Rien à dire sur moi. Beaucoup à dire sur Lui.
Beaucoup disent Le connaître. Depp l'Acteur. Pour certaines, juste la tête d'ange qui fait la une des magazines pour groupies hurlantes.
Moi je vous présente l'Acteur, le Réalisteur, le Scénariste, le Peintre, le Musicien... l'Homme transformé, passionnant, talentueux, l'Homme Caméléon. Pas la star, non, l'Artiste, sachez faire la différence...
juste une petite règle, une seule, à respecter svp : PAS DE LANGAGE SMS ! Merci
dark_leia
<< Encore une adaptation ? | Première - août 2003 | Canal star - janvier 2002 >>
J.D: En me posant des questions. Qu'est ce qui fait un pirate? Le meurtre, le vol, les piastres d'or? Ou la légende qui le précède? Il me semble que lorsqu'un navire touchait au port, la moitié du boulot était accomplie puisque les habitants crevaient de peur ou se pâmaient d'excitation. Cela m'a rappelé celle qui entoure aujourd'hui l'arrivée d'un groupe de rock'n'roll en ville. Les pirates étaient les rock stars du XVIII° siècle. Pour camper Jack Sparrow, j'ai donc tout naturellement songé à Keith Richards. A son élégance, sa sagesse, son détachement. A sa façon de se foutre de tout sans s'en foutre vraiment. Je me suis aussi inspiré de Shane MacGowan, des Pogues, ou de l'attitude de Muhammad Ali sur le ring. J'ai lu une encyclopédie de la piraterie. Et beaucoup rêvé sur l'horizon, cette ligne intangible que les pirates passaient leur existence à poursuivre en vain.
Ce Jack Sparrow n'est pas exactement le pirate type quand même...
Est-il dingue? Saoul? Stone? Gay? Selon moi, il est surtout A... Amoral. Asexué. Son image, le mythe qu'il trimballe, lui tient lieu d'appétit sexuel. Il en jouit intensément.
Pas mal de gens s'étonnent de vous voir tourner pour Disney.
[Il se tord de rire] Pourtant, je suis très doux comme garçon...
Mais vous ne ressemblez pas exactement à un acteur de blockbuster...
Qui vous dit que ce film connaîtra le destin d'un blockbuster? Si c'en est un, Disney gagnera des millions de dollars. Moi pas. Dans le cas contraire, ce sera un naufrage absolu. Quand les pontes de Disney sont venus me trouver avec l'idée de tourner un film de pirates, mon instinct m'a dicté d'accepter. Je savais pourtant que nous nous empoignerions à propos du personnage. Je me doutais qu'ils me mettraient des bâtons dans les roues. Mais je me répétais: "Essayons". Une partie de moi pensait même "Voyons jusqu'où on peut aller. Allons-y, infiltrons les lignes ennemies".
Vous les ont-ils mis, ces bâtons dans les roues?
Ils ont exigé certains compromis. Ils trouvaient que le khôl qui ourlait les yeux de Jack Sparrow faisait drag-queen. Ils détestaient sa barbe taillée en pointe. Ils avaient horreur de ses dents en or. Ils rejetaient ses perles rasta dans les cheveux. Bref, ils ont d'abord haï ma façon de voir. Je leur ai répondu: "Vous m'avez embauché pour faire un job, laissez moi le faire à mon idée, ou bien virez moi. Remplacez moi. Maintenant." Ils ont choisi de me laisser carte blanche.
Facilement?
Deux ou trois personnes - et non les moindres- me soutenaient à fond. De vrais gentlemen. Mais les plus jeunes des exécutifs les appelaient chaque jour: "Depp est en train de foutre le film en l'air" Les gentlemen ne les écoutaient pas. Le problème, c'est qu'il y a trop de cuistots aux fourneaux. Et qu'ils ont tous leur opinion.
Le compromis, vous connaissez?
Pas vraiment. Les metteurs en scène avec lesquels j'ai travaillé (John Waters, Jim Jarmusch, Tim Burton, Emir Kusturica, Terry Gilliam) pas davantage. Et les personnages que j'ai interprétés non plus. Ce sont des électrons libres qui tracent leur chemin sans se soucier d'appartenir à quoi que ce soit.
Cela constitue-t-il une bonne définition de vous?
