40 ans
Bipède anthropomorphe doté d'un lobe frontal plus développé
que chez les autres grands singes, ainsi que de pouces opposables.
Pas toujours en phase avec lui-même.
Grenoblois d'adoption et haut-savoyard de naissance et de coeur.
Doctorant en relations internationales.
Lecteur, joueur de rôles et de wargames.
Apprentis theâtreux.
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L'optimisme scientiste du XIXème siècle a mené bien des savants et des penseurs de ce siècle et du suivant à rêver d'une humanité en bonne santé, débarrassée de ses tares et de ses déviances, unie dans les bienfaits de la civilisation occidentale triomphante et libératrice auprès des populations colonisées. Certains et non des moindres (Pearson, Galton, Shaw, Huxley, Richet, Papillaud, Trotsky, Coppens entre autres) en sont venus à rêver d'une humanité régénérée, élevée au sens agricole du terme en vue d'une perfection morale et physique.
L'idée donne des frissons, et la plupart d'entre nous se sentent soulagés d'avoir laissé cette idéologie de la science dont la finalité serait l'homme parfait dans les limbes de notre réflexion philosophique.
Ca reste à voir...
Qu'est-ce que l'idée de base du Marxisme et néo-marxisme Laguillesque ? Des individus égaux plébiscitant le socialisme comme forme ultime d'organisation sociale, toute divergence étant anti révolutionnaire. Donc, un eugénisme.
Qu'est-ce que l'idée d'un Fukuyama, invoquant ce monde parfait mu par les seuls mécanismes unificateurs du marché, faisant des habitants de la planète toute entière des consommateurs anglo-saxons pacifistes (c'est presque un oxymore) formant une communauté universelle grâce aux vertus de l'Internet ? Sinon un eugénisme...
Qu'est-ce que le mythe de la pureté des uns, destinés de ce fait à dominer le monde dans l'adoration de la seule vraie foi, qu'elle soit chrétienne, musulmane, juive, ou autre ? Sinon un eugénisme...
Qu'est-ce que le discours de certains sur les origines pathologiques de certains comportements sinon de l'eugénisme ?
Qu'est-ce que cette volonté de faire de tous, si nous acceptons de sacrifier au dieu de la consommation des produits adéquats, de sempiternels jeunes, sportifs, dynamiques, adeptes des mêmes modes et des mêmes produits dérivés, dotés en définitive des mêmes formes, sinon une forme d'eugénisme ?
Qu'est-ce que ce vice qui nous pousse à définir certains parcours comme des réussites et tous les autres comme des échecs. De l'eugénisme.
L'égalitarisme supposé de nos sociétés se résume bien souvent à la jalousie des seconds envers les premiers, accompagné du dégoût des troisièmes. Chacun souhaite à son voisin d'être autant, sinon plus minable, que lui. Chacun veut ressembler, mais que personne ne lui ressemble, ne l'égale, ne le dépasse surtout.
Facile dès lors de jouer sur les frustrations, la peur des déviances, des altérités. Facile de nettoyer, à la javel, au zyklon B, à l'eau pressurisée, à la voiture piégée, à la bombe atomique, en masquant par un mur les déchets que sont à nos yeux les autres, en décrétant le grand soir, ou toute autre méthode résolument "efficace et radicale".
Soyez vous-mêmes, riches de vos différences et prêts à les partager, à les faire vivre, à vous émerveiller de leur complémentarité complice avec toutes les autres différences. Faites de votre vie une œuvre et pas une compétition, sauf si la compétition est votre nature, sans mépris et sans amertume.
Ne cherchez pas à vous réfugier auprès de ceux qui vous ressemblent, à vous faire dicter la bonne manière d'être, de penser ou de faire. Donnez-vous au monde, au lieu de vous garder pour vous-même et votre ego.
Refusez la logique de la frustration, de la peur, de l'orgueil qui ne réussit, finalement, qu'à perpétuer un système social et économique vide de sens. Refusez les sauveurs, les docteurs, les conducators.
En un mot, vivez. Et soyez responsables.
