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Double Je

La double vie d'une trentenaire qui se cherche encore

Cyclothymique, moi ? | 09 mai 2005

Je me demande si je ne suis pas atteinte de cette pathologie. Je passe du rire aux larmes, de la bonne humeur à la dépression en quelques jours, voire quelques heures... Preuve en est encore ce week-end aux états d'âmes dignes des montagnes russes. Un vendredi soir anodin. Et puis encore une fois, en fin de soirée, une relance de mon homme sur le bébé qu'il attend désespérément, avec un laïus sur son âge, le temps de le faire etc... le temps qui passe quoi. Je lui dis qu'il me fait du bourrage de crâne, ce qu'il réfute. Je m'endors sur cette impression de menace du temps qui plane sur moi. Nuit agitée de rêves bousculés. Au petit matin, je me sens fatiguée. Je n'arrive pas à me lever. Je me sens inerte. Sans force. Je reste là. Allongée sous la couette. Des heures entières. Le cerveau qui tourne en boucle sur des idées noires gluantes, obsédantes. Sur la vie qui passe. Sur ma vie. Mes envies qui s'enfuient. Je sais qu'il faut que je me lève. Qu'avec l'activité, mes neurones cesseront de tourner en rond pour rien, dans le vide. Mais je n'y arrive pas, comme paralysée. Je sais que la journée va encore être longue car seule. Une solitude qui me pèse et que je renvoie systématiquement, à tort ou à raison, sur le fait qu'on habite ici, et que je n'aime pas cet ici.  Mon homme sera sur son terrain de sport, et moi, rien de prévu aujourd'hui. Pas de copine à aller voir cet après-midi et de toute façon, je ne serais pas de bonne compagnie. Envie de voir ma soeur, mais à 3h de route d'ici, je dois oublier l'idée. La perspective de ce vide m'empêche de remplir les heures qui s'écoulent. Yeux rivés sur le mur, le plafond... Je ne bouge pas. 

Soudainement j'arrive à agiter un peu mon corps. Je profite de cette bribe d'énergie pour me lever et filer sous la douche. Enchaîner les mouvements. Me préparer. M'habiller. Mon homme me suggère de bricoler puisque je ne sais pas quoi faire. Après tout, j'ai plein de vieux meubles que je dois retaper et je n'ai pas commencé. Mais non. Ce programme ne me tente pas. Hors de question de rester là toute seule toute la journée. J'ai des envie de foule. De bruit. De mouvement. De vie.
Je pars donc en balade dans deux / trois magasins alentours. Tout en sachant que je ne peux rien dépenser mais bon, j'ai besoin de sortir... En route, je laisse couler les larmes. Je les libère pour qu'elles cessent de ronger ma tête. Je roule. Je roule. Petit à petit je me sens moins angoissée. Quelques rayons de soleil. Je relativise tout. J'efface les questionnements infructueux. Je me sens mieux. je me concentre sur les rayonnages de marchandises colorées. J'ai manqué craquer sur des petits escarpins Charles Jourdan. A un prix imbattable. Mais je sais que je vais avoir bientôt d'autres dépenses de santé un peu moins drôles et auxquelles je ne vais pas pouvoir couper. Je m'abstiens donc. Je prends mon temps. Je fais des essayages. Au fil des heures cette "balade" me permet d'aller mieux. Je rentre avec une babiole. Un petit débardeur 100% coton, sans marque, à 4 euros. Juste "histoire de dire" de ne pas rentrer les mains complètement vides.

Dimanche. Je profite du soleil. Je remets en état nos transats et me remets à bouquiner. Plaisir que je ne prends plus le temps de m'offrir pendant l'hiver. Un vieux Mary Higgins Clark. Facile à lire. Pas besoin de réfléchir. Ca vide la tête. Fin de journée, petite douche. Bribe de désir. J'attrape mon homme. Dirige ses mains. Me sers de lui pour prendre du plaisir. Puis une soirée tranquille.Calme. Aujourd'hui une nouvelle semaine commence. Ni en haut du manège, ni au creux de la vague. Ni énergie débordante, ni déprime fulgurante. Dans quel sens vais-je plonger cette fois ?

Publié par Titinette à 16:32:46 dans Double je | Commentaires (1) |