Un jour triste, Un jour gaie
Fataliste ou Amusée
Un jour Oui, Un jour Non
Moi je suis Caméléon...
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Paranoïa peut-être. Hypersensibilité sans doute. Depuis quelques semaines, quelques mois peut-être, je releve au fil des jours des comportements anodins de mon homme qui ne manquent pourtant pas de me mettre dans un état de frustration diffuse. Puis, à force de répétition, me plongent dans une certaine langueur monotone.
Mon homme a cette terrible faculté de m'imposer sans y paraître, les activités qu'il a décidé d'entamer au moment où IL a décidé de le faire. Comme la réparation de cette gazinière, que je me suis évertuée à réclamer pendant des mois sans qu'il ne s'en préoccupe. La panne totale qui nous menaçait depuis si longtemps est soudainement devenue à ses yeux, ce dimanche, un défi à relever de toute urgence. De mon côté, j'avais décidé de terminer la lecture de mon « Lolita » et je ne me sentais pas du tout l'âme d'une bricoleuse. Pourtant, il était sans appel. Il fallait que je l'accompagne dans cette tâche puisqu'au fond, c'est moi qui en avait demandé l'exécution (un jour lointain). C'est sans conviction que je commence à l'aider à démonter, dégraisser, dévisser, explorer les recoins de cette machine pour en trouver les disfonctionnements. Puis, au bout de longues minutes d'inactivité forcée de ma part (on peut difficilement travailler à deux en même temps sur ce genre de réparation) je me sens subitement confrontée à cette image de moi, plantée là dans l'attente, presque sans vie, figée à côté de lui. Je me trouve absolument ridicule. Et dans le méandre de mes pensées, mon attitude me fait penser à celle de sa mère. L'horreur. Cette femme molle et discrète, se pliant (en ronchonnant peut-être, on ne le saura jamais étant donné le faible degré de décibels de sa voix) aux "vociférations" et exigences de son mari. Je me fais peur. Je me suis déjà vu comme cela et je ne veux absolument pas que cela devienne une habitude. Je ne me souviens pas comment, ni pourquoi, je n'ai pu me sortir de cet état léthargique les fois précédentes. Je décide donc de faire un test. Et si, cette fois, je m'éclipsai puisqu'il est concentré sur sa tâche et que je ne peux rien faire de plus ? Je parcours les quelques mètres qui me séparent du divan, m'empare de mon ouvrage et pousse un soupir de soulagement. Quelques secondes après, il m'appelle. Il faut que je lui fasse passer ceci. Je m'exécute sans mot et retourne à ma lecture. Il me rappelle. Il faut que je fasse cela. Je souffle, fais au plus vite et retourne m'asseoir. Il me rappelle encore... Je me lève en riant presque. C'est nerveux. Je constate, sans doute aucun, qu'il s'écoule à chaque fois moins d'une minute ou à peine plus à chacun de ses rappels à l'ordre. Alors que si je me contente d'être à côté, là, plantée sans rien faire d'autre que le regarder en silence, il ne me parle pas et reste concentré sur sa tâche. Je le lui fais remarquer, fait référence à l'attitude de ses parents que je ne tiens pas à reproduire. Il éclate de rire, comme un enfant pris en faute, et me dit que oui, il aime à ce que je sois là à côté de lui pendant qu'il bricole. Je souris d'avoir réussi à lui faire remarquer que son attitude n'est pas des plus agréables pour moi. Je comprends pourquoi ces "autres fois" je m'étais comportée de la sorte : il ne me laissait pas le choix de faire autre chose en me culpabilisant dès que j'ose m'éloigner puisque ce qu'il fait il le fait "pour nous" et que selon lui, je me dois d'y participer même si ma participation se limite à le regarder passivement.
Beurk. Je ne peux plus supporter cela et le lui dit. Mais cela ne l'empêchera pas, durant tout le reste du week-end, d'avoir perpétuellement ce réflexe de persécution, comme une seconde nature. Je regarde par la fenêtre en me penchant un peu et j'entends un tonitruant "qu'est-ce que tu regardes dehors comme ça ?". Je me lève pendant la soirée pour aller aux toilettes et j'ai droit à un "tu vas où ?". Je m'allonge sur un bain de soleil pendant qu'il bricole dans le jardin, lui m'ayant promis de ne pas faire appel à moi pour cette tâche difficile pour mon petit dos. Il ne s'écoule pas plus d'une heure avant qu'il ne me demande, comme si de rien n'était, de me mettre à bricoler avec lui, ce que je refuse après avoir tenté pendant quelques minutes. J'ai trop mal.
Sentiment diffus, complexe, à l'issue de ce week-end étrange. Des événements transparents, des remarques minuscules, des comportements discrets (mais pervers ?) Je me demande encore si je suis simplement parano ou si ce sentiment d'étouffement qui m'envahit parfois ne vient pas aussi de ces injonctions indirectes, camouflées sous des "mais je t'aime ma petite chérie" pour mieux faire passer la pilule.
Résultat de tout cela ? Ma gazinière ne fonctionne plus du tout du tout maintenant ! Vive les plats froids. Heureusement c'est l'été...
Publié par Titinette à 10:51:17 dans Double je | Commentaires (9) | Permaliens