C'est un type vraiment intéressant, en dehors de tous les drames qui lui sont arrivés dans la vie. Il est intelligent, drôle, cultivé, un peu fou, mais dans le bon sens du terme. On est très différents l'un de l'autre, et il y a eu parfois quelques tensions; mais dans l'ensemble, ça c'est très bien passé. »

Sleepy Hollow (1999)  de Tim Burton
« Scott Rudin, le producteur, m'appelle: "Je t'envoie un script, lis-le." Je le rappelle le lendemain : "C'est génial, mais il n'y aucune chance pour que Paramount accepte de me confier ce rôle." Il faut dire que j'avais enchaîné plusieurs échecs commerciaux et que j'étais loin d'être une valeur sûre. Il me dit : "Ne t'inquiète pas de ça, je m'en occupe." Alors Tim m'a appelé à son tour et, avant même qu'il ait fini sa phrase, je lui dis : "C'est quand? c'est où?" Et voilà. Le fait que Tim ait envie de retravailler avec moi, je me suis senti flatté. C'est notre troisième film ensemble et, à chaque fois, c'est un bonheur. Plus ça va, plus on se comprend, sans même se parler. »

SON ALBUM

À l'image de cet autoportrait, Johnny Depp a bien voulu nous dévoiler son univers et ses sources d'inspiration. Un album hors du commun qui révèle, de l'intérieur, une personnalité exceptionnelle

Jacques Dutronc / Jacques Lanzmann
« "Fais pas ci, fais pas ça", "Les play-boys", "L'opportuniste"... La plupart des chansons que Jacques Dutronc a faites avec Jacques Lanzmann sont incroyables. Tellement en avance sur leur temps. En 1966, les Rolling Stones étaient considérés comme un groupe dangereux, mais quand on écoute aujourd'hui les chansons des Stones de cette époque, il est clair que l'association Dutronc-Lanzmann était autrement plus subversive. Puor moi, Lanzmann et Dutronc, ce sont peut-être les premiers punks. »

Antonin Artaud
« Il symbolise la force. La force de faire face à tout ce qui s'oppose à vous. Car Artaud ne s'est jamais compromis. Il a toujours été là où il voulait aller. Même après avoir subi cinquante et une séances d'électrochocs pour "pensées subversives", il est resté lui-même. Il y a, dans ce qu'il a écrit, des choses que je trouve sublimes et profondes, d'autres avec lesquelles je suis en complet désaccord. C'était un provocateur, le premier, en un sens, qui ait prononcé cette phrase du groupe Rage Against the Machine : "Fuck you, I won't do what you tell me." C'est une belle manière de mener sa vie. Comment ai-je connu Antonin Artaud? Il y a plusieurs années, quelqu'un m'a offert un livre qui avait appartenu à Jim Morrison. Dans ce livre, certains passages, tirés des écrits d'Artaud, étaient soulignés. Cela m'a forcément intrigué. Alors, j'ai commencé à les lire et là, ç'a été une révélation. J'ai senti comme une connexion immédiate; je comprenais intimement ce qu'Artaud avait écrit. Artaud a véritablement repoussé des frontières, sans jamais chercher à se ménager lui-même. Il voulait aller aussi loin qu'il était capable d'aller, jusqu'à ce qu'il explose. Je pense que l'influence d'Artaud est immense aujourd'hui, même sur des gens qui ne le connaissent pas. Une influence que l'on retrouve partout; dans le rock, c'est évident, dans la littérature, dans la poésie, et même, aussi, dans le jeu d'acteur. » -écrivain français (1896-1948). Peinture de Johnny Depp.-

Marlon Brando
« Un grand homme, un grand professeur et un grand ami. Sans conteste, il est l'acteur le plus influent du XXe siècle, et même au-delà. Il est aussi l'un des enfoirés les plus drôles que j'aie connus. »

Buster Keaton
« J'aime Chaplin mais je lui préfère Buster Keaton. C'était un acteur génial, l'un des plus grands. Un maître de subtilité, un maître de l'expression, un maître de l'émotion intérieure, un maître du langage corporel, du mouvement. J'adore cette photo de lui. »

Lon Chaney
« Un précurseur. Le premier acteur à s'être transformé pour créer ses personnages. Pour cela, il avait recours au maquillage, mais allait aussi beaucoup plus loin. S'il voulait changer la forme de ses yeux, il n'hésitait pas à glisser du fil de fer sous ses paupières. S'il voulait jouer un cul-de-jatte, il tirait ses jambes derrière son dos jusqu'à la limite de se déboîter les os... Souvent, c'était au prix de terribles douleurs. Lon Chaney était prêt à tous les sacrifices pour satisfaire son art. Pourtant, à l'époque, son art - acteur de cinéma - ne devait pas être franchement bien considéré. » -Acteur américain (1883-1930)-

Marilyn Manson
« C'est un provocateur, très intelligent, d'une grande richesse intérieure. Son truc à lui, c'est de dénoncer l'hypocrisie à grande échelle et du coup, beaucoup de gens le voient comme quelqu'un qui veut faire chier le monde. La presse a été très dure avec lui, l'accusant de démagogie et de chercher à se faire idolâtrer par les jeunes. Ce n'est pas le cas. Marilyn Manson s'en prend à l'hypocrisie en générale et à celle de la religion en particulier. Il connaît très bien la Bible et spécialement les passages les plus violents, comme celui où il est suggéré qu'on peut tuer un enfant s'il va contre ses parents. La raison pour laquelle les gens le haïssent, c'est qu'il met en avant leurs mensonges et les montre tels qu'ils sont. Même si ces gens-là prétendent être de bons citoyens, ils se mentent à eux-mêmes. Ils se foutent des autres, de leurs propres frères. En ce sens, je pense que Marilyn Manson a vraiment sa place dans le monde d'aujourd'hui. » -Rocker américain, au look androgyne, héritier du glam.-

