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Gargouilles

...et anges de pierre

Moi


40 ans
Bipède anthropomorphe doté d'un lobe frontal plus développé
que chez les autres grands singes, ainsi que de pouces opposables.
Pas toujours en phase avec lui-même.
Grenoblois d'adoption et haut-savoyard de naissance et de coeur.
Doctorant en relations internationales.


Lecteur, joueur de rôles et de wargames.
Apprentis theâtreux.

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Mes bien chers frères... | 30 septembre 2008

S'il y a bien un groupe social qui incarne dans l'imaginaire collectif la paix, l'unité et la solidarité, l'engagement désintéressé de ses membres et l' « Amour », c'est bien l'idée de famille.

Quoi d'étonnant alors que dans le discours diplomatique, tout rapprochement entre deux nations provoque une surenchère de déclaration de Fraternité. Quoi d'étonnant alors que la paix sociale soit assuré au sein même d'une société par cette même Fraternité.

Et je passe la terminologie familiale du clergé (frère, sœur), le discours humanitaire sur nos frères humains, le « mes frères » des prédicateurs et des apôtres, etc.

Pourtant à bien y regarder, la familiarité a dans son discours quelque chose d'inquiétant.

On ne refuse rien à sa famille, et notamment à ses frères. La mère patrie ne se trahit pas, quelques soient les orientations prises par ses dirigeants. La père est la sagesse (le Saint Père notamment ?) incarné que l'on doit suivre, sous peine d'anathème teinté de (fausse) tristesse pour le fils dévoyé.

Liberté, Egalité, Fraternité : l'ordre est important : rejoignez-nous, vous serez libre, acceptez les règles, elles vous rendront égaux, et si nous échouons dans notre promesse, pas de révolte: nous sommes frères.

Que dire des pays frères de l'ancienne URSS ? (les Russes sont-ils nos amis ou nos frères, demandaient les Polonais ? Nos frères, car on choisit ses amis).

Que dire aussi de la puissance coercitive, de la capacité de légitimation de tous les sacrifices demandés à ses employés par des entreprises qui ont, depuis longtemps, valorisé leur propagande en termes de famille ? (le langage « corporate »).

Contredire sa famille, c'est trahir. C'est au-delà de la divergence d'opinion. C'est condamnable. Alors le cadre ou l'ouvrier qui fait ses heures (et pas plus) est un traître. Le « cousin » qui dans la rue (c'est étonnant comme la jeunesse de banlieue s'est découvert tout d'un coup une structure de famille) refuse le service, l'euro, le prêt de la voiture ou du téléphone portable, est un traitre. Le religieux qui met en doute le dogme de sa communauté est un hérétique.

C'est étonnant comme le tutoiement, loin d'être un signe de familiarité, est utilisé aujourd'hui dans des circonstances très diverses pour signifier l'obligation de l'autre envers soi (c'est au sein de la famille réelle ou de cœur que l'on se tutoie, au départ).


Le discours quotidien (hors contexte, je précise) sur la famille est un discours violent, fascisant et oppressant, pas du tout sécurisant. Il n'y a qu'à voir comment les obligations de familles poussent les individus au silence face aux agissements de leurs proches, comment elles génèrent les vendettas, comment le terrorisme même se nourrit de ses liens de famille fictifs ou réels, comment elle entraîne les guerres civiles. Il n'y a qu'à se souvenir que l'organisation familiale de pouvoir typique est la mafia, pour comprendre que la violence, la privation de liberté, la guerre quotidienne, psychologique voire économique, se cache sous les atours d'un discours pacifié, sécurisant, intégratif.

Publié par Apache à 16:24:43 dans Vue d'en Haut | Commentaires (0) |

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