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Gargouilles

...et anges de pierre

Moi


40 ans
Bipède anthropomorphe doté d'un lobe frontal plus développé
que chez les autres grands singes, ainsi que de pouces opposables.
Pas toujours en phase avec lui-même.
Grenoblois d'adoption et haut-savoyard de naissance et de coeur.
Doctorant en relations internationales.


Lecteur, joueur de rôles et de wargames.
Apprentis theâtreux.

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Obama, et maintenant... | 05 novembre 2008

Alors voilà, c'est fait, comme l'indiquaient tous les sondages depuis deux mois et nonobstant le fait que tout le monde a voulu se faire des films, Barack Obama est bel et bien président des Etats-Unis.

Passons rapidement sur l'irréalité de la chose. Non, Barack Obama n'est pas noir, mais métis, et de surcroît passablement WASP. Loin du personnage de Robin des Bois que certains n'hésitent pas à lui dessiner. Obama n'est pas non plus de gauche, au sens où on l'entend en Europe. Obama n'est pas le président du Monde, mais celui des USA, et des deux candidats, si c'est certainement celui qui présente le plus de chance de mettre fin à des années d'unilatéralisme américain dans le Monde, c'est aussi le plus isolationniste, le plus américano-centré.

De toute manière difficile de savoir ce que fera Barack Obama. Passés les discours de campagne à destination des électeurs américains (discours conservateurs dans les états conservateurs, progressistes dans les états progressistes, etc.), le plan d'ensemble de sa politique est pour le moment très largement une inconnue.

L'élection du sénateur de l'Illinois est une bonne chose sur de nombreux points : Barack Obama montre que l'Amérique a encore réussi à donner à l'un de ses fils l'opportunité de s'élever par son talent et sa force de caractère, ce dont il ne manque certainement pas. Son héritage familial en fait un trait d'union idéal entre communautés blanches et noires, un ciment symbolique fort de la nation, au moment où des relents de racisme (anti-asiatique il est vrai pour l'essentiel) pointent le bout de leur nez dans certaines zones de l'Amérique. Son image de marque à l'étranger augure bien de la restauration d'un réel Soft Power Américain dans les relations internationales. L'état de grâce a commencé, et Obama aura certainement une influence sur la scène internationale, en tant que force de proposition, bien supérieure à celle de son prédécesseur. Il est aussi, et surtout, un symbole de changement et d'espoir bien légitime après un second mandat de Georges Bush perçu quasi-unanimement comme désastreux.

Pourtant tout n'est pas rose, loin de là. L'élection d'un président métis mais perçu comme noir dans les medias et l'opinion publique risque de générer des attentes folles de la part des communautés, afro-américaines en particulier, avec des revendications sociales et politiques venant soudain avec force sur le devant de la scène, notamment d'un électorat noir dont on peut penser qu'il est en partie animé par le sentiment de l'éternelle revanche sur l'esclavage et la non moins éternelle attente d'une justice qui ne peut pas, se ce n'est dans la mémoire collective, lui être rendue. Comment Obama fera face à cette montée très probable de la question raciale et communautaire sur la scène politique américaine ? Comment empêchera-t-il les blancs de se sentir menacés si ces revendications atteignent une forte intensité ? Et les autres minorités ? Comment dira-t-il non, lorsque ce sera nécessaire, à ceux qui le voient comme leur messie à la fois rédempteur et justicier ?

Obama arrive à la tête d'une Amérique affaiblie, désindustrialisée, délégitimée, isolée, surendettée, paupérisée même en certains endroits. Aura-t-il les moyens du changement ? Si oui, saura-t-il le mener pour tous sans trop toucher à un modèle sociétal approuvé massivement par la nation américaine ? Saura-t-il le mener pour tous sans spolier des communautés au profit des autres ? Si non, sera-t-il surmonter l'inévitable déception que cela entraînera ? Saura-t-il montrer à ses partenaires à l'international que sa volonté de diplomatie n'est pas une faiblesse dont ils peuvent espérer profiter (je pense à l'Iran surtout, mais aussi à la Russie), sans retomber dans les travers de l'usage de la force ?