Sinon, vous serez toujours les bienvenus à Gathaca
Publié par Apache à 16:36:23 dans Politique | Commentaires (2) | Permaliens
Les élections, c'est dans deux jours et quelque chose me chagrine d'avance, à entendre les commentaires de l'homme de la rue, plus ou moins conscient des enjeux et des conséquences.
Personnellement, lors du référendum sur la constitution européenne, j'ai voté non, en partie parce que je ne supportais pas le discours faisant des crétins arriérés de ceux qui refuseraient cette avancée vers un avenir brillant qui nous était tout à la fois promis et présenté comme inéluctable.
Dans un peu plus de 15 jours, un nouveau président ou une nouvelle présidente sera élu(e). Ce ne sera peut-être pas celui ou celle de mon choix.
Ce ne sera même certainement pas celui ou celle préféré(e) par une majorité de Français (au mieux il ou elle représentera la population correspondant à son score du premier tour). Mais même si ce (cette) président(e) incarne un risque de sombrer pour notre nation, même si certains s'inquiètent tantôt d'un risque de perte de démocratie, tantôt d'un refus dangereux de changer les choses, il ou elle aura la même légitimité que ses prédécesseurs.
Alors même si ceux qui se sentiront lésés auront le droit de rester vigilants, je n'aimerais pas voir exploser une violence au nom de la soi-disant défense de la démocratie ou des droits.
Même si le choix est celui dont on pense qu'il puisse être un des pires, il ne faudra pas faire de délit de faciès, ni de procès d'intention. Le président ou la présidente qui sortira des urnes le sera de par le choix et la responsabilité d'une majorité de votants au deuxième tour.
Contester d'emblée ce choix serait les traiter de crétins eux aussi, serait considérer que "ces c... n'ont rien compris".
Alors parce que je me souviens ne pas avoir apprécié d'être traité de c... auparavant, je respecterai ce choix s'il ne me plaît pas, pour ne pas avoir à me dire que je n'accorde pas aux autres la liberté d'opinion que j'ai revendiquée précédemment.
Bien sûr je resterai vigilant.
Bien sûr je ne laisserai pas faire n'importe quoi, le cas échéant, dans la mesure de mes moyens.
Mais je sais aussi que si je manifeste ma colère et mon opposition le lendemain de l'élection, sur les présupposés que je peux avoir sur l'élu(e), je ne serai qu'un râleur n'acceptant pas le jeu démocratique, et je n'aurai dès lors plus aucune légitimité à m'insurger le jour où il le faudra vraiment.
J'espère que, si ceux qui ont dit non à la constitution européenne sont déçus ou inquiets à l'issue du second tour, ils auront le sang froid nécessaire pour ne pas s'insurger trop tôt. PS: ce texte est consécutif à un certain nombre de discours entendus ces jours-ci, de la part de gens d'opinions très diverses, mais généralement contestataires.
Publié par Apache à 19:54:50 dans Politique | Commentaires (0) | Permaliens
Ce que les français veulent...
Cette phrase est encore revenue cette semaine dans les interviews d'hommes politiques.
La scène : un homme ou une femme politique devant un ou plusieurs micros tenus par des journalistes. De la communication, donc. Avec tout ses attributs: on est propre sur soi, le sourire de la connivence aux lèvres, le contexte républicain (le perron de l'Elysée en arrière plan) ou "France profonde" (le salon de l'agriculture, la seule ferme au monde ou on peut marcher avec des chaussures en croco, à peu près aussi réaliste comme milieu rural que la ferme des célébrités) ou encore "révélation vague de fond qui va tout emporter" (la grande messe / kermesse du parti avec les figurants qui applaudissent).
La phrase aurait à la limite une légitimité s'il s'agissait d'un sociologue expliquant aux journalistes les conclusions qu'il tire d'une enquête approfondie sur le terrain.