Et comment! Pendant des années, à Hollywood, on disait de moi: "Il ne joue que les outsiders." Mais j'ai toujours été un outsider. Même enfant. Les autres se passionnaient pour le sport, voulaient être délégués de classe ou devenir rois de leur promotion. Moi, l'asocial un peu bizarre, je ne voulais rien. Je jouais de la guitare. J'étais amoureux de cette fille aux cheveux longs adorée de tous qui en pinçait pour le champion de foot. On est sortis ensemble un petit bout de temps mais ça n'a pas du tout marché. Ca n'était pas mon truc d'être "Monsieur Populaire"
Le personnage de Jack Sparrow confirme votre potentiel comique révélé par Burton ("Ed Wood", "Sleepy Hollow") . Est ce un registre que vous revendiquez?
Un acteur doit se frotter à tout. A ses peurs. Au comique. Au ridicule. Vous avez déjà vu quelqu'un parler à un chien sur un écran? Il lui parle comme à un être humain. Moi, j'ai un chien depuis dix ans. Je le hausse jusqu'à mon visage et j'ânonne: "tipoupoutitipapa". Je bêtifie. Je deviens carrément crétin.
Vous avez le sens de l'humour?
Oui, j'en ai un, il est très enfantin. Comme celui de Marlon Brando. Mon prof, mon mentor, mon ami. Une figure paternelle. Il a fait "The Brave" pour moi. C'était une bénédiction. Oui, c'était vraiment "cadeau" (en français dans le texte)
Retournerez vous un film comme metteur en scène?
Sûrement. Mais sans jouer dedans. Etre acteur nécessite de perdre tout contrôle. Etre metteur en scène de le garder à tout prix.
Est-il vrai que, pour Pirates des Caraïbes, vous ayez été entraîné par le maître d'armes d'Errol Flynn?
[Il se lève et se met en garde] Merveilleux homme. 81 ans. Une allure folle. Mille fois plus gracieux que moi. Il connaît la saveur du vieil Hollywood. Il n'y a plus aujourd'hui d'Erol Flynn. C'est comme en France. Qui peut, à part Jamel Debbouze peut-être, se mesurer à De Funès que j'adore? De Funès incarne pour moi, le maître e l'instant. Il occupe chaque moment de manière absolument magnifique. Son charisme est total. La Soupe aux Choux, I love La Soupe aux Choux. Et Jean Gabin... Incomparable dans le drame, il se montre, dans la comédie, fabuleux de timing. Dans La Traversée de Paris, Jean Gabin me file la chair de poule [Il hurle en français] "Eh bien, pour moi, Monsieur Jambier, ce sera 2000 francs". Quand Jean Gabin et De Funès sont ensembles à l'écran, comme dans Le Tatoué ou La Traversée, je ne sais plus où regarder. C'est trop. Trop.
Quelles autres admirations nourrissez-vous?
J'éprouve de la tendresse pour Annie Girardot. Je l'ai rencontrée une fois. Je fumais une cigarette en attendant Vanessa. Elle remontait la rue avec deux copines. Je vois cette belle femme. Elle me dévisage. Et s'écrit: "I love you".
Que répondez vous?
[Il se marre] "I love you too". On a bavardé. Elle était adorable, très touchante. Ce qu'elle a avoué, un soir, aux césars ("Je ne sais pas si j'ai manqué au cinéma français, mais je sais que le cinéma français m'a manqué"), m'a ému par sa force et son honnêteté.
Qui encore?
Yvan Attal. Ma femme est une actrice me semble un film très courageux. C'est infiniment brave de choisir le genre de la comédie romantique. D'oser entrer dans cette arène si souvent foulée. De le faire avec cet humour là. Et avec sa femme, cette beauté de Charlotte Gainsbourg. Ils forment un couple très impressionnant. Extrêmement glamour. Je comprends cette jalousie. Je suis bien placé pour la comprendre. Voir Vanessa tourner des scènes d'amour m'affecterait. Je n'ai pas d'inquiétude sur le fond [Il rit] . Mais je viens quand même du Kentucky. Nous sommes des primitifs, des troglodytes, des bouseux. Toujours prompts à prendre des coups de sang.
Quelqu'un manque t-il à l'appel?
Tony Gatlif. Ses films me tuent [Il énumère]. Gadjo DIilo, Latchodrom, Swing, ... Les Gitans ont été méprisés pendant des siècles. Tony Gatlif parle pour eux. Et comme il parle plutôt bien... Mais aussi Alejandro Jodorowsky, qui vient de m'envoyer un script ("Tryptyque"). Il a un univers magique. C'est un subversif, un renégat. Scoresese. J'espère bien qu'il me filera du boulot un jour. Nous en avons discuté en tout cas. De Palma. Sinon, il y a la musique: celle des Roms, de Gainsbourg (sans égal), de Dutronc. Dutronc a, avec Jacques Lanzmann, inventé le punk rock. Fais pas ci, fais pas ça... l'Opportuniste... C'était quand? 1965?66? Un jour, j'ai filé à Iggy (Pop) un CD de Dutronc. Il m'a pris pour une buse: il le connaissait déjà.