L'Amérique (et le Monde derrière elle) est passée de désillusions en désillusions depuis presque 20 ans. La fin de la Guerre Froide n'a pas pacifié le Monde. Internet n'a pas créé le Village Global, la croissance économique n'a pas profité à tous et n'a pas sauvé nos sociétés de leurs problèmes de fond, Elle n'a pas non plus été infinie, la guerre d'Irak n'a pas garanti la sécurité des USA ni démocratisé le Moyen Orient, le modèle Américain n'a pas dans les grandes largeurs triomphé. Alors Barack Obama est-il réellement l'homme de la situation, où n'est-il, par le symbole qu'il incarne et le jeu habile de sa communication, que le dépositaire d'un énième espoir de sauver le Monde, espoir qui sera, sans aucun doute, déçu à son tour, une nouvelle incarnation de ces lendemains qui chantent que le peuple américain, avec cette touche de puérilité qui lui est propre, attend avec impatience ? Après la bulle financière, le risque de bulle Obama, en quelque sorte.

La route est longue et votre bagage bien lourd de tous ces espoirs, Monsieur le Président. Je vous souhaite beaucoup de courage et bonne chance.

Publié par Apache à 13:30:06 dans Politique | Commentaires (0) |

Mes bien chers frères... | 30 septembre 2008

S'il y a bien un groupe social qui incarne dans l'imaginaire collectif la paix, l'unité et la solidarité, l'engagement désintéressé de ses membres et l' « Amour », c'est bien l'idée de famille.

Quoi d'étonnant alors que dans le discours diplomatique, tout rapprochement entre deux nations provoque une surenchère de déclaration de Fraternité. Quoi d'étonnant alors que la paix sociale soit assuré au sein même d'une société par cette même Fraternité.

Et je passe la terminologie familiale du clergé (frère, sœur), le discours humanitaire sur nos frères humains, le « mes frères » des prédicateurs et des apôtres, etc.

Pourtant à bien y regarder, la familiarité a dans son discours quelque chose d'inquiétant.

On ne refuse rien à sa famille, et notamment à ses frères. La mère patrie ne se trahit pas, quelques soient les orientations prises par ses dirigeants. La père est la sagesse (le Saint Père notamment ?) incarné que l'on doit suivre, sous peine d'anathème teinté de (fausse) tristesse pour le fils dévoyé.

Liberté, Egalité, Fraternité : l'ordre est important : rejoignez-nous, vous serez libre, acceptez les règles, elles vous rendront égaux, et si nous échouons dans notre promesse, pas de révolte: nous sommes frères.

Que dire des pays frères de l'ancienne URSS ? (les Russes sont-ils nos amis ou nos frères, demandaient les Polonais ? Nos frères, car on choisit ses amis).

Que dire aussi de la puissance coercitive, de la capacité de légitimation de tous les sacrifices demandés à ses employés par des entreprises qui ont, depuis longtemps, valorisé leur propagande en termes de famille ? (le langage « corporate »).

Contredire sa famille, c'est trahir. C'est au-delà de la divergence d'opinion. C'est condamnable. Alors le cadre ou l'ouvrier qui fait ses heures (et pas plus) est un traître. Le « cousin » qui dans la rue (c'est étonnant comme la jeunesse de banlieue s'est découvert tout d'un coup une structure de famille) refuse le service, l'euro, le prêt de la voiture ou du téléphone portable, est un traitre. Le religieux qui met en doute le dogme de sa communauté est un hérétique.

C'est étonnant comme le tutoiement, loin d'être un signe de familiarité, est utilisé aujourd'hui dans des circonstances très diverses pour signifier l'obligation de l'autre envers soi (c'est au sein de la famille réelle ou de cœur que l'on se tutoie, au départ).


Le discours quotidien (hors contexte, je précise) sur la famille est un discours violent, fascisant et oppressant, pas du tout sécurisant. Il n'y a qu'à voir comment les obligations de familles poussent les individus au silence face aux agissements de leurs proches, comment elles génèrent les vendettas, comment le terrorisme même se nourrit de ses liens de famille fictifs ou réels, comment elle entraîne les guerres civiles. Il n'y a qu'à se souvenir que l'organisation familiale de pouvoir typique est la mafia, pour comprendre que la violence, la privation de liberté, la guerre quotidienne, psychologique voire économique, se cache sous les atours d'un discours pacifié, sécurisant, intégratif.

Publié par Apache à 16:24:43 dans Vue d'en Haut | Commentaires (0) |

In et Off | 03 septembre 2008

(...) Tout ça (les prix de théâtre) c'est de la connerie.

