Et quand je pensais à lui, je ne pensais ni à ses fringues, ni à son travail, à son pays, ni même à ce qu'il disait, ce qu'il pouvait, lui, ressentir, au fond. Je pensais à son odeur, son goût, sa peau contre la mienne, ses gestes lents, du bout des doigts, sur mon corps d'albâtre.
Et au désir. Incessant.
Ainsi qu'aux projections meurtrières dans le temps, au déchirement des sens et des esprits. Dans la trame des choses à venir.
Publié par LaRousse à 18:52:29 dans | Commentaires (0) | Permaliens
Les trottoirs transformés en coton, j'avance dans les rues désertées du petit matin, l'esprit séparé en une multitude de boîtes distinctes, désordonnées. Et les routes se séparent, laissant le choix, le soleil pointe derrière la carrière. Je suis seule, assise, face à l'asphalte.
Et tout prend un sens différent à présent, allongés dans l'herbe du parc, les rires dansant autour des têtes. Le goût âcre de la fumée au fond de la gorge, je serre sa main, violement. A travers les feuilles, muets, avalant la brume avec sérénité, il observe l'émeraude des yeux, clos. Posant ma tête contre son torse, j'aspire une dernière bouffée et les doigts s'emmêlent, tout comme les volutes de fumée ondoyant dans l'air frais du soir.
Nos têtes étaient tournées chacune d'un côté différent tandis que j'observais son reflet dans les vitres miroirs du métro. Nos visages fermés, alors que je ne réalisais pas ce qu'il se passait, réellement. Ses paroles déchirantes dont je n'assimile toujours pas le sens, hurlant à celui qui voulait fouiller un passé sans intérêt, hurler qu'il n'avait le droit de se porter en juge d'une période inconnue, hurler en l'embrassant, hurler en le frappant, griffant, l'enserrant, en même temps. Tu ne peux pas.
Et les corps, l'un en face de l'autre, les yeux mi-clos, les bouches entrouvertes, cherchant l'air et la salvation.
Interdits, face au vide crée par les mots. Nous cherchions chacun à entrevoir l'Opposé, forme vide et abstraite. Nous tirions instinctivement sur nos clopes afin de nous donner une contenance, au milieu de la foule, s'enfuyant. Seule. Et ses mains se sont posées sur mon visage glacé, tandis que ses paroles litaniques s'enchevêtraient en moi, m'arrachant à moi-même. Sachant à présent ce qu'il désirait extraire, du plus profond. Qu'il ne voulait plus, seulement, paroles expulsées durant les corps à corps fusionnels, Je te veux, brouillon et flou, équivoque des sens, langue amère, brûlée par les soupirs fébriles, s'échappant. Je l'embrassais doucement, un poids au fond du ventre, j'aspirais son souffle comme s'il avait pu me redonner vie.
Sa silhouette ne dessinait plus qu'une ombre entre les nuées. Assisse dans le bus m'entraînant ailleurs, observant le crachin du ciel, mes larmes se mêlaient aux stigmates de la pluie, coulant lentement sur les carreaux.
Ses mains m'enserraient alors, m'obligeant à le contempler, fixement, la gorge nouée, difficilement, ses lèvres insatiables formulant dans un souffle, telle que j'étais, qu'il me désirait. Et qu'il m'aimait.
Publié par LaRousse à 00:13:59 dans | Commentaires (0) | Permaliens
Les corps s'entrechoquant au milieu de la foule extatique, le sourire barrant mon visage, les guitares saturant la salle, eux hurlant, seule, au centre, j'admire le mouvement des cheveux s'accrochant et je souris, le ventre
En feu. Ici.
Et c'est dans ses bras acceptant les gestes confus brouillant mon visage, entre les draps défaits, ses yeux plongés dans les miens, évitant le contact visuel au profit de celui des corps, fenêtres embrumées, cendrier débordant, son odeur à présent familière. Les doigts s'emmêlaient sans effort tandis que j'affrontais l'intérieur, hurlant dans un cri
Son nom.
Les larmes coulaient alors qu'il était en moi, caressant malhabilement son cou, enfonçant mes ongles dans ses mains.Sachant, à cet instant précis, que j'avais toujours voulu être là.
Publié par LaRousse à 00:45:16 dans | Commentaires (0) | Permaliens
Le soleil explosant sur ma peau, ne savoir où se situer, entre deux ravins. Rester. Ailleurs. M'imaginer déjà dans ces couloirs froids, remplis de regards désabusés, comme le mien, pareille à eux tous. Tout lâcher, reconstruire. Ne pas arriver à prononcer ces deux mots, au bord des lèvres saignantes, explosion corporelle, anémie spirituelle, la bouche s'entrouvre, les sons ne s'échappent pas, cris étouffés, sa peau, son visage qu'il me force à regarder, emprisonnant mes bras, m'arrachant à moi-même, j'hurle en silence, contre lui. Contre moi. M'accrocher, comme je l'ai fait avec les autres, sachant qu'aujourd'hui tout est différent. Nous. Pouvons. Me dérober sous ses regards, débordement intérieur, enfouir le tout, vouloir tout éclater. Ensuite. Dehors. Sentir que je ne contrôle rien, située en bas, il me regarde, me dirige, lui seul sait. Et j'accepte. Tributaire de ses actes, de ses yeux qui me dévorent. Je suis la seule. A pouvoir.
Publié par LaRousse à 16:55:26 dans | Commentaires (0) | Permaliens
L'odeur de cigarette embaume la pièce jusqu'à écoeurement. Les feuilles volantes étalées sur le bureau, chimère de l'étudiante brillante que j'ai été et que je ne suis manifestement plus. Tout remettre en cause, repousser constamment l'échéance, la peur de l'après inscrite au fer rouge au creux du ventre. Le doute tiraillant, laisser les larmes couler, idiote. S'engouffrer entre les mots absurdes de sens, attendre un Salut invraisemblable et inexistant, la sensation d'être dépareillée face à tous ces autres, ne sachant pas plus, mais possédant la force de se mouvoir à l'intérieur de l'incertitude, sereins. Je ne peux feindre l'apaisement, m'attacher à des désirs vains, aux mythes de l'étudiant accompli, réjoui de cette situation sordide qui nous place en permanence dans la supposition et la perplexité de ce qu'il adviendra cinq années plus tard, davantage peut-être. Je gerbe tout ça, ma façon de ne jamais pouvoir être impassible, flegmatique devant l'inconnu. J'ai toujours su qu'il adviendrait un moment, crucial, où je devrais faire un choix, quelconque. Une étape où, comme une illumination tordante, je saurais, enfin. Force est de constater que cela fait des années que je suspends ce tournant, espérant stérilement que quelque chose s'élève. Rien. Je suis devant le mur, eux à mes trousses, et je dois escalader sans prises, sans savoir, exactement, si derrière se situe l'accalmie tant espérée, la compétence à enfin arracher ce flottement diffus et insupportable. Alors j'apprends, faiblement, tirant sur la clope qui fait sangloter. Cercle vicieux. Fallacieux.
Publié par LaRousse à 10:12:57 dans | Commentaires (0) | Permaliens
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