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MON VINYLE PESE UNE TONNE | 01 novembre 2006



MON VINYLE PESE UNE TONNE.


Au commencement était le 78 tours. Grosse plaque ronde d'acétate sur laquelle Columbia Records (dépositaire du brevet) gravait les premiers tubes de Louis Armstrong et Bessie Smith. Ensuite vinrent le 33 tours et le 7 pouces (45 tours) qui furent l'unique support de musique enregistrée. On prédit la mort de ces objets au milieu des années 80 avec l'émergence de cette rondelle de plastic sans âme qu'est le Compact Disc. Et pourtant ...

Le support vinyle n'est pas mort.

« En 1985, déjà, on m'avait dit que le vinyle serait mort endéans les 5 prochaines années. Trente ans plus tard, je suis encore là » sourit Jean-Pierre, patron du magasin « Le Juke Box Shop », le plus ancien disquaire d'occasion de Bruxelles qui possède un stock de près de quatre cents milles pièces. Il poursuit : « Après tant d'années dans le business, on acquiert une certaine culture générale, ce qui permet d'être apte à répondre à tout type de demande. Le vinyle, c'est tout un pan de culture qui n'a pas été réédité en cd. N'ont été re-pressés que les disques les plus rentables ». Joël Parmentier (United Musik) ajoute : « avec le vinyle, il y a une envie de ne pas céder à ces nouveaux supports imposés par la société de consommation. » dont Alexandre (25 ans), croisé au magasin Lost In Music, dit qu'ils sont « une régression technologique plutôt qu'un progrès au vu de la piètre qualité sonore du mp3 par exemple. Le format de compression de celui-ci abîmant la qualité sonore au lieu de la mettre en valeur ». Nombreux sont les amateurs de musique qui, en effet, se plaignent de la médiocre qualité du mp3 (format de téléchargement). Néanmoins, pour Simon Le Saint (disc jockey réputé qui joue de plus en plus avec des mp3) « les gens, en club, se fichent de la qualité sonore. La vérité, c'est qu'après deux verres, ils n ‘entendent plus la différence entre un mp3 et un vinyle. ». Ce format serait-il exclusivement réservé à des mélomanes et à des dj's ? Olivier Van Ingen, vendeur chez Arlequin, acquiesce « il y a une certaine catégorie de gens qui recherchent du vinyle. Non en termes d'âge ou de pouvoir d'achat mais plutôt en termes de recherche de qualité sonore, de beauté de l'objet. »

Le marché de l'occasion.

Pourtant, malgré la perte de son monopole en termes de support, les sorties en format vinyle sont nombreuses. Certes marché de niche, il fait les délices de ceux qui, à l'image d'Alexandre, recherchent autre chose que le tout-venant, l'évident; ceux qui prennent plaisir à fouiner, à découvrir d'anciens et de nouveaux artistes. Les collectionneurs ont longtemps eu la haute main sur ce marché du disque d'occasion. Les prix, parfois exorbitants, de certains disques (pressés en peu d'exemplaires et peu ou pas distribués) ont crée une sensation d'exclusive pour certains acheteurs qui, à présent, vendent leurs pièces sur Internet. Pour Peter Dekeyser, de Lost In Music Records, « Internet fait que les gens qui cherchent des disques sont mieux informés qu'auparavant quant aux prix, aux sorties. Ça rend la discussion plus intéressante qu'alors, mais d'un autre côté, ça complique notre business.» J. Parmentier a un avis différent : « Internet facilite notre métier car ce phénomène fait baisser les prix. En mettant à portée de tous, ce que, il y a quelques années, seule une poignée d'avertis pouvait espérer acquérir, ça ouvre le marché à des amateurs qui souhaitent l'objet, non pour son contenant mais plus pour son contenu. En gros, ça démocratise un marché qui était relativement élitiste.»

Le marché de la réédition.

À côté du disque d'occasion, il existe pléthore de labels (principalement anglais et américains) spécialisés dans la réédition et la compilation de raretés qui tirent leur épingle du jeu dans un marché réputé très concurrentiel. En mettant à portée du public, à des prix démocratiques, des œuvres rares, donc chères et très difficiles à trouver, ils font œuvre d'éducation du public. Soignant la forme (pochette, notes explicatives, interviews des acteurs de ces oeuvres) comme le fond (renforcement du son originel, pressages de grande qualité), ils apparaissent comme des gourmets face à une compagnie de nourriture rapide. Les majors leur ont récemment emboîté le pas en rééditant, en vinyle, le meilleur de leurs sorties de l'époque. Et elles prennent même le pli de sortir dans ce format leurs artistes actuels. En des proportions minimes par rapport au cd mais en tenant compte de ce marché d'amateurs.

L'avenir du support vinylique.

On avait prédit sa mort voici 20 ans, il est encore là. On annonce son agonie aujourd'hui. Qu ‘en sera-t-il demain ? Pour J. Parmentier, « il existe un regain d'intérêt pour ce support car il y aura toujours des œuvres qui n'ont pas été rééditées en cd qui entreront dans le domaine public. Il y aura toujours des gens pour rechercher des disques de seconde main ou des rééditions d'œuvres rares. De même, il y aura toujours des collectionneurs maniaques à la recherche de la pièce rare et disposés à y mettre le prix. Fût-il exorbitant. »


Publié par kwak à 17:38:00 dans REPORTAGES | Commentaires (0) |