Je vous ai décrit la personnalité borderline, mais de façon plutôt technique. Maintenant, j'aimerais vous décrire ce qu'on vit lorsqu'on a ce type de personnalité. Pour vous aider à comprendre, je vais comparer le monde émotif du borderline à un spectre de couleurs.
En fait, quand vous voyez un événement en rose très pâle, le borderline, lui le voit en rouge foncé. Alors, imaginez que cette personne fasse une erreur, même bénigne : c'est la catastrophe! Un tuyau qui pète? Catastrophe! Le petit dernier qui fait de la fièvre? Mon Dieu, il va mourir! Le mari qui a ¼ h de retard? Il a eu un accident en rentrant du travail!!! Alors, imaginez un instant que notre borderline vive vraiment quelque chose de grave : un enfant gravement malade, perte d'emploi subite, son conjoint la trompe, etc. La personne se désorganise, ne mange plus, ne dort plus et tombe gravement malade... J'ai vécu cet enfer pendant des années! J'avais toujours peur. J'étais toujours inquiète! Une journée j'adorais mon chum et le lendemain...je voulais le laisser! Puis le bal recommençait de plus belle le lendemain! Difficile pour moi et pour mon entourage... En fait, quand on a pour objectif de faire de son enfant un être sain d'esprit et qu'on est borderline...vaut mieux le faire élever par quelqu'un d'autre jusqu'à ce qu'on ait soi-même retrouvé tout son équilibre émotif!
Aujourd'hui, il m'arrive encore souvent d'avoir des appréhensions, mais j'arrive à les remettre en question et ainsi à les atténuer et, parfois même, à les faire disparaître. Mon humeur est pratiquement toujours égale, sauf...quand je suis très fatiguée, malade ou très stressée. Là, ma vulnérabilité ressort. La légère hyperémotivité dont je dois encore m'accommoder me gruge cependant un peu d'énergie. Je ne peux donc pour l'instant travailler à plein temps. Mais on m'avait dit que je ne travaillerais jamais!!! Je fais présentement 28h/à mon stage...
Mais on ne naît pas borderline! Et surtout, on n'est pas fou! J'ai diagnostiqué ma dépression moi-même ( au grand étonnement de mon médecin!). Alors, je ne dois pas être si folle que ça... En fait, j'ai remarqué 2 constantes dans le vécu de plusieurs bordelines : ils avaient grandi dans un foyer désorganisé. Le manque de constance, de logique et de stabilité offert est souvent significatif: quand on reçoit un vélo neuf donné avec le sourire...alors qu'on s'est fait traiter de tous les noms parce qu'on en a demandé un usagé, la semaine précédente, qu'on offrait de partager avec sa sœur, il y a de quoi devenir légèrement perturbé! Surtout quand aucune explication n'accompagne ce brusque revirement de situation et d'attitude et que ça se répète pendant toute notre enfance...
Bien sûr, les personnes sensibles et émotives présentent plus de risques de développer une personnalité borderline. Mais le milieu compte pour beaucoup.
J'ai mis ce joli poème de Benoît parce qu'il me parle beaucoup. Surtout la partie « être construit de dualités ». Mon Dieu que ça me parle fort! Je sens très clairement en moi deux forces antagonistes qui se disputent le commandement de ma personne. Avec le temps, j'ai appris à donner un temps de parole à chacune d'elles et à ne pas les laisser décider à ma place. Quoiqu'elles me disent, je décide en fin de compte!
Poème de Benoit :
"Borderline"
D'une naissance non désirée,
L'enfant rejet de son enfance,
Lutte féroce à se faire aimer,
Guerre à finir dans tous les sens...
Être construit de dualités,
Précarité du bien et du mal,
Du positif ou négatif de ses côtés,
Résultante d'une survie animale...
Le cœur battant à fleur de peau,
L'amour et le rejet qui dansent,
L'abandon mère de tous les maux,
Boucle infinie de la même souffrance...
Idéalisation de l'autre par le bon,
Dévalorisant celui-ci du mauvais,
L'objet d'amour tournant en rond,
Cicatrices d'une peau pansée de plaies...
Comment accoucher de cette douleur?
Comment choisir la renaissance?
Comment teinter cette vie de mille couleurs?
Voilà le beau défi de la borderline !!!
Benoit le poète