Mais non, c'est la phrase d'un type qui explique aux français ce qu'ils veulent. C'est-à-dire que ce qu'il veulent, ce sont ses idées, celles que l'homme ou le femme politique ou son mouvement ont déjà élaborées de manière préconçue, dans leur coin, en écoutant leurs militants (et encore ce serait déjà bien), c'est-à-dire des gens d'ores et déjà d'accord philosophiquement avec eux. C'est pratique, il n'y a pas besoin de leur poser la question.
Avec des phrases comme ça, répétées des centaines de fois par an, pas étonnant que des idées comme « les Français veulent une société paternaliste » et « sont des assistés dans l'âme » soient si solidement ancrées.
Répétez un slogan assez longtemps et l'on croira à un phénomène sociologique, quand bien même il ne s'agit que d'un fait médiatique.
Je ne sais pas ce que les Français veulent. Je ne sais même pas si les Français existent sous la forme que les statistiques nous présentent.
Mais ce que je veux moi, en tant que citoyen, ce ne sont pas des grands agrégats (l'équilibre du budget, l'emploi, le niveau de vie, etc.) c'est qu'on arrête de me prendre pour un demeuré, qu'on ne décide pas à ma place ce qui est prioritaire et ce qui ne l'est pas dans ma vie, qu'on ne me dise pas qu'un problème n'existe pas alors que je le vis, qu'on ne me considère pas comme un numéro de dossier, que la personne au guichet ne me traite pas comme une merde, que mes initiatives ne se heurtent pas à des démarches à n'en plus finir, que mes impôts et mes taxes servent à quelque chose (que j'approuve tant qu'à faire), que l'état assume ses fonctions au lieu de se réfugier derrière le libéralisme et les privatisations, que l'on culpabilise autant les patrons délocalisateurs que les chômeurs peu motivés, qu'on arrête de tuer tout espoir à coup de « on n'y peut rien » et de statistiques, et surtout, surtout, qu'on arrête de nous infliger ces bourgeois hautains et leurs querelles de succession (il ne manque que les flingues pour avoir un bon vieux film mafieux), qu'on arrête de faire des hommes et femmes politiques des stars médiatiques et qu'on les mette un peu au pied du mur de leurs vacuité et de leurs contradictions.
S'ils doivent parler pour nous, s'ils en savent plus que nous, qu'ils énoncent un projet, et pas des banalités apprises par cœur qu'ils ressortent du chapeau quand ils n'ont rien à dire (c'est à dire le plus souvent).
Publié par Apache à 09:31:30 dans Politique | Commentaires (0) | Permaliens
Dans un article paru aujourd’hui (5 avril) dans le Monde, signé Gaëlle Dupont et Rafaële Rivais, nous sommes informés des tractations en cours entre l’Europe et les régions des pays membres dont l’objectif est de faire admettre les cultures d’OGM là où les résistances les empêchent de se développer.
Je ne polémiquerai pas sur les qualités, défauts, risques et promesses des OGM, c’est un débat complexe pour lequel je ne suis pas, scientifiquement parlant, compétent.
Non, la raison pour laquelle cet article attire ce commentaire se trouve à la fin, dans la citation prêtée à un Monsieur Michael Mann, porte parole de la commissaire européenne chargée de l’agriculture.
Je vous redonne la fin :
« S’ils le souhaitent, certains agriculteurs peuvent s’entendre pour ne pas cultiver ces plantes, mais aucune zone sans OGM ne peut être décrétée par la loi. Nous vivons dans un marché unique, c’est ce marché qui décide. »
On sait que la commission européenne est largement néo libérale. Ce discours n’est pas une surprise. Mais il illustre bien à mon sens la mauvaise foi et l’incohérence de ce type de discours.
L’argument du marché est atterrant. Il y a deux choses que les hommes se devraient donc de subir sans broncher : la force de gravité et la loi du marché. Impossible d’y faire quoi que ce soit. C’est comme ça ma bonne dame…
Par contre la loi qui fait que les plantes et les êtres vivants adoptent leur patrimoine génétique et le modifient selon les besoins de survie de leur milieu, qui rythment les mutations, les évolutions, la vie et la mort même des espèces mêmes, cette loi, elle, est transgressable, grâce au génie humain, à son prométhéisme inhérent, qui lui fait refuser les lois d’un monde dans lequel il serait, s’il n’avait pas pris les choses en main, fragile et menacé. On croit rêver.
