
Alors je me souviens que j'ai eu l'immense chance de le voir danser. En vrai.
Vous le connaissez, j'en suis sûr. C'est lui qui dansait le Boléro de Ravel (chorégraphie de Maurice Béjart) à la fin du film "les uns et les autres" de Lelouch (OK; ça date un peu, mais quand même).
Bon ben moi, je l'ai vu danser en vrai le Boléro. Il y a longtemps, au palais des Congrès. ET c'est le genre de moment que tu n'oublies jamais.
Le début est de dos. Le dos de Jorge Donn, sans commentaire. Il pouvait rester comme ça de dos, un bon bout de temps, toute la salle restait scotchée. Son dos te parlait, te transmettait sa vibration. La lumière de la poursuite se centre sur sa main. Droite. On est sur le début du Boléro. Ta tatatata Ta Ta, tatatata Ta Ta...et juste la main bouge, et descend (avec le bras) en tournoyant. Et là tu rentres doucement dans la magie, tu te fais embarquer vers un ailleurs d'on ne sait où.
Et puis, la gauche. Et puis le bassin commence à onduler. Le bassin de Jorge Donn qui ondule, sans commentaire.
Et puis il se retourne. La musique anfle. Tu es dans sa bulle de chaleur, à la musique et à Jorge. Tu ne peux décrocher tes yeux de son corps de chat... qui devient tigre rugissant, il saute, il hurle sur scène. Woah..... ton coeur bat la chamade, avec le sien.
Et quand il s'écroule sur scène après le dernier saut de l'ange, tes neurones collapses avec lui.
Je l'ai vu dans d'autres ballets (Le concours, Messe pour le temps futur). Mais rien n'est aussi présent encore que son interprétation du Boléro. Un moment de vie intense, un moment de feu, un moment de folie où tu communies avec le coeur de l'univers qui palpite.
Jorge Donn est mort du sida le 30 novembre 1992. Ce jour là, j'ai pleuré en cachette.
Réagissez, que diable !