J'en ai vu des niaiseries. Tout ceci est à la gloire du metteur en scène ; et au préjudice des vrais comédiens.

La plupart de ces pièces n'ont même pas besoin de vrais comédiens – elles peuvent être réalisées avec les dilettantes les plus ordinaires, qui sont prêts à croire à ces concepts imbéciles.

Vous les pseudo-professionnels, vous avez cessé d'aimer honnêtement le théâtre, comme des enfants innocents, vous avez vendu votre âme à cinq metteurs en scène et à cinq critiques qui n'ont aucune idée de ce qu'est le vrai théâtre.

Vous avez renoncé aux bons textes et avez accepté des montages absurdes, vous avez renoncé au jeu d'acteur et avez accepté des « interprétations » idiotes qui chassent le public des théâtres. Vous avez accepté que d'autres vous expliquent ce qui est bon et ce qui est mauvais.

(...) Je suis pour un théâtre moderne, car chaque pièce moderne, chaque texte moderne, après seulement quelques années devient classique. Je suis contre le théâtre qui sacrifie à la mode, parce que les choses à la mode, si ce n'est pas tout de suite, se révèlent dénuées de sens en tous cas au bout de quelques années.

Je n'ai rien contre les pièces mauvaises ou médiocres. Selon les lois mathématiques, il doit y en avoir dans toutes les saisons et tous les théâtres, mais je suis contre les pièces sans sens, dont on sait d'avance qu'elles seront sans sens. Chez nous les gens ne savent pas différencier le moderne de ce qui est à la mode, car ces choses là ce ne sont pas les gens du métier qui arbitrent, mais des charlatans.

 

Miro Gavran

Quand un comédien meurt.

1994.

Publié par Apache à 10:26:33 dans Vue d'en Haut | Commentaires (0) |

Géorgie 2 | 26 août 2008

Reprenons le fil des événements.

 

Une province à forte identité ethnique fait sécession de l'état souverain dont elle fait partie.

Constitution d'un gouvernement provisoire en exil, non reconnu par la communauté internationale.

Création d'une milice d'autodéfense de la population en question.

Mobilisation de l'opinion publique en faveur de la cause de la province en question.

Intervention militaire de la puissance souveraine.

Mise en scène des réfugiés inévitables dans ce genre de situation.

Propagande autour d'un génocide supposé.

Intervention militaire lourde d'une puissance alliée de la population ainsi menacée.

Déclaration d'indépendance reconnue par une partie de la communauté internationale.

 

Cet enchaînement d'événement est un résumé de ce qui s'est passé...au Kossovo.

 

En Ossétie du Sud (et en Abkhazie dans la foulée), c'est exactement le scénario qu'ont suivi les russes.

 

Difficile dès lors de leur reprocher sans mauvaise foi, non ?

 

Pour sortir de cette difficulté, restent les idées simples.

 

Otan, gentils

Russes, méchants.

Publié par Apache à 14:36:08 dans Politique | Commentaires (0) |

Comment Monsieur Poutine impose sa réalité | 21 août 2008

Recette de cuisine russe pour faire ce que vous voulez sur la scène internationale, quand tout le monde oublie que vous êtes une grande puissance, un tantinet nationaliste et que vous voulez vraiment gagner. La cuisson est lente mais le résultat est garanti.

Attendez d'avoir des interlocuteurs mous et indécis (l'Europe) ou occupés ailleurs (les USA).

Prenez une population et un territoire dont l'identité culturelle est fortement marquée : en l'occurrence les Ossètes, seuls descendants linguistiques des Sarmato-alains de l'antiquité, et curieusement divisés en deux par les traités internationaux, ceux du nord appartenant à la Fédération de Russie, ceux du Sud à la Géorgie.

Avec force subventions et facilités, montrez combien ceux du Nord vivent mieux que ceux du Sud, et suggérez une réunification.

Soutenez les velléités d'indépendance de ceux du Sud (tout en réprimant celles de ceux du Nord le cas échéant, mais discrètement). Montrez en toute occasion que la Russie est l'ami sincère des populations caucasiennes (en omettant de citer les Tchétchènes et la xénophobie parfois meurtrière soutenue par Moscou dans la Russie elle-même envers ces mêmes populations).

Donnez aux populations concernées un passeport russe, pour leur faciliter les échanges à travers la frontière avec leurs frères du Nord, et donnez des gages d'amitiés.

