Nombreux sont les garçons dont j'ai été amoureuse, longtemps, sans qu'ils ne le sachent ou sans qu'ils ne s'en préoccupent. Sans retour de leur part. Ignorée souvent. Rejetée parfois. Ce qui explique peut-être en partie ma situation actuelle. Mariée sans vivre l'amour passionnel dont j'aurai rêvé. Des amants. De temps en temps. Mais toujours avec beaucoup de tendresse. Toujours avec le besoin de sentir chez eux un attachement, si minime soit il.
Une exception peut-être... Premier amour. J'entre au CP. J'ai 6 ans. Je fais une crise. J'ai peur d'aller à l'école. Je ne connais personne. Je suis condamnée à y passer la journée, ce qui me change de la maternelle, et je découvre la cantine qui restera un souvenir assez déplorable. Dans ma classe, un petit garçon, doué, intelligent, vif et... très beau. De belles boucles blondes, un teint clair, les yeux bleus, regard coquin. Je suis sous le charme. Comme toutes les filles de la classe et même celles d'autres classes. Et lui, c'est moi qu'il remarque. Nous ne sommes que des enfants. Je n'avoue mon amour qu'à une seule amie qui le gardera pour elle, pendant que lui, clame sur tous les toits, qu'il m'aime. Du CP au CM1. 4 ans. 4 années à rêver de lui en secret. 4 années à l'entendre me chercher comme un défi. Je devais pressentir que si je cédais, c'est une autre qu'il aimerait ensuite. Tout de suite. Et je ne voulais pas. J'étais si heureuse, fière peut-être, que celui qui était convoité par toutes, se tourne vers moi. Il a d'ailleurs fait mine une année de ne plus m'aimer, d'en préférer une autre, « plus grande » pour me rendre jalouse. Ce que j'étais. Mais ne montrais pas. Autant que possible à cet âge en tous les cas. Et ça marchait. Il revenait inlassablement vers moi. Je ne rêvais que d'un baiser. Mais pas comme ça. Pas devant tout le monde. Un jour, il avait même fait inscrire sur son bras par une maîtresse nos initiales y+z entourée d'un cœur, au stylo bille bleu. Je m'en souviens presque comme si c'était hier. J'étais désespérément amoureuse. Rêvant de le croiser dans un autre contexte, loin des camarades de classe. Plusieurs rendez-vous manqués aussi. Une sortie de classe qu'il n'a pas faite. Un spectacle de fin d'année que je n'ai pas fait (les répétitions auraient pourtant pu nous rapprocher car les maîtresses avaient prévu de nous mettre ensemble pour danser... Et si...). Bref. Arrivé en CM2, il n'était plus là. La maîtresse nous annonce que lui et ses parents ont déménagés. Il est parti. Il a changé d'école. Et j'ai toujours regretté de ne lui avoir jamais dit « je t'aime ».