P
« C'est avant tout une bande de quatre copains qui aiment rire, déconner et faire du bruit ensemble. Il n'y a pas vraiment de leader dans le groupe; chacun apporte sa contribution. Avant d'être acteur, j'étais musicien professionnel. Pendant des années, j'ai gagné ma vie en faisant des concerts. Me réinvestir dans la musique et enregistrer ce disque en 1995 e été une expérience très bénéfique. Ça m'a permis de m'évader un peu, de penser à autre chose dans une période où je n'étais pas très en forme. Ça a été plutôt salvateur. Avec P, on a fait également quelques concerts au Viper Room et on s'est bien amusés. Enregistrer un nouvel album? On y pense. J'en ai parlé il n'y a pas longtemps à Gibby [Haynes, chanteur du groupe]. J'aimerais bien faire des country songs. »

The Secret
« Cette statue, je l'ai acheté à New York il y a quelques années. Je l'aime beaucoup. Si vous vous approchez et que vous observez la petite boîte que la jeune femme tient dans ses mains, vous pouvez lire, gravé dessus : "The Secret". »

Tim Burton
Après Edward aux mains d'argent et Ed Wood, Sleepy Hollow est leur troisième film ensemble. Dans ce texte écrit en 1994, et qu'il nous a confié, Johnny Depp raconte comment ils se sont connus.

Durant l'hiver 1989, je me trouvais à Vancouver, British Colombia, pour le tournage d'une série télévisée (21 Jump Street). Je traversais une période très difficile : mon contrat m'obligeait à tourner à la chaîne un truc qui était pour moi limite fasciste (une histoire de flic dans un lycée!). Mon destin, semblait-il, se situait entre Chips et "Joanie aime Chachi" (Happy Days). Pour m'en sortir, je n'avais qu'un choix limité :

1) Je remplissais mon contrat du mieux que je pouvais; je m'en tirais sans trop de dommages. 2) Je me faisais virer rapidement, avec un peu plus de dommages. 3) Je lâchais tout, et je me retrouvais avec un procès sur le dos, qui allait non seulement nous coûter très cher, à moi, mes enfants, et les enfants de mes enfants, mais serait aussi cause de graves irritations, de type zona, pour le reste de mes jours, et pour les prochaines générations de Depp à venir.

Comme je vous le disais donc, j'étais confronté à un vrai dilemne. J'éliminai rapidement le choix numéro 3 grâce au conseil avisé de mon avocat. En ce qui concerne le numéro 2, j'avais beau essayer, ils ne mordaient pas à l'hameçon. Il ne me restait plus que le numéro 1. J'allais faire de mon mieux.

Mais cela n'a pas été sans dommages. C'est vite devenu de l'autodestruction. Je ne supportais plus mon rôle, ni de me sentir lié par contrat à une série sur laquelle je n'avais aucune prise, mais que mon ex-agent m'avait conseillée pour éviter le chômage. J'étais coincé, condamné à remplir l'espace vide entre deux publicités. Je passais mon temps à bredouiller avec incohérence le texte d'un auteur que je n'arrivais pas à saisir (n'ayant ainsi aucune idée du poison que distillaient les scénarios). Ahuri, perdu, j'étais devenu ce jeune républicain dont on gavait l'Amérique, une vedette télé, l'idole des jeunes, un beau mec placardé sur tous les murs, affiché à toutes les unes, imité, breveté, reproduit, plastifié! Une figurine offerte dans une boîte de céréales montée sur roulettes faisant du 200 à l'heure dans une course sans retour vers le monde de la brocante avec le Thermos et le sac repas. Un article de nouveauté, une franchise. Je me retrouvais baisé, totalement coincé, sans aucune issue pour échapper à ce cauchemar.

Et puis, un beau jour, mon nouvel agent m'envoie un scénario, un don de Dieu. L'histoire d'un garçon qui a des ciseaux à la place des mains, un innocent paria de banlieue. Je lis le scénario d'une traite, et me mets à pleurer comme un enfant. Je n'en reviens pas que quelqu'un soit assez brillant pour concevoir et surtout écrire cette histoire. Je la relis plusieurs fois. Je suis tellement ému et touché qu'un flot de souvenirs remonte à la surface : l'image des chiens que j'avais quand j'étais petit; ce sentiment d'amour inconditionnel que seuls les chiens et les enfants vous procurent; le mal-être que j'ai vécu à l'adolescence, me sentant bizarre, différent. Je me suis senti tellement proche de cette histoire qu'elle a fini par m'obséder totalement. Je me suis plongé dans les contes et romans pour enfants, j'ai dévoré des ouvrages de psychologie de l'enfant, Gray's Anatomy, un peu tout et n'importe quoi. Et puis tout à coup, je suis revenu brutalement sur terre! Je me suis souvenu que je n'étais qu'une vedette télé. Aucun réalisateur doué de bon sens ne voudrait m'engager pour jouer ce personnage. Je n'avais jamais rien fait qui soit digne de ce rôle. Comment convaincre le réalisateur que j'étais Edward? Que je le connaissais parfaitement, de l'extérieur et de l'intérieur. À mes yeux, c'était peine perdue.

On m'arrangea unn rendez-vous avec lui. J'allais rencontrer Tim Burton. Je me suis préparé en visionnant ses films : Beetlejuice, Batman, Pee Wee Big Adventure. Ce type avait un tel talent! Jamais il ne me confierait le rôle d'Edward. J'étais moi-même gêné d'oser imaginer cette possibilité. Après de nombreuses discussions, hésitations et remises en cause avec mon agent, celle-ci (merci, Tracey!) m'a obligé à me rendre au rendez-vous.

