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Double Je

La double vie d'une trentenaire qui se cherche encore

Rendez-vous improvisé | 08 juin 2006

9h. J’arrive au bureau. Un nouveau message d’O. est dans ma boite mail « Finalement, le fond de la question est : “ oserez-vous braver les travaux, la circulation routière ralentie, les problèmes de stationnement pour un verre en terrasse – sans marteau piqueur à proximité quand même – d’ici mi-juillet ? » etc, avec plusieurs options possibles. Ce matin, il se trouve que je dois me rendre en ville pour récupérer des documents. J’hésite. Je me dis que non, pas tout de suite. Et je ne réponds pas encore. Ne rien précipiter. Rester calme.

10h. Je pars du bureau. Sur un coup de tête de dernière minute, je reviens vers mon ordinateur et envoie un mail pour l’informer que je serais probablement à proximité de ses bureaux vers 11h après mon RDV professionnel et lui laisse mon n° de mobile. Après tout, c’est vrai que je descends rarement en ville en pleine semaine et en pleine journée. Une telle occasion ne se reproduira pas de si tôt à moins de la provoquer, et je ne veux pas forcer les choses. Quelques minutes après, un texto fait vibrer mon téléphone « j’ai un déjeuner à midi place y, mais on peut se retrouver au café bidule à 11h15 si vous êtes dispo ». Sourire. Un brin d’excitation me titille. Je me raisonne. Je me calme. Il faut à tout prix que j’évite d’entrer en mode séduction. Ne pas faire les mêmes erreurs qu’avec Petit Prince et devenir peut-être amis, tout simplement. Et puis peut-être, d’ailleurs, que ce rendez-vous sera le seul. Alors en profiter tout simplement. Sans se prendre la tête.

11h. En sortant de mon mini-rendez-vous, je prends une grande respiration et je l’appelle. C’est plus facile que je ne l’avais imaginé. Quelques minutes plus tard nous voilà attablés en terrasse. Il est toujours aussi souriant et agréable que la dernière fois. De mon côté, je suis moins troublée, plus naturelle que lors de ma visite dans sa société où il m’a présenté ses travaux. J’arrive à parler sans bafouiller cette fois ! Je scrute ses défauts pour démystifier la bête. C’est vrai qu’il n’est pas si beau. Rien d’extraordinaire après tout. Juste ses yeux. Surtout ses yeux. J’évite de planter mon regard dans le sien. Cela n’arrivera qu’une ou deux fois, et encore, un regard à peine plus appuyé. Discret. Sans insister. Nous continuons de nous vouvoyer. J’ai parfois envie de lui dire « on va peut-être se tutoyer, non ? » et en même temps, le charme que cela donne à nos échanges, la distance que cela permet de conserver, font que je n’ose pas. Je préfèrerais que cela vienne de lui. Mais je pense qu’il ne le fera pas. Pas aujourd’hui en tous les cas. La conversation glisse facilement. Il est aussi bavard que moi. Je glane quelques informations sur son âge, son parcours, ses ambitions. Apparemment, il est en phase de remise en question professionnelle. Il parle même éventuellement de partir de cette ville, dont il est originaire mais dont il voit aussi les limites. Il me parle de son expérience à Paris, de cette opportunité raté à Casablanca, me demande si de mon côté je serais prête à partir pour évoluer professionnellement (il connaît le peu d’affection que j’ai pour cette ville). J’en profite pour glisser « si j’étais seule, oui, certainement. Mais je ne le suis pas, donc c’est plus difficile ». Au moins, je recadre un peu les choses. Je peux me dire « ça, c’est fait ». De son côté, je n’ose poser aucune question plus personnelle. Je ne sais pas s’il est toujours avec cette femme que j’avais entr’aperçu l’an dernier. Je me dis que pour envisager de partir, c’est peut-être lié aussi à une rupture sur le plan personnel. Mais je ne veux pas me faire de films. Juste apprendre à le connaître. Cela me suffit.

12h10. Notre rendez-vous s’achève. Il s’excuse de ne pouvoir m’inviter à déjeuner car il a un repas pour son boulot. C’est mignon, parce qu’après tout, c’est moi qui l’ai pris un peu de court et il n’était pas prévu que nous déjeunions ensemble de toute façon. Je lance avec un grand sourire « ce sera pour la prochaine fois ! ». On se fait la bise (gros progrès car auparavant, nous nous serrions la main !) et je m’éclipse.

14h. J’envoie un court message pour le remercier de cette agréable pause. Pendant plus d’une heure, je n’aurais de cesse de guetter sa réponse. Je me dis que je suis ridicule mais je ne peux m’empêcher de ressentir au niveau de la poitrine un petit pincement de cœur.

15h42. Son nom s’affiche sur mon écran : « Le plaisir était partagé… vous voyez je viens seulement de rentrer de mon déjeuner – ce sera une journée placée sous le signe du soleil et de la détente !  Il faudra remettre ça avant le xx juillet : j’ai votre numéro de portable, et voici le mien, au cas où vous ne l’auriez pas : 06 xx xx xx xx. Bonne après-midi également, à très bientôt ! ».

Il est presque 18h. Je l’aurais fait attendre, moi aussi. Et plus que lui encore ;-) Après tout, chacun son tour. Je vous laisse. Je vais me pencher sur une petite réponse pour clore cette agréable journée…

 

Publié par Titinette à 17:56:16 dans Conversations Intimes | Commentaires (2) |