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"Et pourtant, je me suis levée tôt"...peut-être trop tôt ? Merci Elsa Fayner ! | 19 février 2008

 Mon coup de cœur est pour un livre, celui d'Elsa Fayner, « Et pourtant, je me suis levée tôt ».

Et oui, c'est sûr, certains ne font rien : ils dorment jusqu'à midi et attendent les allocs. Pourquoi travailler alors que l'on gagne plus au chômage ? Cependant, combien galèrent alors qu'ils se lèvent tôt et, par respect pour eux choisissent de travailler pour gagner.... pas grand chose ....
Le monde du travail est sans pitié comme la vie sur Terre, parce que dans cet univers là, t'es rien !

Pourquoi avoir choisi d'écrire ce livre ?

L'idée m'est venue début 2007, il y a un an exactement. La campagne débutait, j'entendais un consensus se faire pour “réahabiliter le travail”, et critiquer « l'assistanat ».
Pour le candidat de l'UMP, il s'agissait plus précisément de réhabiliter “le mérite, l'effort, le goût du risque “, le système social actuel et ses acquis sociaux étant jugé décourageant, dissuasif, responsable de blocages.
J'ai eu envie d'aller voir de plus près cette organisation sociale présentée comme « décourageante », en m'intéressant plus particulièrement aux salariés à bas salaires.
Où travaillent-ils, comment, dans quelles conditions, avec quel parcours et quelles possibilités d'évolution. Pour voir si vraiment certains en profitent, et si c'est effectivement le “goût du risque” qui fait défaut à ceux qui ne décollent pas du Smic.

Vous vous êtes glissée dans la peau d'une « smicarde »...pourquoi ?

L'idée n'était pas de me “mettre dans la peau” d'une travailleuse précaire, mais de pénétrer le monde de l'entreprise pour obtenir un poste d'observation privilégié, en caméra cachée en quelque sorte. J'aurais pu demander des autorisations, mais je craignais de ne pas les obtenir et, surtout, de ne pouvoir voir que ce que les entreprises voudraient bien me montrer.
J'ai donc cherché un emploi au Smic, pour pouvoir commencer l'enquête.

Vous avez évoqué des personnes ayant des études (Bac+4 et plus...) qui postulent pour des postes de caissières : comment l'expliquez-vous ?
Et, pensez-vous que les diplômes ne « protègent » plus du chômage ?
J'ai en effet d'abord déposé des candidatures spontanées dans les boutiques, les restaurants du centre de Lille, puis des galeries commerciales de la périphérie. En vain. La période était creuse, après Noël et les soldes. Pour un poste de caissière, en grande surface, on m'a par exemple prévenue que près de 150 CV étaient déposés tous les jours, et que la moyenne des qualifications des employés était de bac+3 ou 4. Je me suis alors penchée sur les petites annonces, dans la presse gratuite, et à l'ANPE. Là, bien souvent, il fallait déjà posséder de l'expérience dans le domaine –entretien, restauration, vente, etc- et avoir une formation spécifique (CAP force de vente, BEP technique, école hôtelière, etc). Même pour des contrats de quelques heures par semaine, des postes éloignés, nécessitant un véhicule, et en contrat court.
Les personnes que j'ai croisées n'avaient pour certaines par le bac. D'autres disposaient d'un bac+2 ou 3, et finissaient par s'en sortir mieux, après quelques années de galère. Comme si le diplôme était devenu un condition nécessaire, mais pas suffisante, à une certaine réussite professionnelle.

Quelle est l'expérience de travail qui vous a le plus marqué ? L'entretien que vous avez le plus apprécié ?

J'ai revisité mon CV, en enlevant l'expérience de journaliste, et en laissant ma licence de philosophie. J'ai également allongé et rapproché dans le temps mes expériences passées de vendeuse, serveuse, et télévendeuse. Mais, bien souvent, elles n'ont été d'aucune utilité. Quand j'ai entamé la tournée des agences d'intérim, on m'a rapidement orientée vers la télévente, parce que le secteur manquait de main d'oeuvre d'après les recruteurs, mais mon expérience était trop courte pour peser. J'ai donc été considérée comme débutante, ce qui m'a permis de recevoir une courte formation, avec dix intérimaires.
Cela dit, cette formation a rapidement ressemblé à un lavage de cerveau, il a fallu réapprendre à parler, en bannissant certaines tournures, pour en privilégier d'autres, censées pousser le “prospect” à l'achat. Dans l'entreprise de télévente, un sous-traitant, la fatigue s'est donc avérée avant tout psychologique, les cadences infernales et la surveillance permanente. Certaines employées disaient même préférer “la fatigue physique”, qui leur laissait au moins un espace pour penser, une évasion possible. Mais, à l'hôtel, comme employée d'étage, j'ai rencontré des employés qui travaillaient près de 10h par jour, toujours debout, courbés, poussant des chariots, portant des charges lourdes, piétinant, trottinant, courant, et finissant par travailler en mode automatique, sur des horaires atypiques (soir, samedi, dimanche, voire de nuit), ce qui leur laissait souvent peu de temps pour la vie sociale.