J'ai pris l'avion pour Los Angeles et suis allé directement de l'aéroport au bar de l'hôtel Bel Age, où je devais retrouver Tim et sa productrice, Denise Di Novi. Je suis entré la cigarette au bec; j'ai cherché des yeux, anxieusement, le génie potentiel (j'ignorais à quoiil ressemblait), quand BANG! je l'ai vu, assis à une table derrière une rangée de plantes, buvant une tasse de café. Nous nous sommes salués, je me suis assis et nous avons commencé à parler; enfin presque,je vous expliquerai plus tard.

Un homme aux yeux tristes, à l'allure fragile, pâle, avec un air décoiffé qui exprimait bien plus qu'une simple nuit agitée. Un peigne muni de jambes aurait battu Jesse Owens à la course en apercevant la tignasse de ce gars. Un massif à l'est, quatre branchages à l'ouest, un tourbillon, et le reste en pagaille du nord au sud. Je n'avais qu'une envie : lui conseiller d'aller dormir un peu; mais je n'ai rien dit, bien sûr. Et puis, soudain, j'ai compris, comme en un éclair : ses mains... Sa façon de les bouger, presque de façon incontrôlable, de tapoter nerveusement sur la table, sa parole malhabile (un trait que nous partagions), ses yeux, grands, brillants, des yeux curieux qui en ont trop vu, mais qui dévorent encore tout... Cet original hypersensible était Edward aux mains d'argent.

Après avoir vidé environ trois ou quatre cafetières, tâtonnant l'un et l'autre à travers nos phrases inachevées, mais finissant toujours par nous comprendre, nous avons mis fin à notre rencontre en nous serrant poliment la main. J'ai quitté le café, excité par la caféine, mâchonnant ma cuillère comme un chien sauvage enragé. Je me senttais encore plus déprimé sur mon avenir, à cause de la relation franche qui venait de se créer entre Tim et moi. Il comprenait comme moi la beauté perverse d'une machine à écrémer le lait, la fascination gourmande pour le raisin, ou la complexité et le pouvoir rugueux que pouvait dégager un tableau en velours représentant Elvis; nous partagions le même respect, au-delà de la nouveauté, pour "ceux qui ne sont pas comme les autres". J'étais convaincu que nous pourrions travailler ensemble, et j'étais sûr que si on m'en donnait l'occasion, je saurais faire ressortir sa vision artistique d'Edward. Mes chances étaient minces, pour ne pas dire nulles. D'autres acteurs plus connus que moi étaient non seulement pressentis pour le rôle, mais se battaient, à coups de poing, de pied, de cris, ou suppliaient pour l'obtenir. Un seul metteur en scène avait osé se mouiller pour moi jusqu'à présent : John Waters, un grand réalisateur hors la loi, un homme que Tim et moi respections et admirions. John avait pris un gros risque en m'engageant pour parodier mon image dans Cry Baby. Est-ce que Tim verrait quelque chose en moi qui lui ferait prendre ce même risque?

J'ai attendu des semaines. Aucune rumeur n'était en ma faveur. Mais je passais quand même tout mon temps à faire des recherches sur ce rôle. Je le voulais, mais surtout, je sentais maintenant que je devais le faire. Non pour des raisons d'ambition, d'avidité, de box-office, ou de carrière, mais parce que cette histoire avait élu domicile dans mon coeur, et refusait d'en être délogée. Que pouvais-je faire? Alors que je me résignais au fait de n'être qu'une vedette de la télé, le téléphone sonna. - Allô? dis-je en décrochant. - Johnny, tu es Edward, me dit simplement une voix. - Quoi? parvins-je à balbutier. - Tu es Edward. J'ai reposé le téléphone et me suis répété ces mots en marmonnant. Et puis je les ai marmonnés à la première personne que j'ai rencontrée. Je n'arrivais pas à y croire. Tim étais prêt à tout risquer sur moi. En me confiant le rôle, il désavouait les souhaits, les rêves et les espoirs des studios pour une grande star qui avait une réputation établie. Il m'avait choisi, moi. Je suis aussitôt devenu croyant, certain que je devais ça à une intervention divine. Ce rôle représentait bien plus qu'un grand pas dans ma carrière. Il signifiait la liberté. Liberté de créer, d'expérimenter, d'apprendre, et d'exorciser quelque chose qui était en moi. Je venais d'être sauvé du monde de la production de masse, sauvé de la mort télévisée par ce type insolite et brillant, qui avait passé sa jeunesse à faire d'étranges dessins, marchant d'un pas lourd dans Burbank [quartier de Los Angeles], se sentant bizarre lui aussi (comme je devais l'apprendre plus tard). Je me sentais libre comme Nelson Mandela. Libéré de ma vision pessimiste sur "Hollyweird", et le manque de contrôle qu'on pouvait y avoir sur sa propre destinée.

Je dois la majeure partie de mon succès à cette étrange rencontre avec Tim. Sans lui, j'aurais continué comme avant, et aurais finalement opté pour le choix numéro trois. J'aurais quitté cette satanée série pendant qu'il me restait encore quelque semblant d'intégrité. Je suis sûr aussi que sans ce geste de confiance, Hollywood ne m'aurait pas ouvert ses portes, suivant ainsi bizarrement l'exemple de Tim.