Déployez des troupes sur le territoire, en violation des traités internationaux, officiellement pour éviter un bain de sang.

Prétendez que ces populations, puisqu'elles ont des passeports russes, sont composées de citoyens russes envers lesquels vous avez des droits et des devoirs.

Créez des provocations avec les géorgiens, pour que la menace de ce bain de sang soit réelle.

Attendez que ceux-ci commettent une erreur, ce qui est inévitable compte tenu du fait que les options se restreignent pour le gouvernement de Tbilissi, par ailleurs peu désireux de passer pour faible et un poil impatient.

Vous obtenez ainsi le soutien de votre population heureuse de voir que la Russie a cessé de se dissoudre et au contraire reconquiert ses marches, et vous obtenez un moyen de pression très fort sur Tbilissi qui a l'outrecuidance de ne pas vouloir que Moscou puisse contrôler ce qui se passe dans l'oléoduc BTC, principale voie terrestre non russe d'approvisionnement de l'Europe occidentale. Vous pouvez même vous payer le luxe de détruire les installations en question, histoire de montrer que décidément, l'hiver pourrait être très froid sans votre condescendance à vendre du gaz et du pétrole à vos voisins. En plus vous obligez les Azéris à transiter par vous pour exporter leur pétrole.

Dites oui à toute proposition d'accord, tout en ne faisant rien, gagnez du temps. L'hiver approche et avec lui la dépendance des européens et de la communauté internationale envers le bon vouloir des fournisseurs russes d'énergie ira croissante.

Comptez surtout sur la communauté internationale et l'Europe en particulier pour se tirer une balle dans le pied : en laissant l'Europe reconnaître majoritairement l'indépendance du Kossovo que vous avez abandonné (très officieusement, parce qu'officiellement vous n'étiez pas d'accord, solidarité Slave orthodoxe oblige), vous laissez se créer un précédent dans le droit international : une revendication d'indépendance sur une base ethnique. Vous pouvez dès lors tout à fait invoquer ce précédent comme une règle légitime applicable à l'Ossétie du Sud.

En fait l'Europe s'est tiré une balle dans chaque pied. En repoussant aux calendes grecques les avancées sur l'intégration de la Turquie dans l'Union, elle s'est privée de toute voie alternative durable dans ses approvisionnements terrestres en hydrocarbures, pour un temps encore indéterminé. Et elle pousse les Turcs à penser que finalement, s'entendre avec les russes dans le secteur de l'énergie a au moins le mérite d'avoir des résultats immédiats.

Ne vous effrayez pas des invocations du droit international (intégrité des frontières et autres tralalas) : bien sûr vous êtes d'accord, mais le problème ne se pose pas puisque vous êtes chez vous (oui, à cause des passeports...).

Ne craignez pas non plus les promesses d'intégration de la Géorgie à l'OTAN (et son corolaire : l'obligation des membres de l'alliance de défendre l'un de ses membres contre une agression) : un, ce n'est pas vous l'agresseur puisque vous êtes chez vous et que vous n'avez fait que riposter. Deux, l'OTAN ne voulant certainement pas déclencher un conflit ouvert avec la Russie, elle finira par reconnaître que, effectivement, vous êtes chez vous, tout en fronçant les sourcils et en vous menaçant si vous faites encore un pas en avant.

Ne vous offusquez pas non plus qu'on vous refuse le droit d'aller faire joujou avec les flottes de l'OTAN comme s'était prévu. Ce n'est pas très grave au fond.

Ne vous inquiétez pas non plus de vous voir refuser l'entrée à l'OMC. Et d'une, l'organisation est en panne, et de deux, vous vendez principalement de l'énergie qui reste en dehors des accords.

Laissez pourrir la situation : dans le meilleur des cas, la présence de vos troupes définira la frontière future, dans le moins bon, un retrait de votre part finira par passer pour une volonté d'apaisement et nourrira le sentiment que vous êtes peut-être un pays fréquentable.

Bon, il y a un inconvénient. Comme dit Lino Ventura à Belmondo dans 100 000 dollars au Soleil, le problème quand on prend une carabine pour faire valoir son point de vue, c'est qu'ensuite on ne peut plus la lâcher. Mais ce n'était pas dans vos intentions de toute façon. Alors...

Les russes ne sont décidément pas de bons joueurs échecs pour rien.

Publié par Apache à 11:48:41 dans Politique | Commentaires (0) |

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