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I.
Là , ces feuillets épars où s'agrippent , écrits tant de coeurs,
Mièvreries . Histoires enfantines .
Ces brouillons d'écoliers où vous transcrivez lettres et phrases ,
Dictées consciencieuses .
Fuir, à jamais s'éloigner de soi; pour se retrouver à l'autre bout de l'île.
Car île nous sommes tout grands que nous fûmes .
Peut-être sur les vacillements de nos amours ;
nos haines , parions - nous ?
Quels sanglotements avez - vous gémis , en hantant tous ces êtres ,
épilés de la toison de leurs courages.
Mordillements amicaux
vagues acérées sur nos pieds mâchés ;
Flagellement de nos voix qui se dardent ,
et vous irritent :
Qu'est-ce ceci sinon une éternelle oscillation entre ces pôles ?
Notre coeur parfois vire , perpétuelle balance ,
et s'écartèle tantôt dans l'extase,
souvent dans la rage .
Rêver désirer être à l'écoute
se déchirer se haïr se renfermer
Souvent ils passent,
tout indifférents , au sort de l ' Autre ,
se préoccupant de leurs apparences
Suffisantes ;
et du désir qu'ils créent, charnel, chez les autres .
Le désir et l'attente de celui-ci :
nous sommes comme l'arc bandé dans ce perpétuel besoin .
Parfois la corde cède, et l'on disparaît volontairement;
mais souvent elle mollit et reste ,
flasque accrochée au bois
où l'on voit se former les pourritures de l'amertume .
Ici vous désirez ( eh bien oui! ) aller au-devant de ces pages,
et rire comme vous ne l'avez jamais fait.
Ecrire comme nager .
Vomir tout ce que vous aviez retenu , pendant toutes ces années
et
pouvoir s'endormir soulagé de tout ce poids
qui vous empêche et d'avancer et de reculer,
en vous-mêmes .
Vous voici une prison où le plus isolé des hommes est libre .
Frappant la tête au mur,
ne voyant que d'infroissables miroirs vous reflétants .
Réfractants
les sombres luminosités de votre âme
et vous décrivant monstre de bêtise,
de trahisons,
et de vols .
Avoir toujours menti,
sans cesse louvoyé,
avoir été un Iago pour ses propres amis ;
ne voir dans ses reflets que
l'image d'un être sans scrupules
ni tourments,
devenait à la fin
trop insupportable
et voilà pourquoi
vous avez décidé de salir de votre âme
ces pages, les noircir
pour qu'au moins ce que vous aimiez
le plus,
l'écriture et la lecture se
rejoignent enfin .
Vous lirez également,
avec peu de discernement ,
ce que les Autres vous proposeront en pâture,
ces Ames devant vous glissantes et précipitées ;
Vous : Témoin fidèle et intéressé .
Dans les gares, perpétuelle agitation ,
invariables courses des retardataires pour attraper leurs trains.
Mélancolie et hâte de leurs pas .
Ils se pressent, mais pour quoi ?
Se retrouver seul devant leur téléviseur - interlocuteur favori ;
parler à leurs chatchiencanaris qui leur adressent
d'éloquents remerciements et prières .
Solitude de ces coureurs devançant les fatals achèvements :
celui du jour et le leur .
Quelle joie d'écrire et
de toucher ces pages quadrillées à remplir;
grands cahiers à inonder de l'insipidité et de la Beauté du monde .
Publié par arthurverdi à 13:58:54 dans juventalia | Commentaires (0) | Permaliens