Depuis, j'ai de nouveau travaillé avec lui. Sur Ed Wood. Un sujet dont nous avions parlé au bar du Formosa Café, à Hollywood. Au bout de dix minutes, j'acceptais le rôle. À mes yeux, peu importe le film que Tim veut faire. S'il me le demande, je le ferai, je serai là. Parce que je crois en lui; je crois en sa vision des choses, en son goût, en son sens de l'humour; je crois en son coeur et son intelligence. Je le considère comme un véritable génie, et j'utilise rarement ce mot, sachez-le. On ne peut pas mettre d'étiquette sur ce qu'il fait. Ce n'est pas de la magie, parce que cela voudrait dire qu'il triche. Ce n'est pas seulement du talent, parce que cela semblerait appris. Ce qu'il possède, c'est un don spécial et rare. Il est plus qu'un réalisateur. Le titre exceptionnel de génie lui convient mieux, non seulement pur ses films, mais aussi pour ses dessins, ses photographies, sa pensée, son acuité, ses idées.

Quand on m'a demandé d'écrire cet avant-propos, j'ai choisi de parler de Tim Burton à partir de ce que pensais réellement être au moment où il est venu à mon secours : un perdant, un rejeté, un nouveau morceau de chair fraîche livré en pâture à Hollywood.

C'est très dur d'écrire sur quelqu'un à qui vous tenez, que vous respectez, que vous considérez comme votre ami. Il m'est tout aussi difficile d'expliquer la relation de travail que j'ai avec lui. Je peux juste dire que Tim Burton n'a pas besoin de me donner de longues indications, quelques mots par-ci par-là, une façon de pencher la tête, de cligner des yeux ou de me regarder suffisent pour que je sache exactement ce qu'il veut de la scène, et j'ai toujours fait de mon mieux pour lui rendre fidèlement ce qu'il cherchait. Je ne peux avouer ce que je pense de Tim que par écrit. Si je lui disais en face, il pousserait des cris d'orfraie et me taperait dessus.

Tim est un artiste, un génie, et un ami excentrique, fou, brillant, courageux, hystériquement drôle, loyal, non conformiste et honnête. Je lui dois énormément, et le respecte plus que je ne saurais dire. Il est lui, c'est tout. J'ajouterais simplement que la palme du meilleur imitateur de Sammy Davis Jr. de la planète lui revient sans conteste.

Je n'ai jamais vu quelqu'un si évidemment peu à sa place l'occuper si bien. À sa façon.

Harry Houdini
« Je n'ai jamais rêvé d'être magicien comme lui. Mais Houdini représente plus pour moi qu'un immense illusionniste. Il a été un grand homme de mystère. Il a vécu et il est mort dans des circonstances mystérieuses. Un type fascinant et, une fois encore, un pionnier. Brillant. En fait, un grand acteur. »

La Mer
« La plus belle chanson du monde, pour moi, c'est "La mer" de Charles Trenet. »
La mer
Qu'on voit danser
Le long des golfes clairs
A des reflets d'argent,
La mer,
Des reflets changeants
Sous la pluie.

La mer,
Au ciel d'été, confond
Ses blancs moutons
Avec les anges si purs,
La mer,
Bergère d'azur
Infinie...

Vanessa Paradis
« On était déjà ensemble depuis un moment quand Vanessa a terminé le tournage de La fille sur le pont. À l'époque, je tournais le film de Polanski [La neuvième porte]. On se voyait chaque jour, chaque nuit; on était inséparables. J'avais entendu ses disques, je connaissais ses chansons, mais je n'avais vu aucun de ses films. Quand j'ai découvert La fille sur le pont, j'ai été vraiment impressionné par ce qu'elle dégageait à l'écran. On ne voit pas son jeu, on ne voit aucun effort, aucun travail. C'est juste une personne vivante, une personne vraie. J'ai été vraiment très impressionné. Je suis certain que le jour où Lily-Rose [leur fille] sera en âge de voir ce film, elle éprouvera une grande fierté puor sa mère. Il y a là quelque chose de rare et de précieux. »

Iggy Pop
« Iggy, c'est tout. Un style de vie, un héros et bien plus encore. C'est l'Antonin Artaud américain de notre époque. Profondément engagé dans tout ce qu'il entreprend, il ne se ménage pas et va jusqu'au bout de ses convictions. Il est impossible de le déstabiliser, de lui faire prendre un autre chemin que ce qu'il veut suivre. Depuis mon enfance quasiment, Iggy est un héros pour moi. Et alors qu'on se connait maintenant depuis de longues années, qu'on est devenu amis, à mes yeux, il est encore plus un héros qu'avant. Il y a chez lui une vérité profonde qui est très rare... Aujourd'hui, on se retrouve au hasard de nos déplacements. Mais il y a eu une époque, il y a cinq-six ans, où j'étais à New-York et où on se voyait beaucoup. Tous les soirs, on sortait ensemble à quatre potes : Iggy, moi, Jim Jarmusch et Jonathan, un tatoueur qui a beaucoup travaillé sur moi. On dînait, on buvait, on discutait de tout : musique, cinéma, peinture, télévision, absurdités, tout. Ces soirées étaient très stimulantes, très créatives. Un très beau souvenir. »

The Viper Room
« J'ai ouvert le Viper Room pour une seule et unique raison : je cherchais un bar digne de ce nom. Un endroit qui passerait de la bonne musique et accueillerait de bons groupes. Un endroit où, si je voulais prendre un verre avec des copains, on ne se retrouverait pas victimes des martèlements ridicules assenés par un un DJ branché et simple d'esprit. Où on ne serait plus pris de ce sentiment de rage qui vous envahit quand vous subissez le mauvais goût des autres. Un endroit où on ne se sentirait pas insultés par lepilonnage tonitruand de cette musique stupide - et on n'y échappe pas, même dans les bars soit-disant convenables. Je cherchais un endroit où sortir. » -8852 Sunset Boulevard, Los Angeles-

The Brave
« C'est Kreka, le décorateur de Kusturica qui a trouvé ce tag. Il est tombé dessus par hasard, sur un mur de Los Angeles, alors que nous travaillions ensemble à la préparation de The Brave. Je suis aussitôt devenu dingue de cette image. Pour moi, elle représente l'animal humain. Les questions ultimes de l'existence : Où vais-je? Que fais-je? De quoi s'agit-il?... cette sorte d'éternelle confusion. Et puis, ce dessin représente aussi l'idée de questionner les choses. Questionner sans cesse. Ne jamais rester passif, faire face aux choses qui vous arrivent, aux médias, aux gouvernements, aux personnes qui se targuent de détenir des clés. Questionner, explorer, chercher par soi-même. Et ne jamais renoncer. »

Allen Ginsberg
Dans ce texte intitulé Hommage à Kerouac, Burroughs, Cassady et autres enfoirés qui ont gâché ma vie, Johnny Depp relate sa rencontre avec l'écrivain culte de la Beat Generation, Allen Ginsberg. Extrait.