Prométhée a-t-il volé le feu aux dieux parce qu’il y avait une demande sur le marché ? A les écouter, on pourrait se poser la question.
Les lois naturelles ont créé des centaines d’espèces rien que dans la grande famille des céréales. Elles ont pourvu chaque partie du monde ou presque d’aliments potentiels dont les hommes peuvent bénéficier pour leur survie.
Les lois du marché ont réduit le nombre de céréales cultivées à 6 ou 8 espèces, mettant le monde en danger si une seule de ces espèces est victime d’une épidémie. Les lois du marché ont condamné des millions de paysans à cultiver des plantes d’exportation en lieu et place de leur culture de survie, les condamnant à la pauvreté et la famine dès que les cours fluctuent, à la baisse (perte de revenus) comme à la hausse (augmentation des prix des produits agricoles qu’ils doivent désormais achetés). Les lois du marché ont créé les cultures industrielles du pavot et de la coca. Les lois du marché ont provoqué plus de morts par famine ces dernières 50 années que toutes les épidémies dans la même période.
Alors messieurs de la commission, désolé, vous ne nous ferez pas croire que c’est pour notre bien, qu’il faut s’y faire. Vous ne nous ferez pas croire que Prométhée qui fait si peu de cas des lois naturelles ne peut rien contre les lois humaines. Vous ne nous ferez pas croire que les intérêts des groupes agro-alimentaires sont plus importants que les lois de la survie.
Dire que les lois du marché décident, c’est précisément renoncer à décider, c’est accepter de mourir, pour que des gens qui pensent « après moi et mes bénéfices, le déluge » puisse continuer à se comporter en prédateurs. C’est faire de la non politique, de la non économie, le tout en affirmant sa non responsabilité.
C’est un non sens.
Dans un autre article du même numéro du monde, André Fontaine se pose la question du retour du religieux, rappelant qu’André Malraux voyait le XXIème siècle comme religieux, sinon rien. Espérons que le Dieu de la création ne laissera pas sa place définitivement, dans le culte et la vénération, à celui du marché.
Publié par Apache à 13:04:14 dans Politique | Commentaires (0) | Permaliens
Le CPE cristallise depuis maintenant 8 semaines les énergies revendicatives des étudiants, lycéens et d'une bonne partie des syndicats et de la gauche.
Je ne reviendrai pas sur le traitement de cette « révolte » par la presse et les communiqués tant gouvernementaux qu'issus de l'opposition ou des syndicats. A part l'entêtement des uns et la colère des autres, je n'y ai pas trouvé de quoi comprendre la nature profonde du problème.
Si émotivement je serais plutôt tenté de donner raison aux manifestants, un certains nombre d'aspects du débat me laissent dubitatif, notamment le rôle joué par les anarchistes dans le mouvement, la lumière faite particulièrement sur les aspects les plus violents de émeutes, et la soudaine omniprésence d'une gauche qui n'a pourtant toujours pas grand-chose à proposer.
Quittant donc le bruit abrutissant du contexte médiatique, j'ai cherché à reprendre mon esprit critique et j'ai donc consulté le texte de loi, sans les commentaires.
Le moins que l'on puisse dire est que l'affaire est plus complexe qu'il n'y paraît.
Le texte en lui-même ne m'apparaît en effet pas vraiment scandaleux en soi. Mais plaçons nous sous l'angle des différents protagonistes.
Pour les employeurs :
Le principal intérêt du CPE (et du CNE qui est quasi identique) est qu'il s'agit de fait d'un CDD assoupli. Les charges sont les mêmes. L'intérêt venant qu'il n'est pas nécessaire de borner le contrat dans le temps, ce qui permet de l'ajuster aux nécessités de la mission. Il est par contre plus strict quand à son utilisation, ne permettant pas de garder indéfiniment le même salarié sous contrat temporaire.
