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Tiraz

"On est frappé par la place qu'occupent dans l'activité économique de l'Espagne Califienne ces industries de luxe, et la comparaison avec Byzance, pour la même époque, s'impose d'elle-même. Mais Byzance orienta à toutes les époques de son histoire son activité commerciale vers l'extérieur [...].

Il ne semble pas qu'il en fut de même en Espagne musulmane, où toutes les productions locales étaient moins destinées à l'exportation outre-mer qu'à la vente dans le pays même. Il ne semble pas non plus que le gouvernement de Cordoue ait jamais fait la moindre tentative pour attirer dans ses ports les étrangers: le courant des échanges avec l'Orient s'établit de lui-même, ou plus probablement encore, continua suivant une tradition ancienne. Mais l'empire cordouan avait des débouchés commerciaux tout naturels par terre vers le Nord. Tout le Nord-Ouest de la péninsule et le Languedoc furent sans doute ses tributaires pour beaucoup de ses produits [...]

C'était surtout les tissus de soie dans la fabrication desquels l'Espagne musulmane était passée maîtresse: ce fut l'une des principales sources de richesse de plusieurs grandes villes, et de Cordoue d'abord, qui ne fut supplantée dans cette industrie par Alméria qu'au moment de sa décadence.

Les quelques échantillons qu'on a pu conserver de la production des tiraz de la capitale montrent quelle richesse dans la matière et la décoration les tisserands des manufactures officielles étaient parvenus à donner aux somptueux brocards et aux lourdes tentures sur lesquels se détachaient en lettres de fils d'or le nom du souverain régnant. De même, si l'on en croit les géographes arabes, les tapisseries et les vêtements d'apparat qui provenaient des ateliers de Baza, dans la province de Grenade, étaient d'un luxe incomparable. Ils étaient taillés dans une étoffe de soie épaisse et bariolée qu'on appelait al_mulabbad_al_muhattan." 

Evariste Lévi-provençal, in "L'Espagne musulmane au Xe siècle", Réédition Maisonneuve & Larose, ISBN 2-7068-1639-2, p 183.  

De manière bien plus individuelle et modeste j'ai rêvé moi aussi ces étoffes bruissantes. Quelles ressources restent ? seule subsiste la matière dont sont fait les rêves.

Très jeune, mes mains ont eu le contact des kilims pour premières sensations: c'était là mon parc. Les premiers dessins que mes yeux ont découvert sont des dromadaires stylisés qui rythment la plupart des tapis tunisiens.

Ces motifs, ces matières, mes proto-souvenirs ont nourri une rêverie andalouse. Voici, en ligne directe, l'héritage et patrimoine génétique de ces tableautins.

Jean Destrade - printemps 2005