J'ai eu l'honneur de connaître Allen Ginsberg durant une courte période de sa vie. Notre première rencontre a eu lieu dans une salle de tournage à New York, alors que nous participions tous deux au film The United States of Poetry. Je devais lire un passage du Mexico City Blues de Jack Kerouac, « The Second Chorus ». Je répétais mon texte devant la caméra, quand j'aperçus soudain un visage familier... Ginsberg! Quelqu'un a fait les présentations, puis Ginsberg s'est aussitôt lancé dans une lecture virulente de ce passage, pour me montrer comment le réciter.

« Jack l'aurait dit comme ça », insista-il. J'avais devant moi l'un des poètes les plus importants et les plus doués du XXe siècle, mais rassemblant tout mon courage et ma franchise, je lui répondu : « Peut-être, mais je ne veux pas le dire comme lui. Je veux le dire à ma façon. C'est mon interprétation de son passage. »

Publié par dark_leia à 15:36:37 dans Presse | Commentaires (0) |

Elle - Québec - 2001 | 04 juin 2005

 

Le soleil se couche à peine sur Sunset Boulevard que déjà tout ce que Los Angeles compte de branchés au chic débraillé s'engouffre dans son lieu de prédilection: le Standard Hotel. Côté ambiance, le kitsh des années 70 règne en maître. Fauteuils-sacs argentés et moquette shaggy, serveuses en jupe pailletée et bottes disco. Un D.J. officie dans le hall, et derrière la réception un gigantesque aquarium accueille des modèles vivants, à peine vêtus, qui mangent, dorment et déambulent à la vue de tous dans leur cercueil de verre. Près des ascenseurs, un salon de barbier offre tontes à 15$ et tatouages, tandis que dans les présentoirs les friandises côtoient les objets sexuels.

Tout de l'endroit évoque l'âge d'or de l'hédonisme et semble se réclamer de la devise Sex, drug and rock and roll. Ce ne serait donc mieux convenir à une rencontre avec Johnny Depp, dont la boîte de nuit, le célèbre et glauque Viper Room, se trouve par ailleurs à deux pas. Ceci dit, l'acteur commence à faire figure de touriste dans ce monde qui fut le sien. Les vrais et faux dépravés qui rôdent dans les parages du légendaire boulevard lui sont devenus étrangers, et leurs tractations nocturnes le laissent indifférent. Celui dont les frasques, bien plus que les choix cinématographiques audacieux, ont fait la manchette a renoncé à sa vie d'antan et fait acte de contrition en devenant papa et en élisant domicile en France avec Vanessa Paradis.

La vie en Lily-Rose
«La naissance de ma fille m'a littéralement fait renaître, lance-t-il d'entrée de jeu. C'est la plus belle chose qui me soit arrivée, sinon la seule.» La voix est douce, le sourire rêveur. L'acteur de 38 ans s'enfonce dans un moelleux canapé. «Avant, je ne pensais ni à l'avenir ni aux conséquences de mes actes. J'ai vécu dans une sorte de brouillard pendant 36 ans. Le jour où ma fille est née, ce brouillard s'est dissipé d'un coup. C'est vraiment ce que j'ai fait de mieux dans ma vie.»

C'est vrai, Johnny Depp semble heureux comme un roi. Follement amoureux de Vanessa Paradis et de Lily-Rose Melody Depp, il invoque aussi la France pour expliquer sa lucidité retrouvée. Le couple possède un appartement à Paris et une propriété de deux millions de dollars sur la Côte d'Azur. «C'est la France qui m'a permis d'avoir une vie relativement plus normale, plus simple, dit-il en souriant. C'est la première fois que j'ai l'impression d'appartenir à un lieu. D'avoir un chez-moi. Il y a un minuscule village tout près; j'y emmène Lily-Rose et je m'arrête dans un café sans me soucier des paparazzis ou de qui que ce soit. Ici, on respecte la vie privée des gens. Et surtout, vivre en Europe me tient à distance de Hollywood et de tout ce cirque.»

Il tire une longue bouffée de sa cigarette roulée main. «D'accord, c'est mon gagne-pain, mais pas question que cela envahisse ma vie personnelle. S'il est vrai que mon esprit se nourrit du cinéma, je refuse toutefois d'en faire ma nourriture quotidienne.» Depuis deux ans qu'il a quitté Los Angeles, il avoue avoir un certain mal du pays. «Mais la vie reste beaucoup plus civilisée en France. Et je ne m'ennuie pas de voir à la télé les meurtres et les catastrophes qu'on y repasse en boucle. Ça dérape sérieusement aux États-Unis. J'aime ce pays, son histoire et ce qu'il pourrait redevenir, mais avec toute la violence, l'ignorance et la cupidité qu'on y trouve, je préfère être ailleurs. Impossible d'y vivre en restant sain d'esprit. C'est trop hostile comme société.» Est-ce dire que Lily-Rose ne connaîtra jamais les écoles américaines? «Exact. Je ne veux pas qu'elle grandisse dans un monde aussi tordu.» Clairement, la paternité a métamorphosé l'acteur, qui endosse cette responsabilité avec la même passion et la même intégrité qui caractérisent son jeu à l'écran.