En fait, c'est une alternative intéressante pour les entreprises par rapport aux contrats d'intérim de moyenne et longue durée. Il serait d'ailleurs intéressant de se poser la question des conséquences sur le marché du travail intérimaire.
Le CPE ne permet pas vraiment une attitude de « jonglage » dans laquelle un employeur garderait un salarié jusqu'à l'extrême limite de son CPE avant de le licencier (sans motif donc, mais pas sans préavis) pour le remplacer par un autre, sauf peut-être pour les postes non qualifiés. Les employeurs le disent d'ailleurs eux-mêmes : si une personne fait l'affaire, il n'y a pas besoin de deux ans pour le savoir, et on ne laisse pas facilement partir des compétences.
Pour les salariés :
Le CPE n'est pas un contrat au rabais en ce qui concerne les droits qu'il donne au salarié. Les abus d'emploi précaire du même salarié sont limités par le fait que les missions d'intérim, les stages et les CDD effectués par ce même salarié dans la même société sont pris en compte rétrospectivement dans le calcul de la durée d'embauche. C'est une amélioration par rapport au CDD, dont on sait que, malgré ce que stipule la législation du travail, l'usage abusif de longue durée pour un même salarié est assez fréquent, y compris (et surtout) dans les services de l'Etat. Le salarié bénéficie des mêmes droits quant au préavis, aux indemnités de précarité d'emploi, aux congés payés, à l'ouverture des droits aux ASSEDIC.
Donc jusque là, rien de scandaleux.
Seulement voilà.
Comme de coutume dans ce pays, le CPE et le CNE avec lui ne sont pas des réformes au droit du travail, mais des ajouts. C'est une constante de la volonté réformatrice française de rajouter des dispositifs sans dissoudre les précédents. Il en résulte une complexité supplémentaire, une incompréhension de la finalité du projet, un énième amendement aux droits des salariés. Si le CPE et le CNE avaient été présentés comme des réformes du CDD, se substituant entièrement à celui-ci, peut-être seraient-ils mieux passés.
L'existence même de deux dispositifs similaires destinés à des publics différents est ubuesque, et surtout maladroit. On voit bien la manœuvre : au lieu de tenter un réforme globale, le gouvernement, dans ce domaine comme dans d'autres, fait une retouche ici, une retouche là, espérant que le projet d'ensemble passera inaperçu. Or il semble bien qu'il s'agit d'une tentative maladroite d'étendre le CNE à l'ensemble de l'économie française. Et celui-ci n'a été acceptable pour les partenaires sociaux que parce qu'il cherchait à déverrouiller les potentialités d'emploi des petites entreprises (moins de 20 salariés). Le CPE est une tentative un peu trop visible de
contourner les restrictions énoncées dans le CNE. Le FMI et le Medef s'étaient d'ailleurs montrés déçus que le projet initial n'aille pas plus loin. M. de Villepin les a entendus apparemment, eux, contrairement aux manifestants.
Le CNE l'a prouvé, le piège pour les patrons est grand. La clause de non motivation laisse le champ libre aux tribunaux pour juger de ce que doit être in fine un contrat de travail en bonne et due forme. Cela coûte du temps, de l'argent, contribue à créer un sentiment d'opposition entre salariés et entreprises là où la coopération serait plus efficaces. Le flou juridique que créent le CNE et le CPE se retourne contre ceux qui vantaient les mérites de la souplesse. Les procédures de droit du travail en France sont sans doute lourdes et compliquées, mais on sait où elle commence et où elles se terminent, on connaît le mode opératoire. Le CNE et le CPE brisent la tranquille certitude quant aux conséquences d'un licenciement, et on imagine que les employeurs apprendront vite la peur de faire une gaffe en gérant ce type de contrats, pourtant peu contraignants en apparence.
Il est évident, même si les étudiants en grève ne le savent pas encore, que la précarité est la règle pour les entrants sur le marché du travail. La majorité d'entre eux commenceront leur carrière par des CDD, des stages ou des intérims. Certes. Mais c'est une chose différente d'être précarisé pour des causes de conjoncture économique, avec l'espoir d'échapper à la règle, et de l'être DANS LA LOI. Le CPE institutionnalise une situation qu'on ne peut sans doute pas éviter, mais qui reste dans le contrat social français anormale.
