Paru dans le journal Le Matin du 23 mars 2005
Notre vote, la motivation que nous y mettrons, la sagesse de celui-ci, induiront les résultats que nous obtiendrons à l'avenir, conduiront (ou non) à ce changement que nous appelons tous de nos vœux. "Il faut se donner les moyens de ses ambitions" disait un parent de son vivant ; ces élections, au vu de l'urgence, seront déterminantes à plus d'un titre. Nos besoins sont immenses, nos attentes le sont tout autant. Votons pour le candidat qui présente le programme le moins démagogique, qui aura l'attitude la plus respectueuse à l'égard de ses adversaires comme à l'égard de l'Etat. Il serait au fait de toutes les composantes de la société haïtienne, pédagogue, compétent et méthodique, éloquent, doué d'une forte personnalité, démocrate, à l'écoute. Par opposition aux dirigeants autoritaires et népotiques que nous avons connus, à ces années d'absence de gouvernance, nous souhaitons un débat d'idées démocratique et la fin des querelles politiciennes. Nos réalités nous imposent de choisir une assemblée suffisamment unie pour qu'elle puisse agir en relatif accord avec les autres forces vives de la Nation.
Mon choix me portera vers celui qui mènera campagne pour le rétablissement de l'autorité de l'Etat via le renforcement de ses trois piliers constitutifs que sont le pouvoir législatif (Parlement et Sénat), le pouvoir exécutif (le gouvernement) et le pouvoir judiciaire (la police). Ce candidat nous parlerait d'abord et avant tout d'amender la Constitution pour pouvoir gouverner s'il sait que son programme va à l'encontre de celle en vigueur actuellement (respectant de fait l'état et de ses structures constitutives). Il mènerait campagne pour le respect de l'état de droit, la fin de l'impunité accordée par impuissance et- ou par choix aux auteurs de crimes commis (quelle que soit leur nature, politiques ou de droit commun) et se battrait pour la création d'une nouvelle armée nationale, qui soit au service de la population, incluant en son sein toutes les composantes de celle-ci, représentative donc. Il plaiderait l'urgence auprès des institutions internationales pour le versement d'une aide substantielle destinée à une rénovation des infrastructures publiques existantes, la formation d'une police et d'une justice proches et à l'écoute de ses citoyens, une réforme de l'enseignement afin que celui-ci donne à nos jeunes un réel accès à la formation, à la connaissance, à l'esprit critique. Il encouragerait les investisseurs étrangers à s'installer chez nous grâce à des incitants financiers judicieux sans pour autant livrer les travailleurs haïtiens au dumping social. Il prônerait la dépolitisation des institutions para-étatiques de service public comme la CAMEP, la TELECO, ou encore l'EDH et le placement a leur tête de fonctionnaires apolitiques et compétents dans les matières qu'elles traitent afin de garantir à la population le renforcement de leurs capacités et un meilleur accès à leurs services.
Il aurait enfin l'humilité, l'intégrité, l'audace de nous expliquer pourquoi il faut accorder à nos gouvernants élus un temps de législature suffisamment long permettant de mener des dossiers de bout en bout, avec méthode ; à charge pour la population d'évaluer en toute objectivité, au terme d'élections démocratiques, la qualité du travail accompli et de changer l'équipe au pouvoir si elle en ressent le besoin, respectant ainsi l'institution parlementaire.
Philippe COICOU