Alors, qu'est-ce qui l'a surtout étonné en devenant papa? «Le simple fait que ça m'arrive à moi, répond-il d'un air crédule. Quand j'y pense, c'est un sacré choc. Jamais je n'aurais imaginé être père. Or, je ne peux plus me voir autrement.» Il n'a jamais été séparé plus de deux semaines de Vanessa et de Lily-Rose. «Leur absence m'est insupportable. Ça semblera un cliché, du genre nouveau père et tout, dit-il en s'excusant presque, mais j'ignorais qu'on pouvait éprouver un amour aussi profond et sentir un lien aussi fort avec un petit être si fragile et si adorable.»

Son luxe, sa liberté
L'homme aura mis longtemps à se fixer et à trouver un sens à sa vie. Mais si l'on en juge par le nombre de films dans lesquels il a incarné un être marginal en quête de stabilité, ce n'est pas faute de l'avoir désiré. Car au-delà des manchettes des journaux à sensation (saccage d'une suite d'hôtel, agression contre des paparazzis, ruptures de contrat), c'est peut-être à travers ses rôles dans Edward Scissorhands, Cry Baby, What's Eating Gilbert Grape, Ed Wood, Dead Man, Benny & Joon ou Donnie Brasco que l'on peut appréhender le mieux le véritable Johnny Depp. «Il y a un énorme malentendu, confirme-t-il. On me décrit comme un voyou, un sombre ivrogne ou un inquiétant drogué. Mais ça n'a rien à voir. On a monté en épingle quelques incidents, puis la rumeur n'a cessé de s'amplifier. Je traîne ce boulet partout. C'est l'horreur, et je ne souhaite ça à personne.»

Il confesse avoir usé de substances illicites, mais la nicotine reste aujourd'hui son seul vice. «Tout le monde a vécu ça, se défoncer avec n'importe quoi et trouver ça génial. Et enfin réaliser qu'on ne fait que remettre à plus tard l'inévitable face à face avec ses propres démons.» S'il a quelque émotion à parler de son personnage de George Jung dans Blow, film de Ted Demme qui relate l'ascension du baron américain de la cocaïne, c'est bien davantage pour pleurer le drame des êtres qui courent après la richesse et la gloire.

«Ça m'a rappellé mes débuts. Je n'avais aucune envie de me prêter à cette mascarade, puis j'ai commencé à gagner plein de fric. Tout c'est enchaîné à une vitesse folle, la machine s'est amballé et rien ne pouvait l'arrêter.» Il chasse de son visage quelques mèches rebelles, puis attache en queue de cheval ses longs cheveux bruns légèrement striés de blond. Vêtu d'un jeans fatigué et d'un t-shirt immaculé, il a aux pieds des bottes d'armée éraflées qu'il portait bien avant le feuilleton 21 Jumpstreet qui l'a rendu célèbre. «Il y a 18 ans que je porte ces bottes, qui font bien trois pointures de trop, mais qui servent à me rappeler d'où je viens.»

Teint bronzé, bouc au menton et anneaux d'or aux oreilles, Johnny Depp ressemble à s'y mépendre au pirate des temps modernes qu'était à ses yeux le véritable George Jung, son personnage dans Blow. «C'est ce qu'il est devenu, explique l'acteur, un pirate vivant en marge de la société, insensible à tout ce qui est loi, politique ou système. Il menait son trafic sans rendre de compte à personne.» Mais contrairement à Jung, finalement trahi par l'appât du gain, Depp a toujours refusé la course aux cachets hollywoodiens.

«L'argent n'a jamais eu tellement d'importance pour moi. Quand j'ai commencé à faire des sous, j'ai trouvé ça bien, puis j'ai rapidement compris qu'il me faudrait donner quelque chose en échange... Tout ce que je voulais, quand j'étais gamin, c'était jouer de la guitare. Je m'imaginais bien sûr en rock-star, à faire des tournées et tout ça. Mais je ne pensais pas a faire fortune. Puis la vie a suivi son cours... Et voilà que je gagne aujourd'hui pas mal d'argent. C'est loin d'être inutile parce que dans ce monde l'argent est synonyme de liberté. J'ai donc la chance inouïe de vivre comme je l'entends. En fait, le véritable cadeau, ce n'est pas l'argent, c'est la liberté.»

Il connaît la musique
Cadet d'une famille de quatre enfants (il a un frère et deux soeurs), Johnny Depp a grandi dans la ville ouvrière d'Owensboro, au Kentucky, où il se rappelle avoir aidé son grand-père à la récolte de tabac. Son quartier, dit-il, ressemblait beaucoup aux décors pastels du film Edward Scissorhands, avec ses maisons proprettes, ses pelouses impeccables et ses rues paisibles. Son père était ingénieur civil et sa mère, Betty Sue (dont le nom est tatoué sur son biceps gauche), serveuse au restaurant du coin. Le gamin a sept ans lorsque la famille déménage en Floride, à Endora, près de Miami, où il faudra un an au père pour dénicher un emploi de fonctionnaire aux travaux publics. Entre-temps, on s'entasse à six dans une chambre de motel.