Y a t il une figure politique pour laquelle vous ayez un tant soit peu de respect?
Lyndon Baines Johnson, qui fut président des Etats Unis entre Kennedy et Nixon. Mais pour une raison totalement déplorable. Lors d'une réunion avec des généraux, son staff lui pose une question dont il n'a pas la réponse. Il se fiche en rogne "Qu'est ce que vous en pensez M. le Président? -Ce que j'en pense?" Il se débraguette et sort son sexe [Johnny mime la scène]. Un sexe d'une taille très respectable, parait-il. "Et vous, qu'est ce que vous pensez de ça?"
Un geste punk...
Humain et drôle en tout cas.
Et plus sérieusement...
[Il réfléchit] La vache, je ne vois pas. George Bush, évidemment pas. Les soldats américains qui ont envahi l'Irak étaient des enfants. Et ces gosses irakiens? Dans cette histoire, il n'y a pas de victoire... Il ne peut pas y en avoir.
Certains acteurs américains - à l'image de Sean Penn qui s'est rendu à Bagdad- ont affronté le gouvernement au risque de se voir backlister...
Sean Penn n'a pas été antipatriote. Il s'est rendu en Irak pour évaluer la situation. A-t-il obtenu des réponses à ses questions? Je l'ignore. Ce que je sais, c'est que la seule idée d'une liste noire dans cette ville de Los Angeles rappelle des souvenirs néfastes.
Votez vous?
Je ne l'ai jamais fait de ma vie. Et la victoire de George Bush n'était pas faite pour lever les hypothèques. Je n'y crois pas. Je n'achète pas.
Pourquoi évoquez vous si souvent votre sang indien?
Ma famille a sans doute fait face à pas mal de violences perpétrées par le gouvernement d'il y a cent cinquante ans. J'en suis fier. Oui, je suis fier que, quelques uns se soient levés pour défendre ce en quoi ils croyaient.
Que pensez vous de votre carrière?
Après l'horreur qu'a représenté pour moi le feuilleton "21 Jump Street" (j'étais devenu tout de même une figurine républicaine, un pu produit marketing, l'équivalent d'un hamburger) j'ai avancé Cry Baby (John Waters) comme un premier pion sur l'échiquier. Edward aux mains d'argent (Tim Burton) a été mon second pion. Le scénario m'a fait pleurer: j'y reconnaissais mon malaise, mes angoisses d'adolescent. Ensuite est venu Arizona Dream, de Kusturica. Tout Hollywood s'est étonné: "Tu ne vas pas tourner ce film-là (un missile contre le rêve américain) avec ce mec là? T'as un grain ou quoi?" Puis Jim Jarmusch, qui est, pour moi, le symbole même de la perfection. Puis, le reste... Comment dire? Satisfait serait trop immodeste. Je ne suis pas mécontent.
Qu'a représenté pour vous Le Chocolat? (Lasse Hällstrom)? Une erreur de manoeuvre?
Je retrouvais Lasse. Je découvrais Juliette (Binoche), une sacrée bonne femme. Lily- Rose venait de naître. Je vivais. Ce sont des moments qui participent à la construction d'un acteur. Les mauvaises comme les bonnes expériences vous font diablement avancer.
La colère vous a t-elle abandonné?
Non, elle est toujours là. Comme un torrent tapi. Mais elle ne prend plus le contrôle sur moi aussi facilement qu'avant. Même si l'ignorance et le manque d'attention des autres me rendent toujours complètement dingue.
Pourquoi vous êtes vous automutilé jadis?
J'imaginais qu'il fallait inscrire dans ma peau les étapes de ma vie comme dans un journal intime. J'étais un peu idiot.
Quel est votre juron français préféré?
Chez nous, il y a Daniel. Daniel jardine et s'occupe de la maison. C'est le type le plus doux au monde. Un jour, il grimpe sur une chaise pour changer une ampoule. Il touche le fil et prend du jus. Il s'exclame "Enculé!", avec l'accent du sud. "Enculé" avec cet accent là reste pour moi inimitable. C'est masculin?
Définitivement
Je m'en doutais.
Publié par dark_leia à 14:25:20 dans Presse | Commentaires (0) | Permaliens