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ACTE | 12 août 2005


vendredi 12 février.
Il faut le savoir...le manque de bière conjugué à la violence intrinsèque de cette ville vous fait commettre certaines imprudences. La rue vous conseille de rester chez vous. Les voyous l'occupent, elle le sait, elle se préoccupe de votre sécurité, elle vous déconseille toute activité, comme si le monde en rue faisait fuir la sécurité plutôt que de la faire surgir de nulle part, cette chère Dame à laquelle tous aspirent, "Cloîtrez-vous" dit-elle,"vous courrez moins de danger". A vérifier, le geste de sortir de chez soi en ce pays peut vous coûter la vie sans même que vous ne vous en rendiez compte. Le matériel roulant étant ce qu'il est, et l'histoire du pot catalytique restant à inventer, le pari de ne pas mourir d'un cancer des poumons bien senti ou renversé par un camion Mack est audacieux, réalisable mais audacieux. Sans compter les balles perdues, les balles pas perdues, les non-assistances à peuple en danger, les occupants qui n'occupent que les salons des beaux quartiers (mais jamais après 20h), les gens qui attendent la providence (comme si...), le trafic de drogue et ses regrettables corollaires, l'absence d'état, le néant de tout, la "glorieuse" histoire et la vanité qu'on en tire, les évasions collectives du pénitencier national, la police, bref les menus dangers de ce pays... "Cloîtrez-vous. J'en tirerai toujours quelque chose.".
Prenons Josué, père de famille modèle, ex-policier pas payé reconverti dans l'assistance parentale. Il est dans la maison de son petit ménage avec ses amis, Prestige manque au frigo. Il sort pour se réapprovisionner et se fait renverser par une voiture. Quelqu'un le ramasse, l'accompagne à un dispensaire, nous allons l'y chercher, nous sa seconde famille , paniqués, pour l'emmener dans un hôpital dit convenable. Renversé par une voiture, ici c'est la peine de mort plus facilement qu'ailleurs. "Cloîtrez-vous. J'en tirerai tours quelque chose".
La "Clinique de la santé", située Ruelle Nazon, possède une salle d'opération fonctionnelle pour évaluer l'état général de notre ami et de ses fractures diverses. De surcroît, il y possède une "assurance". Le quartier est réputé dangereux, situé en pleine zone "chimère", les rats se battent dans les carcasses des voitures incendiées, les gamins y étudient leurs leçons aux abords des lampes publiques, les fusils mitrailleurs "Galil" aboient face aux "Fals" qui grognent, un groupe de reggae répète ses accords mineurs et désaccords majeurs, les hommes vigoureux suent la trouille et la bière, on parle bas, nous y arrivons, il est 0h30, Josué souffre. L'infirmière de garde nous ouvre les portes. Nous invite à ne pas traîner en rue. "Cloîtrez-vous". Nous portons le blessé vaille que vaille à l'intérieur.



Philippe Coicou

Publié par kwak à 19:12:46 dans HAÏTI | Commentaires (0) |

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