Vient l'adolescence. Le beau Johnny a une gueule d'ange et s'intéresse surtout à la musique rock. Il a 15 ans lorsque ses parents divorcent. Suit alors une «période très difficile» qu'il traversera grâce à la musique, en grattant la guitare que lui offre sa mère. Réfugié dans sa chambre, il passe d'interminables heures à en maîtriser les rudiments. Ses efforts portent leurs fruits: deux ans plus tard, il se joint à un groupe appelé The Kids, qui se fait bientôt connaître dans le sud de la Floride en assurant la première partie des Ramones, des Pretenders, d'Iggy Pop ou des Talking Heads. Johnny est convaincu que son avenir est là: «Notre musique, c'était une sorte de pop sonore et agressive que je comparerais un peu à celle de U2 à leurs débuts.»

Rebaptisé Six Gun Method (ses musiciens n'étant plus des kids!), le groupe s'installe à Los Angeles quand Johnny a 20 ans, en quête d'un contrat de disque. Mais l'accueil est plutôt froid. «On en a bavé, se souvient-il. On faisait la tournée des petites boîtes pour se créer un auditoire, mais on ne gagnait pas un sou. Sans blague, on ne faisait parfois pas plus de 25$ par soirée.» Pour gagner sa vie, il essaie de vendre des stylos au téléphone. «Mais qui diable veut acheter des stylos d'un inconnu par téléphone! C'est là que j'ai commencé à jouer un rôle.»

Un acteur sélectif
Le groupe ne tarde pas à se dissoudre. «On avait tous le mal du pays. Les autres sont repartis et je suis resté seul.» Puis par hasard, il fait la connaissance de Nicolas Cage, qui le convainc de se rendre à une audition pour un film d'horreur qui ferait bientôt culte, A Nighmare on Elm Street. Or la jeune fille du réalisateur Wes Craven assiste à l'audition et c'est elle qui persuade son père de donner un rôle à l'incconu. Johnny Depp touche 1200$ par semaine: «Une fortune!» Il voulait être rock-star, le voici acteur. Et presque aussitôt vedette du feuilleton 21 Jumpstreet, qui allait en faire l'idole des jeunes Américaines. Pourtant, après trois saisons de gloire télévisuelle, il abandonne tout.

«Les producteurs me pressuraient en exploitant à la chaîne une fausse image de moi. Ils voulaient m'utiliser à toutes les sauces, et ça m'a terrorisé.» En réalité, Johnny Depp ne voulait plus être Johnny Depp. C'est ainsi qu'il se lie avec des metteurs en scène comme Tim Burton, John Waters, Emir Kusturica et Jim Jarmusch, qui lui permettent d'incarner des personnages dont il sera fier. «Je ne voulais pas que dans 30 ou 40 ans mes petits-enfants me reprochent d'avoir vendu mon âme à l'industrie et distribué mes sourires à la caméra pour apparaître dans des films merdiques.»

Tim Burton, qui lui a donné trois premiers rôles, dans Edward Scissorhands, Ed Wood et Sleepy Hollow, juge l'acteur passionnant: «La vanité, la prétention, Johnny ne sait pas ce que c'est. C'est pourquoi je l'adore. Il est prêt à tout. Il n'a pas peur de se salir, de se rouler dans la boue, de s'en mettre partout. Il se fout de son image. Ça lui donne une liberté de jeu exceptionnelle. Il aborde chaque personnage sous un angle totalement inédit. C'est un véritable caméléon.»

Son talent fait d'ailleurs l'unanimité. Rares sont les acteurs américains qui inspirent autant de respect et ont autant de poids dans l'industie cinématographique sans avoir eu de vrai succès au box-office. À contre-pied des tendances et en constant décalage avec le milieu, Johnny Depp privilégie des rôles inattendus, surprenants. Ce qui lui a fait refuser plusieurs premiers rôles, dans des films comme Titanic, Interview with a Vampire et Speed: «Ouais, les cachets sont énormes, mais je ne vois pas l'intérêt de refaire ce qui a été fait mille fois et souvent mieux.»

Passionné de ciné
Les projets qui appellent le plus l'acteur ne sont jamais les plus faciles ni les plus accessibles au public. «Il y a des films dont je me suis dit, après le tournage et juste avant qu'ils ne sortent, qu'ils feraient certainement un tabac. Mais le fait est que les gens préfèrent l'action et les explosions, les films à recette.»

Et tandis qu'il persiste à défier les modes et la célébrité, misant bien davantage sur ses talents d'acteur de composition que sur son physique de jeune premier, Johnny Depp n'a jamais été plus occupé. Au cours des deux dernière années, il a tenu la vedette dans Sleepy Hollow, The Astronauts' Wife, The Ninth Gate, Before Night Falls (un double rôle), Blow, Chocolat et The Man Who Cried. En octobre, juste à temps pur l'Halloween, on pourra le voir dans From Hell, un film adapté de l'oeuvre du bédéiste britannique Alan Moore sur l'histoire de Jack l'éventreur. «Ce sera un film génial», s'enthousiasme la star, qui incarne l'inspecteur Frederick Abberline alors que Heather Graham joue le rôle de Mary Kelly, l'une des prostituées de Whitechapel placées sous sa protection.

Ainsi nommé en référence à l'adresse de retour qu'inscrivait l'assassin sur ses missives, From Hell flirte avec l'idée longtemps entretenue d'un complicité royale dans l'affaire. «Le film implique le prince Édouard et le gouvernement britannique, s'amuse à préciser Johnny Depp, mais c'est avant tout un vrai thriller. Tout le monde est soupçonné, et ce n'est qu'à la fin qu'on démasque l'éventreur. Et c'est la théorie la plus plausible qu'il m'ait été donné de lire à ce jour.»