Comment voyez-vous le monde du travail aujourd'hui ? Et d'après vous, quelle serait son évolution : se tourne-t-on vers plus de précarité ?

Je pensais travailler et rencontrer des personnes travaillant au Smic mensuel, soit un peu plus de 1200 euros brut début 2007. En réalité, la plupart des travailleurs rencontrés comptent en heures, en Smic horaire, car ils sont en contrats courts (intérim, CDD, alternance), ou à temps partiel. Le Smic mensuel, à temps plein, en CDI, reste l'objectif à atteindre.
Les personnes croisées qui y sont parvenues, comme à l'hôtel par exemple, acceptent alors tout, pour le conserver. Des conditions de travail pénibles (porter des charges lourdes, rester debout longtemps, se courber, répéter les mêmes gestes, le tout à des cadences rapides, etc.), des entorses au droit du travail (heures supplémentaires non rémunérées, interdictions arbitraires, etc.), des emplois du temps atypiques, modifiés régulièrement et souvent individualisés: désormais, chacun a ses horaires propres, ses pauses seul, ses risques, ses objectifs, et, donc, sa responsabilité engagée en cas d'échec, quand les moyens de les atteindre ne sont pas fournis.
Il est plus difficile de prendre du recul, chacun pense être le seul responsable de la situation; il est devenu plus difficile de comparer, et de se sentir partager des contraintes communes. D'autant plus que plus personne ne semble avoir donné l'ordre premier. C'est le client qui est invoqué pour le justifier. Le salarié, lui, reste au Smic. Parmi les personnes croisées, certains souhaitent en effet se reconvertir, ou acquérir plus de qualifications dans leur domaine, mais elles ne trouvent pas de formations adéquates, et surtout se demandent comment se former tout en conservant des revenus.
J'en conclus qu'il est difficile de proposer, ou plutôt de demander, à certains travailleurs précaires de travailler plus. Les personnes que j'ai rencontrées qui travaillaient à temps plein, ont souvent des emplois du temps bien chargés, auxquels s'ajoutent des heures supplémentaires parfois non rémunérées, de longs trajets, voire des pauses interminables en pleine journée (dans le télémarketing, par exemple, nous devions attendre 2h30 en pleine journée, loin de tout, à l'heure à laquelle les “prospects” étaient censés sortir de chez eux). Matériellement, il est difficile d'en faire plus.
Les personnes rencontrées qui travaillaient à temps partiel auraient en revanche souhaité travailler davantage. Seulement, bien souvent, leur emploi du temps est éclaté, et changeant d'une semaine sur l'autre, ce qui rend difficile le cumul avec un autre temps partiel.

Par ailleurs, certains métiers existent aujourd'hui essentiellement à temps partiel, très concentrés sur quelques heures, en fonction des habitudes des clients, comme pour les agents de caisse ou pour les femmes de chambre, donc, même en multipliant les efforts, il n'est pas possible de passer à temps complet.
De même pour les intérimaires, sur certaines missions qui fonctionnent par “campagnes”, pour vendre un produit. Quand la campagne est terminée, le travailleur est remercié, quel que soit l'effort fourni. Il existe donc des obstacles qui ne relèvent pas du type de contrat, mais peut-être plus de la formation, et des pratiques de certains secteurs.

Y-a-t-il une différence entre le monde du travail à Paris et en Province, selon vous ?

Paris étant la capitale du tourisme, des spectacles et des sièges sociaux, les emplois proposés n'y sont pas les mêmes qu'ailleurs. Mais il faudrait mener l'enquête sur place pour saisir plus précisément les différences.

Avez-vous une prochaine « étude » en cours ? Et laquelle ?
Je travaille à nouveau en free-lance. Je propose des sujets aux rédactions auxquelles je collabore régulièrement. Ce sont des sujets en lien avec le monde du travail.

Un grand merci à Elsa Fayner d'avoir répondu à mes questions. Et à tous ceux qui galèrent dans ce monde là....ne lâchez pas ! Ne craquez pas ! Continuez à avancer et jamais laisser tomber. Ne cédez pas à la facilité. N'optez pas pour être assisté. Car un jour, forcément...vous trouverez. Nourrissez-vous de la volonté.


Publié par Blog Beauté à 08:47:42 dans Mon coeur fait boum ! | Commentaires (0) |

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