Le CPE est destiné aux jeunes, victimes « privilégiées » du chômage. L'intention est louable, mais ce gouvernement tient depuis quelques mois un langage sur les jeunes qui est tout sauf flatteur. Son paternalisme est son moindre défaut. Son mépris est le pire.
Après avoir traité les jeunes de banlieue de racailles, il traite la jeunesse dans son ensemble de précaire. La susceptibilité de la jeunesse en a pris un coup. Or ce gouvernement qui prétend parler au nom de la jeunesse ne l'incarne pas vraiment, vous en conviendrez. Et ce type de discours ne l'y aide pas.
Ce que la jeunesse veut sans doute (elle n'a pas toujours les idées claires), c'est un statut, un espoir, une place qui ne lui soit pas concédée comme on offre une gourmette le jour de la communion du petit dernier. Elle veut pouvoir bouger, apprendre, et tenter sa chance.
La précarité est un fait, certes, mais ce n'est pas en gérant la précarité elle-même que l'on arrivera à libérer des énergies et surtout à calmer la tension sociale.
Au lieu de faire accepter la précarité en l'institutionnalisant, tout en disant « c'est dommage », il faudrait réfléchir à la façon de réorganiser nos circuits économiques pour en tenir compte. Ce qui est dommageable dans la précarité n'est pas la menace constante de devoir changer de métier, d'orientation, c'est même plutôt une chance (j'ai moi-même changé trois fois de métier). Non, ce qui est inadmissible, c'est que la précarité soit une tare auprès des organismes financiers, des propriétaires immobiliers, bref que ce soit un handicap pour entrer dans la vie active et citoyenne à laquelle aspirent beaucoup de jeunes.
Si des réformes urgentes et nécessaires sont à faire en France pour faciliter le vie des jeunes et leur donner envie de travailler, de construire, de créer, c'est aux conditions des prêts bancaires (forçons les banques à prendre des risques), aux prix du logement (en fixant des limites ou des incitations fiscales), aux politiques des assurances, et à la fiscalité des entreprises qu'il faut s'attaquer (au lieu de créer le CNE, le gouvernement aurait sans doute mieux fait d'abord de réformer la fiscalité aberrante des commerçants et des artisans).
Tout ce passe comme si nous voulions maintenir à tout prix notre société et son mode de fonctionnement inchangés, tout en expliquant à des catégories de plus en plus larges de la population qu'elles n'y auront accès de plein droit que difficilement.
Dans ce sens, c'est le modèle social et économique français dans son ensemble qu'il faut, comme le pensent les libéraux, effectivement battre en brèche. Mais pour cela il faudrait penser la société comme déterminant l'économie, et pas l'inverse.
C'est pas gagné.
Sur ce point, ne nous leurrons pas, personne dans la classe politique tous bords confondus ne semble prêt à avoir ce discours, et surtout ce courage. La récupération des mouvements sociaux par l'opposition n'est qu'un feu de paille, ils n'ont pas non plus d'idées affirmées sur ce sujet. Seuls les anarchistes sont en quelque sorte sincères, hélas.
Quant au gouvernement, il a laissé passer sa chance. Englué dans ses convictions, s'étant auto isolé du débat démocratique en misant sur sa majorité écrasante à l'assemblée (sur ce sujet comme sur d'autre), craignant les conséquences d'un revirement sur l'équilibre des pouvoirs à l'intérieur même de la majorité, il a sans doute laissé passer sa chance. Il n'y aurait pas eu de honte, Monsieur le Premier Ministre, à prendre le temps de réfléchir, ni même à reconnaître ses erreurs. Au lieu de cela, vous êtes à la tête d'un gouvernement qui apparaît à tous comme corporatiste, lâche face au débat démocratique, arrogant, et paniqué face aux échéances électorales.
Et vous vous étonnez encore de la colère de la rue ?
Publié par Apache à 20:56:59 dans Politique | Commentaires (0) | Permaliens
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