L'acteur devrait bientôt se glisser dans la peau de Chuck Barris, le bizarroïde animateur du défunt quiz télévisé The Gong Show, dont on dit qu'il aurait été un agent de la CIA. Puis Depp pourrait se parer de visons et de paillettes pour incarner le flamboyant pianiste Liberace. Comment parvient-il à rester au sommet en privilégiant ainsi des films sans grand potentiel commercial? «Finalement, grimace-t-il, ma carrière s'est construite sur une alternance d'échecs et de succès d'estime. Je ne représente pas grand chose au box-office et je m'en fous complètement. Je tombe toujours des nues quand les grands studios m'offrent un rôle. Il y a une sorte de top 10 des acteurs hollywoodiens et je suis sans doute celui qui est le plus souvent chassé de la liste puis accueilli de nouveau...»

«Je suppose qu'on ne m'aime pas trop à Hollywood, se résigne à dire Johnny Depp avec un haussement d'épaules. Enfin, je ne sais pas trop, c'est une impression que j'ai. Mais je suis peut-être paranoïaque...»

Publié par dark_leia à 15:20:12 dans Presse | Commentaires (0) |

Avant Première 1998 | 04 juin 2005

 

Vous avez deux films cette année, «Intrusion» et «Sleepy Hollow»: le rythme s'accélère?
Non, pas vraiment. L'un est une comédie, l'autre un conte. J'aime bien changer de cap.

C'est excitant, de tourner des choses aussi diverses?
Oui. Parce que le reste du temps, être sur un plateau, c'est ennuyeux. On ne fait rien, on attend que les techniciens aient fini leurs réglages. On travaille réellement deux ou trois minutes, puis c'est fini.

Vous êtes un acteur ou une star?
Un acteur. Une star, c'est quelqu'un comme Cary Grant ou Humphrey Bogart, qui a un charisme exceptionnel, et qui peut aussi être un acteur formidable. Brando, en revanche, est un acteur génial, mais il n'a jamais pu se conformer au rôle de star. Moi, je gagne ma vie. Je fais mon travail.

Vous avez débuté dans le rock, puis vous êtes devenu acteur. A quel moment la transformation s'est-elle opérée?
Je faisais partie d'un groupe de rock, «The Kids». C'est comme ça que je suis venu à Los Angeles. Et là, j'ai rencontré Nicolas Cage, le neveu de Coppola. On traînait ensemble. C'est lui qui m'a convaincu d'essayer de faire l'acteur. Son agent m'a envoyé un scénario et, deux jours plus tard, j'étais engagé. Le film, c'était «Les Griffes de la nuit». Je n'avais jamais fait ça avant, aucune notion de comédie. J'ai suivi mon instinct, je me suis débrouillé.

Comme Brando, vous avez toujours manifesté de l'intérêt pour la cause des Indiens...
Je suis d'ascendance cherokee. Mon arrière-arrière grand-mère était indienne, et elle a probablement été violée pendant les massacres de l'époque de la Piste des Larmes. En 1838, le gouvernement américain a déraciné treize mille Cherokees et les a expulsés de leurs terres du Mississippi pour les reloger en Oklahoma. C'était un voyage de mille cinq cents kilomètres à pied. La plupart sont morts d'épuisement, de maladie, de famine. Les autres ont été battus, rejetés. Je suis l'enfant de cette honte.

Vous avez eu une jeunesse assez bousculée.
Oui. On déménageait tout le temps, selon les jobs de mon père, qui était directeur des travaux publics en Floride. Quand je parle de mon enfance, ce n'est jamais lié à une maison, à un foyer: il y en a eu trop.

Vous vous souvenez de quoi?
De choses très différentes: nous avons dû changer vingt fois de domicile. Mes parents ne s'entendaient pas très bien, et ils ont fini par divorcer quand j'avais 15 ans.

Votre mère était serveuse?
Oui. Elle travaillait depuis l'âge de 14 ans.

Comment avez-vous traversé cette période?
En me retirant dans ma chambre, que je partageais avec mon frère, de dix ans mon aîné. J'avais un petit chien nommé Pepi. Je fermais la porte, je jouais de la guitare. Je voulais devenir musicien. A l'école, je venais avec ma guitare, je restais dans mon coin. La plupart du temps, je séchais les cours.

Que vous reste-t-il de vos débuts?
L'impression qu'il faut toujours se fier à son instinct. Il ne faut pas choisir les films qu'on fait pour atteindre un plus grand degré de célébrité, ou un meilleur cachet, ou je ne sais quoi. Il faut y aller par envie, c'est tout. Et il me reste aussi une vieille valise: j'ai racheté celle de Jack Kerouac, le roi des beatniks. Il a passé sa vie sur la route, à découvrir des gens. Il cherchait un autre horizon et, d'une certaine façon, moi aussi...

Vous n'êtes pas satisfait de votre carrière d'acteur?
Si, bien sûr. Mais je ne suis pas quelqu'un qui nage dans le bonheur. Je me pose des questions, j'ai mes démons. Les personnages qui m'attirent sont justement ceux qui sont les plus hantés: Van Gogh, Kafka...

Vous avez eu une période où ces démons étaient très présents.
Oui, je buvais et j'ai certainement abusé de ma santé. Mais j'ai 36 ans aujourd'hui, il est temps de trouver une certaine stabilité, de penser que la vie ce n'est pas seulement fumer, faire la fête et ne pas dormir.

La célébrité vous agace?
Parfois. Mais c'est le prix à payer. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi les gens s'intéressent tellement à ma vie. Qu'est-ce qui fascine tellement les gens là-dedans?

Le rêve...?
Peut-être. Mais moi, mon rêve, il est mal parti dès le début, dès la Piste des Larmes. Ça vous donne un regard décalé sur les choses, des valeurs différentes.

Comme quoi?
D'une part, la vie n'est peut-être pas faite pour être toujours heureux. D'autre part, j'ai tendance à toujours m'intéresser aux oubliés, aux gens en marge, aux laissés pour compte. La vraie vie, c'est dans la marge.

Publié par dark_leia à 14:57:22 dans Presse | Commentaires (0) |

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