J'avais froid, là-bas. Les cheveux en bataille, flottant devant le visage tourné vers l'horizon, où la terre se détachait à peine. Son corps n'était pas loin, délié du mien, mais sa présence était enivrante alors que les ouvertures se barricadaient, filtrées par l'air salin. Le claquement des vagues était diffus alors que je souriais en écoutant ses promesses. Nous étions ici, tout était possible disait-il. Tout pouvait être possible. Je tirais sur ma clope, soufflant la fumée vers l'azur, observant au loin un point inaccessible auquel j'aurais pu me raccrocher. J'accostais mes bras à son torse, acquiescant, tandis que je voulais, moi aussi, hurler de longs serments révélateurs de ce qui rongeait mes tripes, accrochées aux siennes.
Les rochers disparaissaient dans la pénombre, se coulant vers la mer, ne formant qu'une masse sombre et grotesque et je laissais défiler intérieurement tout ce qui avait pu me porter jusqu'ici, chez lui, au sud de la Sardaigne, laissant ses doigts effleurer mon cou. L'enchevêtrement de lieux, de dates, de cendres étalées à même le sol et de cris étouffés par ses mains collés à ma bouche se perdaient, dansant devant le regard inexpressif, tentant un vain collage significatif. Tout se voulait différent à présent, ma présence même, mon désir d'être montée dans cet avion afin de me retrouver ici, à contempler le phare qui illuminait faiblement les vagues, balancées. Et lui, intrinsèque. Sans paroles, muette, toujours, tout ceci indiquait ce que je portais, intérieurement, mordant la raison. Les pas nous menaient au-delà des vagues, et nous marchions alors, laissant les preuves de notre passage s'effacer.
Jusqu'alors.
Publié par LaRousse à 21:04:58 dans | Commentaires (0) | Permaliens
Et les portes à peine entrouvertes se sont refermées, claquant dans un énorme coup de vent brusque et inattendu.
Alors que nous baisions, au sens vulgaire et proprement animal du terme, mes yeux lançaient des éclairs de dégoût, envers lui, moi, envers le non-sens total et invisible, collant à la peau. Les langues jouaient faiblement, proposant un lien autre, intime celui-ci, détaché de la férocité qui nous enserrait. Voir la bobine se dérouler était ridicule, absurde, mais je ne pouvais détourner ma bouche de ses épaules, y laissant des traces, prouvant je-ne-sais-quoi, comme celles de mes bras que je regarde avec volupté, y passant la fine courbe de mes doigts.
Il prononçait mon prénom, comme un appel ultime afin de nous raccrocher, une attache vaine et désespérée. Volubile. Et la crispation de ses traits, finalité triste et morbide, ma tête posée sous la sienne, ses mains caressant mes cheveux, nos odeurs mêlées ensemble, nos regards, perdus les uns dans les autres. Au fond.
Je t'aime.
Publié par LaRousse à 11:36:25 dans | Commentaires (0) | Permaliens
Et je me souviens du premier mois avec peu de clarté, souvenirs terrassés par les nuits enfumées. De ces mêmes avenues empruntées chaque soir, la musique entêtante des BRMC résonant au creux des oreilles, même chanson, constamment, et des sanglots le soir du 3 décembre où, à deux mètres à peine de mon corps collé aux barrières, Peter Hayes entonnait l'air d'All You Do is Talk.
Oxymore parfaite de la situation qui nous enserrait, lui et moi.
Et je me remémore de cette faible lumière propagée quand il m'ouvrait la porte, à moitié nu, mes talons claquant sur le sol du couloir quand celui-ci, de ses doigts fébriles, me tendait le joint salvateur. Les autres étaient là, aussi, et dans l'air clos et embrumé, je les écoutais parler la langue chaude de Pasolini, tirant une autre bouffée, fermant les yeux, bercée par le rythme des mots. La plupart du temps il évitait mes regards, cherchant un point imaginaire à lequel se raccrocher. Je l'observais, lui, eux, tous, riant après de longues tirades incompréhensibles. Et je riais, moi aussi, de l'absurdité de cette situation, théorème incohérent et insensé.
Nous nous retrouvions sur son lit, sa chambre grande comme mon appartement, sans se frôler, et je ne comprenais pas pourquoi il agissait ainsi, pourquoi il tardait tant alors que le schéma était limpide, pourquoi il détournait ses yeux alors que le même regard me détaillerait dans tout mon dépouillement, quelques heures plus tard, quand j'accrocherai mes ongles à son dos brûlant.
Les minutes passaient alors que je n'osais un geste qui aurait pu signifier ma véritable présence ici. La peur ne m'empêchait pas de venir coller mes lèvres aux siennes afin d'énoncer silencieusement le bouillonnement intérieur qui me tiraillait, je désirais simplement que lui exprime l'existence de cette attente désagréable, la raison supposée de sa fuite.
Nous ne parlions pas, mais que pouvions nous dire, je ne connaissais rien de lui, l'origine de sa présence ici même, et c'est à peine si je pouvais formuler son nom et son âge, absurdement éloigné du mien. Tout ceci ne n'importait que peu, superficialités destinées à dissimuler la gêne. Rien ne m'importait plus que la virulence avec laquelle il immobiliserait mes bras et la férocité de son regard, durant nos corps à corps passionnés.
Et je revois le geste sûr de sa main, quand, à peine quelques secondes après avoir atténué la lumière maladive qui me laissait distinguer les traits de son corps, il s'emparait de mon visage, en y plongeant le sien.
La matinée déjà avancée quand je quittais sa chambre, où la buée formée sur les vitres constituait une autre présence enivrante, le pas de la porte où nos corps s'effleuraient à peine, la fraîcheur du soleil, la brume. Les yeux s'embuaient sur le chemin du retour alors que résonnaient encore ses mots, détachés mais sincères, et que j'hurlais, me mordant les lèvres jusqu'au sang.
Publié par LaRousse à 14:38:11 dans | Commentaires (0) | Permaliens
Etalés sur le sol, livres d'une langue étrangère brumeuse, mots dénués de sens, que je dois pourtant avaler, engloutir, jusqu'à étouffement. Parcourant les lignes, toujours plus longues, les pages, abondantes, son visage se détache et ses bras me capturent, m'engouffrant entre les feuilles.
Le manque de sa langue parcourant mon cou est intenable, et je m'efforce de remplacer les images infernales de ses mains m'enserrant en m'abonnant à d'autres activités, plus ou moins saines. Et hier était une nuit agréable, l'alcool, sans couler à flot, éclatait par bulles au creux du ventre et à l'arrière des yeux clos. Les cheveux volaient autour du visage maltraité par les ongles, moments où les gestes se font incontrôlables et où la buée s'écoule lentement, hurlements, absorbés. Les corps anonymes bougeaient au rythme du martèlement de la batterie et je souriais, devant un tel spectacle, magnifique et hideux. Les doigts étaient brûlés par les cigarettes fumées à la chaîne et nous riions, elle et moi, de nos âmes insouciantes.
Et alors que The Raveonettes résonnait, que les jambes devenaient folles, que l'esprit s'évaporait, son regard violent me dévorait et ses lèvres me mordaient jusqu'au sang. Les yeux fermés, victime des sens.
Je ne peux feindre la limite, ces quelques mois, et le déracinement qui s'opérera, extérieur et inéluctable. Défaillance des corps isolés, cris étouffés à l'intérieur des draps, seuls. La folie. La désolation.
Et l'oubli.
Publié par LaRousse à 13:36:28 dans | Commentaires (0) | Permaliens
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